ACTE IV, SCÈNE XII. a
C'est fort bien fait.
MADAME JACOB
J'ai marié , depuis quatre mois , un jeune mousquetaire avec la veuve d'un auditeur des comptes. La belle union! ils tiennent tous les jours table ouverte ; ils mangent la succession de l'auditeur le plus agréablement du monde.
LISETTE
Ces deux personnes-là sont bien assorties.
MADAME JACOB
Ob! tous mes mariages sont heureux f A la
baronne. ) Et si madame étoit dans le goût de se marier, j'ai en main le plus excellent sujet.
LA BAKOSSE.
Pour moi , madame Jacob ?
MADAME JAC OP
C'est un gentilhomme Limousin. La bonne pâte de mari I il se laissera meuer par une femme comme un Parisien.
Lisette, à ta baronne.
Voilà encore un bon hasard , madame.
LA BARONNE
Je ne me sens point en disposition d'en profiter-, je ne veux pas sitôt me marier; je ne suis point encore dégoûtée du monde.
Lisette, à madame Jccob.
Oh bien ! je le suis , moi , madame Jacob* Met» tes-moi sur vos tablettes.
Théâtre. Comédie». <J% 23
aGG TUR CARET.
MADAME JACOB
J'ai rotre affaire. C'est un gros commis qui a déjà quelque Lien, mais peu de protection, il cherche une jolie femme pour s'en faire.
LISETTE
Le bon parti ! Voilà mon fait.
la baronne, à madame Jacob.
Vous devez être riche , madame Jacob ?
madame jacob.
Hélas! hélas! je devrois faire dans Paris une
figure je devrois rouler carrosse, ma chère
dame , ayant un frère comme j'en ai un dans les affaires.
LA BARONNE
Vous avez un frère dans les affaires?
MADAME JACOB
Et clans les grandes affaires encore ! Je suis sœur de M. Turcaret, puisqu'il faut vous le dire... Il n'est pas que vous n'en ayez ouï parler? LA baronne, avec étonnement.
Vous êtes sœur de M. Turcaret ?
madame jacob.
Oui , madame , je suis sa sœur de père et de mère même.
Lisette, étonnée aussi.
M. Turcaret est votre frère , madame Jacob ?
MADAME JACOB
Oui, mon frère, mademoiselle, mon propre frère ; et je n'en suis pas plus grande dame pour cela Je vous vois toutes deux bien étonnées.