MADAME JACOB, LA BARONNE, LISETTE
madame jacob, à la baronne.
Je vous demande pardon , madame, de la liberté que je prends. Je revends à la toilette , et je me nomme madame Jacob. J'ai l'honneur de vendre quelquefois des dentelles et toutes sortes de pommades à madame Dorimène. Je viens de l'avertir que j'aurai tantôt un bon hasard, mais elle n'est point en argent, et elle m'a dit que vous pourriez vous en accommoder.
la baronne.
Qu'est-ce que c'est ?
MADAME JACOB
Lne garniture de quinze cents livres , que veut revendre une fermière des Regrats. Elle ne l'a mise que deux fois. La dame en est dégoûtée : elle la trouve trop commune; elle veut s en défaire.
LA BARONNE
Je ne serois pas fàchee de voir cette coiffure.
MADAME JACOB
Je vous l'apporterai dès que je l'aurai, ma-» dame ; je vous en ferai avoir bon marché.
Vous n'y perdrez pas ; madame est généreuse.
MADAME JACOB
Ce n'est pas l'intérêt qui me gouverne; et j'ai , Dieu merci , d'autres talents que de revendre à la toilette.
LA BAHORS E.
J'en suis persuadée.
Lisette, à madame Jacob.
Vous en avez bien la mine.
MADAME JACOB
Eh! viaiment , si je n'avcis pas d'autres ressources, comment pourrois-je élever mes enfants aussi honnêtement que je le fais ? J'ai un mari , à la vérité 4 mais il ne sert qu'à faire grossir ma famille, sans m'aider à l'entretenir.
LISETTE
Il y a bien des maris qui font tout le contraire.
LA BARONNE
Eh! que faites-vous donc, madame Jacob, pour fournir ainsi toute seule aux dépenses de votre famille ?
MADAME JACOB
Je fais des mariages , ma bonne dame. Il est vrai que ce sont des mariages légitimes : ils ne produisent pas tant que les autres ; mais , voyezvous , je ne veux rien avoir à me reprocher..