COMMENT FONCTIONNE UN SANCTUAIRE PRIVILÉGIÉ
Du rôle des confréries ou archiconfrénes. — Zélateurs et zélatrices. — Les enrôlements. — Leçons de propagande. — Grand mouvement d'affaires. —Les confrères sans le savoir.
— Le chapitre des offrandes. — Prospectus. — Les appels à l'a-mour-propre. — Messes et miracles en prime. — Les faveurs obtenues contre argent comptant. — Encore les messes.
— De l'intérêt qu'on peut avoir à adresser préférablement ses commandes à certains sanctuaires. — Trois classes de miracles. — Les protections régionales. — Le choléra et la guerre, sources de fortune.
Quelque accessibles que puissent être les faveurs du Saint-Siège, on conçoit que nul sanctuaire, si ambitieux qu'il soit, ne saurait prétendre du premier coup à ces grands privilèges qui le mettront hors de pair. Il y a commencement à tout. Rien ne sert mieux les débuts d'un futur lieu de pèlerinage que la création
d'une confrérie. Aussi n'y a-t-il pas un sanctuaire, en passe de devenir fameux, qui n'ait la sienne.
A toute réunion d'individus disposés à conjurer la colère céleste (le Dieu des dévots est connu pour un Dieu fort grondeur) sous un nouveau vocable et avec des formules plus ou moins neuves , il est bien rare que le pape n'accorde pas aussitôt un certain lot d'indulgences partielles et plénières que couronnera la transformation définitive de la confrérie en archiconfrérie. Des actes improductifs pour le reste des fidèles deviennent gros d'intérêts pour les associés : tant pour une messe ou un sermon entendus, tant pour un corbillard suivi , tant pour un acte de présence aux réunions. C'est ainsi que se recrute un premier public. L'attrait des faveurs temporelles s'ajoute bientôt à celui des faveurs spirituelles. Aux membres de la confrérie du Mont-Saint-Michel, on donne l'espoir d'être préservé de mort subite; à ceux de l'association de Saint-Joseph d'Aizanville,on promet le succès des causes difficiles-, et les organisateurs de l'archiconfrérie de Notre-Dame du Sacré-Cœur joignent victorieusement aux causes difficiles les causes désespérées. Les confrères de Notre-Dame de Bon- Secours sont assurés que le choléra n'aura pas prise sur eux :
« Une chose est surtout remarquable dans cette période de terreur, c'est qu'aucun membre de la confrérie de Notre-Dame de Bon-Secours n'a succombe aux atteintes de l'épidémie. Le choléra a frappé de mort
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plusieurs membres de la famille dont quelques autres étaient affiliés à la confrérie : ceux-ci en ont été préservés '. »
Ces spécialités ne doivent pas être prises trop à la lettre. Il en est un peu, de toutes les confréries, comme de celle de Sainte-Anne, qui, s'adressant aux mères de famille en général, vise tout le monde en particulier :
« Cette confrérie a pour but spécial d'attirer les faveurs de sainte Anne sur les mères de famille.... On y admet néanmoins tous ceux qui désirent se mettre sous la protection de cette grande sainte 2. »
Répandre l'œuvre, persuader à chacun qu'il doit en faire partie, c'est la grande occupation. Une confrérie ne saurait être sérieuse si elle reste confinée dans le cercle étroit d'une localité. Elle devra, pour devenir puissante, étendre au loin le champ de ses opérations, se ramifier en tous sens et aller chercher les adhérents jusqu'aux extrémités du monde.
« Faites connaître cette association, écrit le curé d'Aizanville, cherchez-lui des associés ; vous remplirez ainsi une belle mission qui vous méritera la protection
1. Histoire de Notre-Dame de Bon-Secours et des principaux miracles opérés par son intercession, par l'abbé Petit. Tournai, Casterman, i853, in-3'2, p. i5(),
2. Notice concernant l'histoire et le culte de l'insigne relique de sainte Anne, vénérée en l'église de Chiry-Ourscamp, prés Noyon, par l'abbé Lavechin. Paris, Le Clère, 1873, in-18, p. 25.
spéciale du bienheureux saint Joseph pour le temps et une riche couronne pour V éternité. K »
C'est presque le ciel que le curé d' Aizanville assure à ceux qui lui recruteront des associés.
