Petits Bollandistes, t. II, p
des Pèlerinages 161
A la fontaine de Notre-Dame du Cros , diocèse d'Évreux, l'onde fébrifuge est puisée par le malade dans une écuelle d'une origine quasi divine. Selon la tradition, rapportée par Mgr Guérin, « une bergère, femme très dévouée au culte de la sainte Vierge , ayant vu surgir une fontaine du plus beau cristal, se sentit pressée de boire de cette eau; mais, n'osant la toucher de ses mains de peur de la salir, ni se courber pour ne pas boire à la façon des brebis , elle éprouva un moment de perplexité. Elle contemplait et priait, lorsqu'une belle coupe parut sur l'eau. Elle comprit de quelle main lui venait cette délicate attention... » Un enfant atteint de fièvre intermittente ayant bu de cette eau, guérit instantanément.
« Depuis lors, on attribue, non sans de grands fondements, — c'est Mgr Guérin qui parle, — une vertu fébrifuge à l'eau du Cros puisée dans fécuelle. Cette écuelle ou coupe est d'une matière rouge inconnue jusqu'ici et portant au dos des caractères que nul n'a pu déchiffrer '. »
J'ignore ce que messieurs les archéologues en pensent.
On aura déjà remarqué dans toutes ces pratiques superstitieuses le rôle important des ruisseaux et des fontaines. C'est le cas d'observer qu'il est peu de sanctuaire privilégié qui n'ait son cours d'eau miraculeux
i. Petits Bollandistes, t. VI, p. 468.
rÔ2 Le Dossier
à proximité du temple, sinon dans Je temple même. Les pèlerins, après leurs pieux exercices, manquent rarement d'y aller faire des ablutions , tremper des linges et remplir des bouteilles.
A Notre-Dame de la Gorge, diocèse d'Annecy, c'est près de l'autel que tombe goutte à goutte dans un petit réservoir, une eau limpide « bénite, nous dit-on, par sa source même », et dont les pèlerins « boivent par dévotion, car on lui attribue des vertus bienfaisantes1 ».
La fontaine qui donne son nom au pèlerinage de Notre-Dame du Font-Rorneu, fameuse dans le diocèse de Perpignan, prend sa source derrière le maître-autel, « coule sous le pavé de l'église , et va verser ses eaux à l'extérieur dajis une piscine où se lavent les malades pour obtenir la guérison de leurs infirmités " ».
Rien qu'en France, les eaux miraculeuses se comptent par centaines. La Salette et Lourdes se sont donc beaucoup moins distinguées par leurs sources que par la manière de les exploiter. Loin que l'idée soit récente d'attribuer à certaines eaux, soi-disant sanctifiées, des propriétés merveilleuses , cette idée n'est pas même postérieure au christianisme. Les païens n'imploraientils pas avant lui, avec des procédés analogues, les divinités des fontaines? Combien d'endroits ou le nom d'un saint n'a fait que remplacer celui de quelque dieu ou de quelque déesse de l'Olympe antique !
i. Petits Bollandistes, t. IX, p. 587.