‹ Le dossier des pèlerinages, suitè de L'arsenal de la dévotionChapitre 38 sur 117 · Petits Bollandistes, t. XII.'p. b7b · texte numérisé non relu

Petits Bollandistes, t. XII.'p. b7b

L{0 Le Dossier

(rais pour la demander. Le fait a été observé : il en valait la peine:

« En 1867, une sécheresse effrayante menaçait nos récoltes, le blé mourait et tout ce qui était dans nos champs. Des prières publiques eurent lieu-, le Ciel resta sourd; le peuple d'Hyères demanda à grands cris à notre pasteur de descendre la Vierge de Notre- Dame de Consolation à notre église paroissiale d'Hyères. Le 3 mai, jour de dimanche, nous montons en procession pour descendre la statue; un soleil de plomb nous brûlait, les hommes se disputaient l'honneur de porter la statue ; plus de deux mille personnes suivaient. On déposa la statue dans la paroisse saint Louis. Le lundi 4 mai, le temps se couvrit, et, dans la nuit, une pluie douce et fine vint ressusciter nos récoltes, et, chose remarquable, la pluie s'arrêta aux limites de la commune l. »

Avant de s'étonner outre mesure de la rapidité que mettent la Vierge et les saints à procurer le temps qu'on leur demande, il n'est pas inutile de remarquer comment les choses se passent à l'ordinaire. Dans le cas merveilleux que nous venons de citer, il est constaté assez naïvement que le ciel était depuis longtemps sourd aux prières publiques, lorsque Notre-Dame de Consolation finit par triompher de sa résisl « Patience » est le mot de la situation. Lorsque le

1 Le Pèlerin, 3e nnnûc, p. .65.

des Pèlerinages 141

soleil ou la pluie se sont prolongés assez longtemps pour inspirer des craintes sérieuses, M. le curé branle la tête et dit en consultant son baromètre : « Il fa que nous finissions par implorer notre saint. » Une huitaine s'écoule. L'inquiétude est devenue vive. M. le curé n'hésite pas : il fixe le recours solennel au saint... à la semaine suivante. Si pendant ce nouveau délai on a la chance d'un changement de temps, c'est déjà le saint qui en bénéficie. Il aura généreusement devancé l'heure fixée et on lui en rendra grâces. Le recours solennel passe-t-il au.contraire sans effet, c'est qu'on n'a pas prié avec assez d'entrain : il faudra recommencer. Et, pour le dimanche suivant, M. le curé décide... le commencement d'une neuvaine ; quinze jours de gagnés pour le moins. Ce mode d'opération se trouve révéié avec une entière franchise dans les instructions suivantes, adressées en 1870 par Mgr de Verdun aux curés de son diocèse :

« Verdun, 23 mai 1870.

» La sécheresse désole nos campagnes; elle menace nos fruits et nos récoltes. Il est temps d'ajouter aux prières privées le cri puissant de la prière publique. Appelez donc au pied des autels vos chers paroissiens; qu'ils fissent violence au Ciel par d'unamimes supplications. Seulement n'oublions pas que l'efficacité de nos prières tient à l'ardeur de notre foi. En proclamant le domaine de Dieu sur nos personnes, n'hésitons pas ;i lui dire que nous n'attendons que de lui la fécondité de nos champs, puisque seul il dispose de la pluie, de la

T42 Le Dossier

rosée, de l'air, de la chaleur, de la lumière, c'est-à-dire de tous les agents qui font fructifier le travail.

» N'oublions pas non plus que nos iniquités, et en particulier la ■profanation du saint jour du dimanche, déchaînent sur la terre les intempéries, la stérilité, les maladies, les fléaux de toute nature. Joignons donc à la prière l'observation sérieuse de la loi de Dieu., afin que, touché de notre repentir, de notre soumission, de nos supplications sincères, le Père des miséricordes daigne verser sur nos campagnes une pluie de choix et de bénédiction.

» A cet effet :

» i° A partir de jeudi prochain, fête de l'Ascension, il sera célébré, dans toutes les églises et chapelles de notre diocèse un 1 riduum de prières pour demander la pluie. Ce Triduitm pourra être continué si M Ad. les curés le jugent à propos.

» 2° Le soir, il sera célébré un Salut, etc..

» 3" Nous autorisons les églises qui possèdent des reliques authentiques à les exposer pendant la durée des prières. Dans ce cas, on ajoutera au Salut l'Antienne et TOraison du saint dont les reliques seront exposées.

