‹ Le dossier des pèlerinages, suitè de L'arsenal de la dévotionChapitre 61 sur 117 · Petits Bollandistes, t. I, p · texte numérisé non relu

Petits Bollandistes, t. I, p

Devant deux reliquaires en forme de pyramide qui figurent dans la cathédrale de Nevers, Mgr Crosnier avoue avec une entière franchise :

« Quoique les reliques qu'ils renferment soient considérées comme authentiques, nous n'avons pu découvrir à quels saints elles appartiennent-1. »

Si tous les sanctuaires qui possèdent des reliques en tas prenaient ainsi le parti d'avouer leur ignorance, cela épargnerait bien des explications embarrassées.

La châsse dite de saint Gorgon, à Essey-en-Woëvre (Meurthe), s'est trouvée renfermer, quand on l'a ouverte, « plus de vingt grands ossements avec de nombreux fragments qui appartiennent à sept sujets différents dont plusieurs du sexe féminin. »

D'où Mgr Guérin conclut :

« Ainsi cette châsse contient non-seulement quelques reliques de saint Gordon, mais d'autres reliques vénérées dans l'église de Gjrze, et toutes sont confondues et vénérées sous le même nom. »

« Non-seulement » est très joli, mais il faudrait d'abord prouver que les restes de saint Gorgon font partie de ce singulier fouillis d'ossements; or, ils inspirent à Mgr Guérin lui-même si peu de confiance, qu'au sujet d'un fragment de crâne tiré de ladite châsse et vénéré dans l'église de Feys-en-Haye, il se demande :

i. Hagiologic tiivernaise, p. 43u.

des Pèlerinages 197

« Est-il plus certainement du saint martyr que le plus grand nombre des ossement^ de la châsse d'Essey, nous n'oserions le dire l. »

Je ne sais jusqu'à quel point je dois recommander à ceux qui sont dans l'embarras pour distinguer d'un corps de sainte un corps de saint, le procédé employé jadis pour démêler les reliques de saint Benoit d'avec celles de sainte Scholastique, sa sœur, qu'on avait un peu légèrement confondues.

«'On sépara les grands que l'on s'imagina être ceux de saint Benoit d'avec les plus petits que l'on crut être ceux de la sainte; et Dieu fit connaître la vérité par ce miracle : Il arriva que l'on portait deux corps en terre, l'un d'un garçon et l'autre d'une fille, et, dans le doute, on approcha le corps de la fille des plus grands ossements et il ne ressuscita point ; mais il ressuscita aussitôt qu'il toucha les petits, et réciproquement, celui du garçon en touchant les petits ne donna aucun signe de vie ; au contraire, dès l'instant qu'on lui appliqua les grands, il ressuscita 2. »

Ce procédé de vérification est peut-être moins sûr que bizarre; mais, du moins, il donne une solution, ce qu'on obtient rarement quand on s'avise de demander au Saint-Siège de prononcer.

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