La « belle mission » qu'il exalte est celle que remplissent régulièrement dans les confréries les chefs de section désignés sous le nom de zélateurs et de zélatrices. Ces agents volontaires se chargent de propager et d'entretenir -dans le cercle de leurs relations le genre de dévotion auquel ils daignent consacrer leur zèle, distribuant des images, des notices ou des médailles, correspondant avec le siège principal de l'œuvre, sollicitant les conseils du directeur, lui adressant, avec les offrandes, les c recommandations », autrement dit le détail des grâces sollicitées.
En échange de l'activité déployée, on leur concède ordinairement la faveur d'une messe périodique, le titre officiel de zélateur ou de zélatrice, et les plus beaux espoirs de récompense en cette vie et dans l'autre. Un des petits volumes de propagande de la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur fait très clairement entendre que la céleste récompense pourra être en proportion directe avec le chiffre des adhérents récoltés :
« La zélatrice recevra une récompense proportion-
1 . Notice sur l'association en l'honneur de saint Joseph, à Aizanville, par l'abbé Roy, directeur de l'Association. A*izanvilk (Haute-Marne), 1872, in-32, p. 62.
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née au nombre, à la valeur et aux œuvres de cette moisson d'apôtres dont elle aura été l'occasion *~. »
Dans tous les cas, l'auteur est persuadé que Notre Dame du Sacré-Cœur, « liée par la reconnaissance », comblera ceux qui lui auront fait de la propagande « de ses faveurs et de ses dons ». Quant à l'étendue de ces dons, il aime mieux rester dans un vague discret que de préciser:
« Qui pourra faire comprendre ce que Notre-Dame du Sacré-Cœur, si prodigue envers tous, réserve de grâces de choix à ses zélatrices et à ses zélateurs dévoués ? C'est là un secret intime, dont nous pourrions dire quelque chose ; mais l'expérience seule a droit de le révéler. ■» (P. 12.)
La petite brochure d'où je détache ces lignes est un manuel fort curieux du zélateur et surtout de la zélatrice. Le père missionnaire qui en est l'auteur paraît un habile homme. Les fidèles de toutes les classes sont enrôlés par lui en qualité de courtiers. Religieux et laïques, riches et pauvres, hommes, femmes, enfants, vieillards, tous se voueront à la propagande de Notre- Dame du Sacré-Cœur; et, afin d'être assuré du zèle intelligent de ces auxiliaires, le bon père leur irace la marche à suivre. Après la lecture de son petit livre, il n'est personne qui ne se trouve en état, quels que soient
1 . La Zélatrice de Notre-Dame du Sacré-Cœur, par un missionnaire du Sacré-Cœur de Jésus. Avec . l'approbation de Mgr l'archevêque de Bourges. Issoudun, 1871, in-18, p. 10.
son âge ou sa position, de tirer parti des circonstances pour amener à l'œuvre beaucoup d'associés, partant beaucoup de cotisations.
« Chaque famille, dit le missionnaire, est un centre d'action dans le monde; elle a ses connaissances, ses amis, ses visites, ses relations de tous les jours, ses correspondances, ses affaires, selon son état et selon les incidents de la vie ; elle peut donc devenir aussi un centre d'action pour répandre l'archiconfrérie de Notre- Dame du Sacré-Cœur...
» Quelle que soit l'influence que sa position lui procure au dehors, la zélatrice sait mettre à profit, avec ce tact que donne l'esprit de Dieu, les divers moyens qui sont en son pouvoir. Une parole dite à propos sur l'Association; son image, sa médaille ou ses livrées, données à un enfant, les Annales prêtées à une jeune fille, un tableau de Notre-Dame du Sacré- Cœur offert en présent, quelques livres de l'œuvre mis à la disposition de tous, une action de grâces racontée dans la conversation ; la facilité proposée à certaines personnes de les inscrire comme associées, de faire arriver à Issoudun leurs recommandations, et mille autres ressources ingénieuses comme les âmes dévouées à Marie savent en inventer, voilà les habitudes journalières d'une fervente zélatrice. » (P. 2 5.)
