Petits Bollandistes, t. IV, p
S. Petits Bollandistes, t. V, p. 481.
dit-on du corps de saint François-Xavier à Goa, sans avoir la précaution de la mettre dans une vitrine; une dame trop fervente détacha d'un coup de dent l'un des doigts du pied du saint. Depuis ce temps, on a dû prendre des précautions pour que de pareils actes ne se renouvelassent pas1. »
On comprend, en présence de ces frénésies pieuses, l'église de Cannes qui, pour sauver son bien, a fait tracer, sur la châsse renfermant « la majeure partie » des reliques de saint Honorât, cette inscription menaçante :
« Qiœm si quis aperire prœsumpserit anni finem non videbit. Celui qui aura la hardiesse de l'ouvrir ne verra pas la fin de l'année2. »
Dans les précautions dont les reliques sont entourées apparaît fréquemment la crainte de se voir ravir un si inappréciable trésor.
Jusqu'à l'époque de la Révolution, l'abbesse de Notre-Dame de Soissons ne laissa sortir aux processions les reliques de saint Crépin que sur l'engagement formel pris par la municipalité de les lui restituer fidèlement. Dans le principe, l'engagement était même passé chaque fois par devant notaire. A la suite d'une tentative d'enlèvement, il y eut interruption dans les
i. Petits Bollandistes, t. XIV, p. 44.
>. Petits Bollandistes, t. I, p.'3go.
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promenades extérieures, et l'abbesse ne les autorisa de nouveau qu'à la condition « qu'un des échevins restât en otage au monastère pendant toute la durée de la procession, jusqu'à ce que la châsse fût rentrée dans l'abbaye \ » Le plaisant est que cette abbesse, si jalouse de son bien, détenait indûment les reliques de saint Crépin et que ceux dont elle craignait les tentatives de rapt n'étaient autres que les légitimes possesseurs des sacrés ossements. On se demande avec inquiétude quel sort les sœurs de Notre-Dame eussent ménagé à l'otage infortuné si les moines de saint Crépin eussent réussi à reconquérir leur propriété.
Paray-le-Monial ne doit qu'à une extrême vigilance de pouvoir nous montrer encore les reliques de la bienheureuse Alacoque :
« En 1 8 1 7, la communauté de Moulins s'étant réunie et régulièrement reconstituée à la Charité-sur-Loire, toutes les sœurs de la Visitation, à l'exception de deux, quittèrent Paray. Celles qui s'éloignaient emportèrent leur part des saintes reliques, en proportion de leur nombre. Mais, quand elles voulurent y ajouter la châsse de la bienheureuse Marguerite-Marie, on eut recours à l'autorité civile; ies sceaux de la ville y furent apposés comme à une propriété publique, et elle fut remise à la garde de M. Noiret, curé de la paroisse. Vainement on tenta plusieurs fois de la faire enle-
Petits Dollandistes, t. XII, p. 628.
ver, par rase et par adresse; la piété et l'amour de la patrie veillaient autour, et le trésor fut sauvé '. »
D'autre part, nous voyons réussir une véritable expédition organisée par l'abbé de Corbie, frère du comte d'Amiens, dans le but de s'emparer des reliques de saint Gentien :
« Vers le soir, l'abbé arriva à Amiens, accompagné des religieux qui devaient -transporter la châsse. Par mesure de précaution, il avait laissé sur la route un certain nombre d'habitants de Corbie, lesquels, au besoin, pouvaient lui prêter main forte. Les moines s'introduisent furtivement dans l'église, grâce à la connivence des gardiens; s'emparent du trésor si ardemment convoité, et rejoignent la troupe des Corbiois. Cependant l'aurore venait de paraître et les Amiénois avaient appris le rapt qu'on avait effectué. Animés d'une sainte colère, ils s'arment à la hâte et courent à la poursuite des ravisseurs. Les deux troupes se rencontrent, et le sang allait couler, quand Dieu enveloppa les deux partis d'un brouillard si épais que toute bataille devenait impossible. Les Amiénois se résignèrent alors à la volonté du Très-Haut, tandis que les Corbiois continuaient leur marche triomphale -. »
Il est à remarquer qu'en cette dernière circonstance,
i. Petits Bollandistcs, t. XII, \\ .[3b. 2. Petits Bollandistcs, t. XIV, p. 197.
