le /'cl cri», 2° année, p
« Le premier jour , presque tous les obus de l'ennemi tombèrent, des hauteurs de Daix, sur la toiture de la chambre natale de saint Bernard, et en brisèrent en plusieurs endroits la charpente. Une mansarde, située au-dessus de ce sanctuaire, fut presque entièrement découverte , et les obus qui la criblèrent y broyèrent une armoire renfermant les garnitures d'autel en tulle et les fleurs artificielles. Mais, par la protection visible de saint Bernard , la flamme de toutes ces explosions n'alluma pas une parcelle de ces bouquets de fleurs, qui auraient indubitablement communiqué le feu à des débris de bois sapin hachés par des éclats d'obus. »
Que vous semble de cette protection visible qui empêche les fleurs artificielles de brûler, mais qui laisse hacher les armoires et effondrer les toitures?
Et la protection aussi visible que conséquente ne s'en tient pas là.
a Deux obus seulement pénétrèrent par une fenêtre dans le bas de la chapelle, et y éclatèrent en brisant un monument de Notre-Dame des Sept- Douleurs. Mais le sanctuaire, c'est-à-dire la chambre natale de saint Bernard, ne reçut pas la plus légère atteinte, ni à l'intérieur ni à l'extérieur, comme si saint Bernard eut voulu montrer qu'il avait le pouvoir de protéger son berceau contre les obus des batteries allemandes '. »
i. Le Pèlerin, 3' année, p. 64,
des Pèlerinages i35
Je ne sais si ce fait vaudra la couronne /i saint Bernard, mais il y a certes autant de droits que Notre- Dame de Drancy. En attendant cet acte de justice, il était bon de montrer comment se forment les légendes cléricales. Un peu d'à-propos , beaucoup d'aplomb suffisent à ériger tel saint qu'on voudra en protecteur attitré d'une localité. De ces protecteurs locaux, il y en a même beaucoup moins de célèbres par leur protection effective que par celle qu'ils laissent espérer. Telle la patronne de Toulouse, sainte Germaine, canonisée de fraîche date, à qui Mgr. Donnet prédisait en 1867 les plus hautes destinées.
". Comme sa devancière (sainte Geneviève), disait ce prélat, elle écartera du pays qui fut son berceau les fléaux dévastateurs * . »
On sait par quels effroyables désastres, la Garonne s'est malheureusement chargée de répondre, peu d'années après, à cette assertion aventurée; mais je connais trop le public pieux pour douter que sa confiance en ait été un seul moment ébranlée ; car ce qui stupéfie plus encore que la hardiesse des prôneurs de miracles, c'est l'imperturbable sérénité de ceux qui les croient.
i. Vie pratique de sainte Germaine. Toulouse, Resplandy, in-32. p. 79.