La fervente zélatrice n'oubliera sa mission ni près des domestiques de sa maison, ni près des pauvres qui s'y présentent, ni près des malades qu'elle peut être
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amenée à visiter. Elle glissera une petite feuille de propagande à l'un, une médaille à l'autre : ce sera toujours autant de fait. Un subalterne ou un obligé ne sauraient lui répondre par un refus blessant. Si pourtant le malade repoussait la médaille, « attachezla, à son insu, dit le révérend père, au chevet de son lit; suspendez-la à sa muraille, cachez-la dans ses vêtements ».
Les sœurs sont désignées, par leur situation, pour faire des zélatrices de premier ordre. Le père missionnaire le sait de reste.
« Que de crèches, d'asiles, d'orphelinats, d'établissements divers, d'hospices, d'ambulances, de missions étrangères sont confiés à leurs soins!... Que de familles de toutes les conditions sont, par cela même, en relation avec elles ! » (P. 34.))
Autant d'endroits où elles peuvent recommander la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur.
Dans les ateliers, l'ouvrière, en passe de devenir zélatrice, devra agir avec une certaine circonspection :
« On montre à une compagne, que l'on a su discerner, l'image de Notre-Dame du Sacré-Cœur. C'est une occasion d'en parler et d'en expliquer la signification. Cette gracieuse image est de celles qu'il est difficile de regarder en vain, ou d'oublier quand on l'a vue une fois... Si cette première compagne se laisse gagner à l'association et en prend le goût, elle saura en at-
tirer d'autres ; on se trouvera bientôt un certain nombre. »
Il ne reste plus qu'à placer en évidence une statue de Notre-Dame du Sacré-Cœur, avec une lampe devant, pour que les bénédictions pleuvent sur l'atelier. En pareil cas, « plus d'une fois, dans la morte saison, la céleste Patronne de ce saint asile montre sa reconnaissance en envoyant de l'ouvrage inattendu et des secours inespérés ». (P. 2 3.)
Dans les pensionnats de jeunes filles, le révérend père recommande la formation de petites congrégations de Notre-Dame du Sacré-Cœur, avec une présidente, une ou deux assistantes, une trésorière, une secrétaire, des congréganistes et des aspirantes. La présidente, seule zélatrice titulaire, se tient en communication permanente avec le sanctuaire d'Issoudun. Aux réunions, « les aspirantes portent les livrées de Notre-Dame du Sacré-Cœur, avec un ruban vert, les congréganistes avec un ruban bleu. » Sur demande apostillée de leur aumônier ou de leur maîtresse de pension, ces dernières peuvent obtenir un diplôme de zélatrices, « pour exercer les jours de sortie par leurs relations extérieures, et les autres jours par leurs correspondances ou le parloir, leur petit apostolat en dehors de la pension. » (P. 19.)
Mais ce n'est pas assez, pour le père missionnaire, d'enrôler les jeunes filles dans son service de propa-
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gande, il entend y enrôler jusqu'aux enfants du premier âge :
« Dès que sa main saura écrire lisiblement, on lui donnera (à l'enfant) le désir d'avoir, lui aussi, sa liste d'associés (le jeu de l'apostolat 1). Il a déjà ses jeunes amis, sa petite parenté, qui viennent le voir et auxquels il rend fidèlement sa visite : il leur proposera l'association. Quel est le petit garçon ou la petite fille qui refuserait d'ajouter à sa prière du matin et du soir : « Notre-Dame du Sacré-Cœur, priez pour nous ! » c'est si court ! on acceptera. Notre jeune zélateur ou zélatrice écrira de sa main, ou de la main de sa mère, les nouveaux associés, les grâces qu'ils implorent de Notre-Dame du Sacré-Cœur pour leur famille et pour eux. Ceux-ci n'auront rien de plus pressé, de retour à la maison, que de raconter ce qu'ils ont promis et ce qu'ils ont demandé à la Vierge. On prêtera l'oreille à leur récit, on réclamera des explications. L'image de Notre-Dame du Sacré-Cœur, que notre jeune apôtre aura distribuée à ses amis, sera examinée ; on lira ses feuilles de propagande, la grâce du bon Dieu agira, et de grandes personnes bien avancées dans l'amour de Marie devront néanmoins à un enfant le bonheur de connaître cette nouvelle dévotion si touchante, et d'être reçues, par son entremise, dans la confrérie.
