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Petits Bollandistes, t. V, p

qu'elle était bien celle qu'on honorait autrefois sous ce nom dans la localité.

Les reliques de saint Florian pullulent en Allemagne et en Italie. Il n'eût pas suffi d'imaginer pour cela deux saint Florian ; on en a donc inventé tout un bataillon.

« Il serait un peu fort, disent les bollandistes à l'appui de cet ingénieux système, de supposer que les reliques entières d'un seul Florian se trouvent en tant d'endroits à la fois. La célébrité du plus ancien d'entre eux aura amené les Polonais, les Italiens, les Westphaliens à croire que leurs reliques respectives ne devaient pas provenir d'un autre que de celui qui avait souffert en Autriche 4. »

Ainsi, là, c'est bien le même personnage que tous honorent, quoique les reliques soient incontestablement différentes. Abîmes profonds! fourrés impénétrables !

Toute cette haute fantaisie historique n'empêche pas qu'on ne se soit disputé de tout temps les reliques avec une ardeur singulière. Et comment en eût-il été autrement quand les sanctuaires trouvaient en eux une source d'attraction et par conséquent de revenus.

Lorsqu'aux époques de troubles, l'inquiétude des religieux les faisait recourir à des collègues pour mettre en sûreté — fatale confiance! — les reliques en possession desquelles ils se trouvaient, il est rare

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des Pèlerinages 2o3

que ces collègues peu délicats ne se soient pas refusés énergiquement à les leur rendre. Les plus accommodants en exigeaient au moins une portion.

« Les Langrois se firent payer l'hospitalité qu'ils avaient donnée à saint Bénigne en exigeant un bras du martyr 4.»

Au xvne siècle, le bienheureux Pierre Fourier fut, après sa mort, l'objet des plus vives compétitions. La ville de Pont-à-Mousson disputait ses restes à la ville de Gray. Pour les mettre d'accord et donner raison à La 'Fontaine, ce fut une troisième localité, Mattaincourt (Vosges), qui s'en empara par violence. La force armée envoyée pour s'opposer à ce rapt dut elle-même battre en retraite devant l'attitude des femmes fanatisées du pays-. Les reliques de Pierre Fourier durent être abandonnées à Mattaincourt; elles y sont encore.

Le cœur de sainte Chantai a été, dans le même temps, l'objet de contestations épiques entre les visitandines de Paris et celles de Moulins. La mère de Chantai étant morte au monastère de Moulins, les sœurs de Paris manifestaient la prétention d'obtenir son cœur, « assurant que déjà, en i636, la mère de Chantai avait pris l'engagement par écrit de leur léguer son cœur après sa mort, engagement qu'elle avait renouvelé et ratifié lors de son dernier voyage3.»

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