ACTE I, SCÈNE XI
LA VEUVE
Tout ce que je mange me veste sur l'estomac r-nmme un plomb.
FROSINE
Nous ne mangeons point, et ce que nous mangeons nous étouffe.
LA COMTESSE
Répondez -moi donc, madame, consente/vous....
la veuve , pleurant.
Non , je ne serai pas en vie dans quatre jours.
LA COMTESSE
Vivez , ne pleurez plus.
LA VEUVE
Ah ! je pleurerai encore dans trente ans.
f no si NE.
Mourir bientôt et pleurer long-temps , c'est notre dernière résolution.
Je ne sais ce que je dis , Frosine.
FKOSINE.
Je le vois bien.
LA VEUVE
J'ai l'esprit troublé , madame , je ne suis pas en état de parler dafîaires ; je suis si foible !
FROSINE
Nous n'avons pas la force de marier Thérèse.
LA COMTESSE
Tant que votre mari a vécu, vous m'alléguiez pour excuse que vous espériez avoir des enfants :
ma/s vos espérances et vos excuses sont mortes avec votre époux , vous êtes maîtresse de vos volontés ; il faut ou marier Thérèse , ou me dire que vous ne le voulez pas.
LA VEUVE
Je ne puis me résoudre à marier ma nièce. Hélas ! je ne lui veux pas assez de mal pour l'exposer au mariage.
LA COMTESSE
à vous entendre ainsi parler de mariage , on croiroit que vous vous en seriez mal trouvée.
LA VEUVE
Au contraire , c'est parce que mon bonheur étoit parfait, que je ne veux pas marier ma nièce.
C'est une raison pour la marier.
LA VEUVE
J'ai eu un mari trop aimable , je ne veux pas qu'elle en ait de sa vie.
LA COMTESSE
Expliquez-vous mieux.
LA VEUVE
Elle seroit trop aflligée de le perdre ; la marier, ce seroit l'exposer à être veuve et malheureuse comme moi. Ah! madame, dans l'abîme d'affliction où je me vois , la retraite et la solitude
c'est le parti que ma nièce doit prendre.
LA COMTESSE
Ce n'est pas à votre nièce que la retraite convient.