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Le Pèlerin, 4* année, p

Le saint Michel du mont Tombe, qui n'est pas encore couronné à l'heure où nous écrivons ces lignes (on annonce pour bientôt cet « événement national »), n'a encore pu exprimer sa satisfaction de l'honneur que lui octroyait le Saint-Siège; mais l'évêque de Vannes nous a fait entendre les remercîments émus de sainte Anne.

a Mes enfants, dit-elle, votre ardeur à travailler à ma maison me cause une grande joie. J'accepte avec attendrissement la couronne que m'a décernée l'auguste représentant de Jésus-Christ '.»

Que sainte Anne d'Auray soit attendrie de joie, je le veux bien ; mais les autres Anne que ce couronnement repousse aux plans éloignés, de quel œil doiventelles voir l'insigne faveur ? Il est certain que les couronnements sont faits pour exciter bien des petites jalousies. Quelque soin que l'on prenne de cacher ce sentiment mesquin, il se laisse encore deviner quelquefois. Que penser de Mgr l'archevêque de Grenoble, partant, l'année même du couronnement de Notre-Dame de Lourdes, pour demander à Rome... le couronnement de Notre-Dame de la Salette? Non pas seulement cela; mais la bénédiction de la couronne qu'il emporte dans sa malle, l'ayant fait faire à l'avance.

Les Gloires de Sainte-Anne d'Auray, p. 179.

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« Mgr l'évêque de Grenoble, dit le Pèlerin du 2 3 décembre dernier, se prépare à faire le voyage de Rome dans le dessein entre autres d'obtenir du Souverain Pontife le couronnement de Notre-Dame de la Salette. Il apportera avec lui la couronne pour la faire bénir par le pape; cette magnifique couronne contient pour 45,000 francs de pierres précieuses. »

La précaution d'avoir fait fabriquer la couronne avant de solliciter le couronnement ne vous semblet-elle pas adorable ?

— , Mais, Saint-Père, ma couronne est prête. Il y a dessus pour 45,000 francs de pierres précieuses. Dans quelle situation me mettez-vous vis-à-vis des fidèles, si vous m'obligez à les leur rendre !

C'est ce qu'on pourrait appeler, sauf le respect dû à un prélat, le tour de la couronne forcée. Je n'attends pas sans un certain intérêt le résultat du voyage.

En somme, on voit qu'il n'y a pas seulement des lieux privilégiés, qu'il y a encore des Notre-Dame privilégiées. « Il était bien juste , dit Mgr Guérin de Notre- Dame de Liesse, qu'une Vierge aussi célèbre reçût les honneurs du couronnement. » Que penseraient de ces Vierges, qui sont plus célèbres que d'autres, une personne étrangère à nos mœurs? Il serait fort malaisé de lui faire entendre que toutes ces Vierges, diversement appréciées, sont la même.

Nulle part peut-être l'idée de la pluralité des Vierges n'apparait plus frappante qu'à Chartres, où la cathédrale possède à elle seule deux Vierges sous deux vocables

yo Le Dossier

différents, l'une dans sa nef : Notre-Dame du Pilier; l'autre dans sa crypte : Notre-Dame de Soubs-Terre ; celle-ci blanche, celle-là noire; la noire étant couronnée, la blanche ne Tétant pas; enfin chacune d'elles ayant ses clients spéciaux, ainsi qu'en témoigne la créa- . tion de deux archiconfréries distinctes. Heureux qui se reconnaît là dedans !

Encore faudrait-il que les Vierges, une fois admises comme privilégiées, gardassent leur situation /malheureusement nous pouvons -constater qu'elles ne sont pas plus que les simples mortels à l'abri d'un revers de fortune. Telle Vierge, illustre jadis, se tient encore pour satisfaite de figurer aujourd'hui parmi les comparses. Dans le Dauphiné, Notre-Dame du Laus, qui avait détrôné Notre-Dame d'Embrun, a été détrônée à son tour par Notre-Dame de la Salette; au pied des Pyrénées, Notre-Dame de Bétharram avait repris la clientèle de Notre-Dame de Garaison, quand Notre- Dame de Lourdes l'a tout entière accaparée. Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'à Garaison comme à Bétharram et qu'à Bétharram comme à Lourdes, la Vierge a de vive voix manifesté le désir que les foules prissent le chemin du lieu qu'elle adoptait. Faut-il conclure de ces changements de lieu d'adoption que la sainte Vierge a l'esprit versatile ou seulement qu'on la rend responsable de faits auxquels elle est singulièrement étrangère? Le lecteur choisira. Quant à l'opinion locale, elle paraît très nettement formulée dans cette réplique d'une Béarnaise, que rapporte le comte Lafond dans son volume La Salette, Lourdes, etc.

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« — Et Lourdes , lui demandai-je . qu'en ditesvous?

» A ce nom, ia belle Béarnaise fit une moue dédaigneuse et s'écria avec un geste montagnard :

» — Ce sont les Bigourdans et les Bigourdines (gens du Bigorre) qui ont fait apparaître sainte Marie chez eux pour nous couper l'herbe sous le pied. » (P. i39.)

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