» 4° Jusqu'à la cessation de la sécheresse, tous les prêtres diront à la messe, les collecte, secrète et postcommunion Ad petendam pluviam...

)> •;- Augustus, éveque de Verdun'. »

i. Semaine religieuse ./'■ Lorraine, 1870, p. .| p.

des Pèlerinages iq3

Donc, « si MM. les curés le jugent à propos,)) c'està-dire si la sécheresse continue en dépit de leur Triduum, ils pourront le recommencer. Chaque Triduum comportant, comme son nom l'indique, trois jours suivis de prières, quelques Triduum escamoteront déjà une bonne partie du mois. Et, comme si l'excellent évoque craignait de n'avoir pas encore été assez clair, il ajoute que la prière Ad petendam pluviam devra être récitée « jusqu'à la cessation de la sécheresse ». C'est certainement le moyen le moins douteux d'en assurer l'effet.

On 'aura remarqué l'étrange théorie du prélat d'après laquelle il faudrait attribuer les maux et les intempéries qui nous affligent à ce qu'un trop grand nombre de négociants ouvrent leurs volets le dimanche. Que ce soit précisément cette cause ou une autre qui fâche l'irascible Divinité, il ne faut pas douter que tous nos malheurs ne nous viennent en droite ligne de Celui qu'on nous apprend tout petits à appeler le bon Dieu— ■ sans doute par antiphrase. Ceux qu'éclaire un rayon d'en haut sont d'accord là-dessus. Il n'y a pas si longtemps qu'à propos du débordement de la Garonne, la Semaine religieuse de Montpellier, s'empressait de montrer l'œuvre divine se poursuivant par l'inondation, après avoir préludé par l'invasion et la famine :

« La cause de tant de maux, pour qui ne refuse pas de voir, c'est la juste colère de Dieu, lassé de nous ; c'est la vengeance a la lois terrible et paternelle visitant une à une nos provinces coupables, livrant elles*

i.j.4 Le Dossier

là nu glaive exterminateur, dans d'autres semant la stérilité er la misère, déchaînant contre celles-ci les cataractes du ciel '. »

Dans le même temps, Mgr de Toulouse, décrivant les horribles scènes dont il claie le témoin, écrivait sérieusement — on ne peut croire qu'il songeât à plaisanter dans un pareil moment :

« C'est Dieu qui vient de passer parmi vous. Vous l'avez reconnu sans doute. »

Il paraît qu'a la vigueur des coups administrés, monseigneur, lui, n'hésitait pas à reconnaître le passage de son Dieu. Or, le journal de l'évêché faisait suivre presque immédiatement cette singulière affirmation de forces nouvelles comme celies-ci :

o Dans tout le faubourg Saint Cyprien, toutes les églises et chapelles ont été envahies par les eaux ; celle des Carmes seule a été détruite ; mais toutes sont gravement détériorées...

» La maison de charité, tenue à Roques-sur- Garonne, par les sœurs de bauu-V incent-de-Paul, a été complètement rasée par les eaux, etc.. ■ »

Dans le célèbre cri du sac de Béziers : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens, » il y avait du moins

i. Semaint de Montpellier, i S 7 3 , in-8°, p. 77**).

2. Semaine catholique de Toulouse, i8yb. ia-S". pp. G43, 044,

des Pèlerinages 145

une consolation. Cette consolation, les faits qui précèdent nous la retirent : Dieu lui-même ne reconnaît pas les siens !

Il existe un certain nombre de saints protecteurs contre les orages. Sainte Barbe marche à leur tête. Dans le diocèse de Limoges, Notre-Dame du Crocq semble avoir droit à une mention. On écrit au Pèlerin :

« Nous devons dire que, si nous avons fait quelque chose pour l'honneur de notre bonne Mère, elle nous a bien payés ; car les orages ont dévasté autour de nous des paroisses, des cantons même entiers, et la paroisse et le canton de Crocq n'ont pas eu un grain de grêle , mais des pluies bienfaisantes et réparatrices1. »

Toujours la théorie du chacun pour soi ! Notre- Dame du Crocq n'éprouve pas le moindre intérêt pour le sort des populations, en dehors du canton ou figure son autel.

Au diocèse de Tarbes, saint Exupère est invoque contre la grêle :

« De tous les pays environnants, on fait dire dans l'église qui lui est dédiée, à Arreau, des messes pour la conservation des fruits de la terre et surtout pour les préserver de la grêle -. »

i. Le Pèlerin, -i<- annec, p. 420.

Page 1