» Quand la liste contiendra au moins douze noms, en l'honneur des douze ans que l'enfant Jésus semble avoir, tel qu'il est représenté devant sa mère, le zélateur ou la zélatrice fera sa petite lettre qui sera envoyée
à Issoudun ; ce sera sa première correspondance avec la reine du Ciel ; elle arrivera, en son nom, en compa gnie d'une multitude d'autres de tous pays, au pèlerinage de Notre-Dame du Sacré-Cœur ^ù elle sera la bienvenue. On n'oubliera pas de demander instamment dans la lettre la grâce d'être inscrite comme aspirante à un diplôme de zélatrice. » (P. 17.)
Ainsi, tous les âges, toutes les conditions, tous les pays sont appelés à fournir leur contingent à l'association. C'est toute la terre que le père missionnaire voudrait affilier à son oeuvre, et il ne le cache pas :
« C'est le monde entier que nous voulons conquérir! Le monde entier ! Nous n'arrêterons l'extension de notre zèle que le jour où, dans la plus humble hutte, perdue sur les dernières plages de la terre, comme dans les centres les plus fréquentés du monde, nous aurons établi le règne de Notre-Dame du Sacré-Cœur. » (P. 49-)
Pour obtenir le fameux diplôme, il faut notamment :
« Promettre de propager avec zèle, selon son état et selon les circonstances, la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur ;
» Avoir procuré au moins, à l'association, cent associés et un abonnement aux Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur... »
« Ces diplômes, revêtus, dit notre père missionnaire,
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de la signature du directeur général de l'association, et posés un moment aux pieds de la statue couronnée de Notre-Dame du Sacré-Cœur, communiqueront de précieux avantages aux personnes qui en auront rempli les conditions. » (P. 43.)
En présence d'une semblable organisation, il n'est pas difficile de comprendre l'importance que peut avoir une confrérie sur les destinées du sanctuaire où on l'établit. Nous avons, du reste, sur ce point la confidence de saint Joseph en personne.
On allait se résoudre à abandonner, faute de fonds, l'idée d'élever un sanctuaire au dit saint, à Beauvais :
« Ce fut à cette heure de grandes anxiétés, nous raconte l'aumônier d'une école des frères, que notre saint protecteur daigna manifester sa volonté. Alors que nous étions en prières dans sa chapelle provisoire, il nous sembla que saint Joseph nous reprochait la voie dans laquelle nous étions entrés, et nous disait au cœur :
» Vous ne réussirez jamais par les moyens que vous employez ; il faut une œuvre plus digne de la gloire de Dieu et de mon nom que la simple construction d'une église. Il faut établir, en mon honneur, une archiconfrérie qui soit générale à toute la France. Le but de cette archiconfrérie sera de développer mon culte, d'appeler ma protection sur le Souverain Pontife, sur la France et sur les royaumes catholiques, sur les congrégations religieuses et les familles chrétiennes ; de solliciter la conversion des persécuteurs de l'Eglise
et des pays infidèles, et de demander pour les associés, ainsi que pour les membres de leur famille, la bénédiction de leurs intérêts tant spirituels que temporels, avec la grâce d'une bonne mort.
» Présentez ces intentions à la piété des fidèles qui me sont dévoués ; n'imposez aucune souscription comme obligatoire, afin de ne priver personne des grâces de l'archiconfrérie, et bornez-vous à proposer aux associés de faire un don pleinement libre pour élever l'église, centre de l'archiconfrérie, comme hommage de la piété du xixe siècle pour mon culte. Quand l'heure sera venue, je vous faciliterai les moyens de trouver des souscripteurs, et d'obtenir de Rome la concession de mon archiconfrérie1. »
Ne trouvez- vous pas que la marche à suivre est admirablement indiquée : Donner comme but à l'association, qu'on répandra sur toute la France, la bénédiction « des intérêts tant spirituels que temporels » des associés, et abandonner à la générosité de ceux-ci le chiffre des sommes par lesquelles ils voudront bien reconnaître les faveurs qu'on leur prodigue. C'est l'application aux choses d'en haut de la méthode, si embarrassante pour le client, du «Ce sera, monsieur, ce que vous voudrez. » Très habile, ce saint-Joseph. Il n'y a vraiment rien de tel que l'intérêt personnel pour ouvrir l'imaginative.
