‹ Le dossier des pèlerinages, suitè de L'arsenal de la dévotionChapitre 66 sur 117 · Hagiologie nivernaise, p · texte numérisé non relu

Hagiologie nivernaise, p

A cette déclaration hardie, un frémissement parcourt le monastère de Moulins. Rendre le cœur de sainte Chantai, jamais! Les sœurs se soucient bien de toutes les promesses qui ont pu être faites et même signées. Leur supérieure, madame de Montmorency, se met en campagne. Elle ira jusqu'au roi. L'évêque d'Autun vient à la rescousse. Il déclare qu'il se fera tuer à la porte du monastère plutôt que d'en laisser enlever l'objet du litige. Il fait mieux que le dire, il l'écrit; et nous avons la joie de posséder sa lettre.

« Madame, l'intérêt que je prends à la conservation du cœur de madame de Chantai dans votre maison m'oblige de vous assurer qu'à moins d'un ordre du roi, j'irai avec tous mes amis périr à votre porte avant de souffrir qu'on l'enlève ; et c'est un gage qui mérite bien une bataille pour le conserver *. »

A cette époque déjà nous avions des évêques de combat.

De nos jours, ces pieuses ardeurs n'ont pas cessé de se produire :

« Sa Grandeur Mgr 1 evéque de Fermo a cédé à la paroisse de Lunel, en 1 8 3 8 , dit Mgr Gucrin, un des seuls ossements de saint Gérard qui existent encore. L'ossement cédé appartenait à un chanoine de

i . Histoire de sainte Chantai et des origines de la Visitation, par l'abbé P. Bougaud, 6° édit. Paris, Poussielgue, 187'"), gr. in-18, t. II, p. 626.

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Monte-Santo qui s'en servait avec succès pour bénir les épileptiques. On eût pu difficilement rien détacher de l'os qui reste dans la collégiale de Monte-Santo. La population s'y fût opposée, même au prix d'une lutte à main armée *. »

De son côté, l'évêque d'Orléans eut, en 1 838, nous raconte le même prélat, « l'intention d'envoyer à l'abbaye de Solesmes, au diocèse du Mans, où se réédifïait l'œuvre de saint Benoit, les reliques du saint conservées à Fleury-sur- Loire; mais la population, ayant eu connaissance de ce projet, s'y opposa avec menaces. L'évêque recula devant cette espèce d'émeute et se contenta d'envoyer à Solesmes une partie du crâne, prise par derrière2. »

Pour qu'on ne s'en aperçût pas, sans doute. Très adroit, Mgr d'Orléans !

Du reste, il est à remarquer que, depuis, Mgr Dupanloup a pu distribuer fort tranquillement plusieurs côtes de ce saint Benoit fort contesté à divers sanctuaires. Il parait donc évident que les populations que l'on montre prêtes à en venir aux mains pour détendre leur fétiche sont au moins en partie calomniées. Il n'y a, pour tenir aux reliques au point d'engager des batailles autour d'elles, qu'une extrême minorité de fanatisés ou d'individus dont elles font la fortune. Si nous avons vu de nos jours deux petites villes se dis-

i. Petits Bollandistes, t. VI, p. 148.

■2. Petits Bollandistes t. III, p.

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puter la dépouille du fameux curé d'Ars, c'est que l'une et l'autre comprenaient de quelle ressource cette dépouille pourrait être pour la localité où elle provoquerait des pèlerinages. D'une part, Dardilly, la ville natale de feu Vianney ; de l'autre, Ars, dont le hasard l'avait fait curé.

Le plus curieux est que ces contestations sur son futur cadavre se produisirent du vivant même du saint homme et qu'il dut en personne se prononcer plusieurs fois sur le cas. Quelques notables de Dardilly qui jetaient « des regards de convoitise sur le trésor possédé à Ars », étaient venus trouver M. Vianney et avaient obtenu de lui un testament qui leur assurait la possession de son corps après sa mort. Mais Dardilly ne sut pas garder le secret de sa victoire. A peine le fait est-il connu que l'alarme se répand à Ars. L'évêque de Belley s'émeut d'une donation qui porte préjudice à son diocèse. Si M. Vianney était mort, le prélat annoncerait évidemment, comme son collègue d'Autun, qu'il est prêt à se faire tuer aux portes d'Ars plutôt que d'en laisser sortir la précieuse dépouille ; mais M. Vianney est vivant, par conséquent en état de contredire à sa signature. Il n'y a qu'au delà du tombeau qu'il soit trop tard pour se rétracter. L'évêque de Belley part pour Ars; il est pressant, éloquent, et se retire, sinon avec un second testament, du moins avec une promesse. Heureusement Ars veillait, et, quelques heures avant son décès, le curé disposa définitivement par écrit de ses restes en faveur de la paroisse. On conçoit que Dardilly ne se tint pas pour battu et

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mit à combattre ce tardif codicille toute l'énergie du désespoir.

« Les notables de l'endroit firent entre eux une souscription, dit l'abbé Monnin, pour soutenir ce qu'ils appelaient leurs droits. Ils recoururent aux diverses autorités et un instant ils crurent avoir gain de cause. On eut grand'peine à leur faire entendre raison. Pendant tout ce débat, l'inquiétude à Ars était au comble. Les imaginations s'étaient-elles tropémiies? je ne sais; mais on pensa que le tombeau du serviteur de Dieu avait besoin d'une surveillance particulière et l'on craignit que les transports de la vénération n'amenassent de fâcheuses tentatives *. »

Voyez pourtant à quelles extrémités fâcheuses la vénération mal dirigée peut conduire !

Une lettre du maire d'Ars à l'évêque de Belley ouvre sur le débat un jour bien amusant. Ce fonctionnaire, qui traite la prétention des gens de Dardilly « d'aussi exorbitante que déplacée », accumule contre ses adversaires les arguments les plus divers. Il invoque d'abord la volonté du curé d'Ars ; mais les gens de Dardilly en ont autant à son service. Et, comme les gens de Dardilly réclament au moins un fragment de feu Vianney, il leur oppose la difficulté de rouvrir le tombeau déjà fermé. « Un jour entier n'y suffirait pas ! » Ajoutez l'opposition très sérieuse de la commune, op-

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