des Pèlerinages 223
Dieu prend le parti des voleurs. Mais, si le saint avait un goût particulier pour Amiens, il n'y a rien à dire. Quand les reliques ne veulent pas se laisser prendre, elles savent très-bien se rebiffer:
« Hugues, abbé de Saint-Quentin, ayant essayé d'enlever le corps de saint Orner, pour en enrichir son monastère, ne put dépasser le village de Lisbourg ; car tout à coup la bière devint si lourde qu'aucune force humaine ne put l'enlever de terre, ce qui donna le temps à Folquin, évêque de Thérouanne, de venir reprendre les reliques sacrées *. »
Autre moven employé par saint Antoine de Padoue pour sauver sa langue:
« (Jn général de l'ordre, abusant de son pouvoir, exigea qu'on lui remit les précieuses reliques ; comme on s'y était refusé, il vint les prendre. Chose merveilleuse! lorsqu'il eut en main la châsse qui les contenait et qu'il se disposa à sortir de la sacristie, il ne put en trouver la porte. Alors, tout effrayé, il cacha la sainte langue dans un calice, et vint au pied de l'autel, demander pardon à Dieu de sa tentative coupable 2. »
On voit par là que, quand les reliques tiennent à ne pas changer de localité, elles y réussissent par-
:. Petits Bullandistcs, t. X, p. 6o3.
i. Petits Bollandistes, t. Yi, p. 6 >5t
faitement. Les reliques ont, comme les Notre-Dame, leurs lieux d'élection qu'elles savent déterminer par des procédés divers, mais, le plus généralement, en devenant si lourdes que leurs porteurs doivent renoncer à faire un pas de plus.
Lorsque Mgr de Marcillac, évêque de Mende, voulut transférer les reliques de saint Frézal dans son église paroissiale, « ceux qui étaient chargés de ce soin éprouvèrent, à la vue de tout le peuple, une résistance si miraculeuse, lorsqu'ils furent sur le point de sortir avec le précieux fardeau, qu'on se vit obligé de renoncer à cette entreprise '. »
Un évêque de Rennes, se rendant à Rome, avait obtenu en passant par Reims, quelques reliques de saint Rémi :
« Une nuit qu'il se trouvait au mont Bardon, qui fait partie de l'Apennin, il suspendit ces reliques à un chêne vert. Il se leva le lendemain matin et continua sa route sans se ressouvenir du précieux gage qu'il avait laissé à l'arbre. Ne s'étant aperçu de sa perte qu'assez loin de là, il envoya assitôt un clerc nommé Wulfade prendre ces reliques; mais celui-ci ne put venir à bout d'exécuter ce qui lui avait été ordonné. Il lui fut impossible d'y atteindre, et plus il s'en approchait, plus elles semblaient s'élever. L'évêque, ayant appris ce miracle, retourne au même lieu et y dresse sa tente ; mais il eut beau prier une partie de la nuit, il ne put
i. Petits Bollandisles, t. X, p. 442.
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rien obtenir. Son trésor ne lui fût rendu que lorsque, disant la messe le lendemain au monastère de Berzetto, aujourd'hui petite ville du Parmesan, qui était près de là, et dédié à saint Abundius, martyr, il eut promis de laisser dans ce monastère une partie des reliques. Aussitôt elles lui furent rendues '. »
Si après ce fait, nos lecteurs pouvaient douter encore de l'éloquence que la pantomime peut atteindre chez une relique, je les inviterais à méditer le cas suivant.
Le corps de saint Médard vient d'être transporté de Noyon à Crouy :
« Quand on fut en ce lieu, le cercueil devint entièrement immobile sans qu'on le pût lever ni de côté ni d'autre, jusqu'à ce que le roi eut fait don de la moitié de ce -bourg, qui était de la manse royale, pour l'entretien de ceux qui y célébreraient les divins offices. Mais, comme après cette donation, le cercueil se laissait lever d'un côté et restait si pesant de l'autre qu'il était impossible de le remuer, il fit le don tout entier et en fit expédier sur le champ des lettres patentes scellées de son sceau ; alors le saint corps se laissa aisément transporter où on voulut *. »
Les reliques parleraient, qu'en vérité, elles ne se feraient pas mieux entendre.
i. Petits Bollandistes, t. XII, p. 534. 2. Petits Rnllandistes, t. VI, p, 5z6.
Celles de saint Pascal Baylon, dignes du titre de reliques à répétition, ont, pour rendre la locution « Vous êtes servi », un toc toc des plus originaux :
a Un miracle particulier à saint Pascal Baylon, et qui l'a rendu surtout célèbre après sa mort, ce sont les petits coups frappés sur sa châsse, ses reliques, ses images : ces coups annoncent à ses dévots, le succès de la prière qu'ils lui ont adressée l. »
D'autres savent exprimer jusqu'à la joie de se voir logées sur un emplacement qui leur est cher. Piefre, évêque de Saint-Brieuc , rapportait d'Angers , en grande pompe, quelques débris du patron de sa ville épiscopale, soit deux côtes, un bras et une vertèbre du cou :
« Ces saints ossements, dit Mgr Guérin, lorsqu'ils entrèrent dans la cathédrale qui leur était si chère, tressaillirent de joie. On remarqua qu'ils s'agitaient d'eux-mêmes a. »
Ce dut être un singulier spectacle que celui de ces deux côtes, de ce bras et de cette vertèbre tressautant de plaisir.
Au contraire, change-t-on les reliques de place contre leur gré, elles manifestent leur mécontentement. C'est ainsi que les reliques de saint Druon, transfé-
i. Petits Bollandistes, t. V. p. 620.