1. Ahnanach de V Archiconfrêrie de saint Joseph de Denuvais, Beauvais, 1872. in-i<S, p. 142.
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La plupart des organisateurs de confréries croient bon de faire savoir qu'ils ne refusent pas les offrandes « les plus minimes ». Sur les actes de piété ils ne se montrent par. beaucoup plus difficiles. Après avoir tracé aux associés certaines conditions à remplir, ils prennent généralement soin d'ajouter que ces conditions ne sont nullement obligatoires. « Rien n'oblige sous peine de péché » est une de leurs formules courantes.
« Prière, dit le rédacteur d'un des petits livres du sanctuaire d'Issoudun, de communiquer cette notice et de recueillir des noms pour l'Association de Notre- Dame du Sacré-Cœur, dont les avantages sont si précieux et l'obligation nulle, pour ainsi dire, puisqu'elle se réduit à réciter simplement, une fois le matin et une fois le soir, cette invocation : Notre-
Ainsi presque rien à faire et des avantages considérables ; comment ne racolerait-on pas facilement des associés dans des conditions aussi engageantes? Or ce premier groupe d'associés auxquels on prêche un prosélytisme ardent en amènera d'autres. Il serait bien étonnant qu'il n'y en eût pas de généreux dans le nombre. La propagande faite avec les fonds qu'ils apporteront permettra de répandre le nom du sanc-
i. Notice sur l'Association en l'honneur de Notre-Dame du
Sacré-Cœur, p. 27.
tuaire. Plus on y adressera de sollicitations à la Vierge, plus on aura de chances pour qu'un certain nombre d'entre elles paraissent exaucées. De là des narrations de miracles qui impressionneront favorablement la masse des esprits portés à se payer de chimères. Encore quelques coups de tam-tam frappés à propos, un journal, des notices spéciales montrant le doigt de Dieu sur la dévotion nouvelle et dans cette dévotion le salut du pays : voilà un sanctuaire fondé.
Au point de vue des moyens employés pour la propagande, le sanctuaire d'Issoudun est un sanctuairetype. Rien de ce qui peut favoriser le recrutement intelligent d'une clientèle n'a été négligé par les pères missionnaires qui se sont donné pour mission de le lancer.
Au nom de leur Notre-Dame, ils font lithographier des images, mouler des statuettes, frapper des médaillons et des médailles 1 ; ils publient des brochures, des litanies, des cantiques, des neuvaines, et jusqu'à des prières dites « efficaces », ce qui n'est qu'à demi flatteur pour les prières des autres. Leurs petites feuilles de propagande, imprimées avec de l'encre azurée, sont répandues avec une folle prodigalité non pas seulement en France, mais encore à l'étranger. Elles sont traduites, nous apprennent-ils eux-mêmes,
i. « Le nombre qui s'en est écoulé est incalculable. On a pensé que dans les maladies de l'âme et dans celles du corps le meilleur remède élait l'application de la médaille île Nuire- Dame du Sacré-Cœur. » De la dévotion à Notre-Dame du Sacre-Cœur, p. i38; î
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« en anglais, en italien, en hollandais, en portugais, en allemand, en tamoul, en malgache, en thibétain, en espagnol, en arabe, etc. * ». Leur journal, — car ils en ont un, nécessairement, — ne se contente pas non plus de paraître en français : il a des éditions italienne, espagnole, hollandaise et allemande. De célestes faveurs paraissent attendre ceux qui, non contents de s'y abonner, y abonneront encore les autres :
« Abonner les pauvres et les enfants à cette petite publication et leur procurer la joie de«recevoir, eux aussi, les Annales de la Vierge, est un apostolat que Dieu bénit2. »
On apprend dans ces publications toute sorte de choses fort intéressantes. Et d'abord, que l'association a pour but spécial « de confier à Notre-Dame du Sacré-Cœur le succès de toutes les causes difficiles, extrêmes ou désespérées, » par exemple : «les agonisants dont le salut est en péril, les tentations les plus fortes et les plus persévérantes, les épreuves les plus sensibles, les besoins les plus pressants, les dangers les plus imminents et les maladies les plus graves, etc., etc. »
C'est par des pratiques de dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur, messes, neuvaines, chapelets, litanies, que ces périls sont ordinairement écartés.
1. Notre-Dame du Sacré-Cœur mieux connue, par le R. P. Chevalier. Avec l'approbation de Mgr l'archevêque de Bourges. Nouvelle édition. Issoudun, 1871, in-18, p. 40.