VAIS CASSER LES VITRES
Il me demanda seulement deux jours pour lui permettre de se rendre compte de la meilleure manière dont il pourrait arriver à les casser. Deux jours plus tard, M. de Freycinet se tirait d'embarras, en donnant brusquement sa démission, en pleine séance de la Chambre, et en la motivant par un manque d'égards manifesté pour sa personne sur les bancs socialistes.
Démissionnaire le 5 mai 1899, M. de Freycinet était remplacé le 7 par M. Krantz.
Le 11 mai, paraissait dans le Petit Journal un article relatif à mes démêlés avec M. Delcassé, rédigé et porté au journal à mon insu. Cet article ne relatait, d'ailleurs, que des faits d'importance secondaire, il passait sous silence le faux établi à la charge du ministre des Affaires étrangères. J'étais, en raison de la publication de cet article, mis en nonactivité.
Quant à M. Delcassé, il restait ministre comme devant; il continuait â représenter la France devant l'étranger, et il ne fallut rien moins qu'un froncement de sourcils de l'Empereur allemand pour le faire choir, long-
temps plus tard. Les circonstances de sa chute lui ont d'ailleurs valu, à l'époque où elle s'est produite, et elles lui valent encore aujourd'hui l'avantage, d'avoir ce qu'on appelle « une bonne presse » : pour beaucoup de nos parlementaires « conservateurs », ]M. Delcassé demeure « la personnification de la dignité et de l'honneur français »...
Par le fait de ma mise en non-activité, prononcée le 12 mai 1899, je me trouvais dessaisi des différents dossiers de l'affaire Dreyfus : ceux-ci furent confiés au général Chamoin, qu'assistait un capitaine de l'état-major. Ces deux officiers devenaient responsables de tous les documents dont j'avais eu seul la garde pendant plus d'un an.