SCÈNE XV
LISETTE , en comtesse; FROZnTO" , en financier.-
Bon, voilà ce que je cherche, le financier de Philaminte : il m'a tantôt regardée d'un oeil qui n'étoic pas indifférent; poussons quelques soupirs pour l'amorcer. Àhi fronti*, après l'avoir regardée avec sa lorgnette.
Vous soupirez, charmante veuve? est-ce pour le défunt , ou après un futur .'
LISE TiT E .
Ce discours me surprend de la part d'un seigneur de qui je ne Crovois pas avoir l'honneur oVae connue.
Fr.osn y.
On ne peut vous voir, sans être charmé de
vos charmes : on ne peut en être charmé sans avoir la curiosité de savoir qui vous êtes. Pour le savoir
Théâtre. Comédies, J. 28
il faut le demander; c'est ce que j'ai fait: et l'on m'a dit que vous étiez une veuve fort riche , fort qualifiée , mais encore plus libérale , et que
LISETTE
INe parlons point de mes libéralités , on auroit de la peine à égaler les vôtres.
FHON T IN.
Quoi ! vous me connoissez ?
Il faudroit n'avoir jamais vu le monde pour n< pas connoître M. Patin : son mérite et ses dépenses avec les dames lui ont acquis une réputation.
FKONTIH.
Il est vrai que j'en fais de terribles , et surtout quand les femmes commencent par me donner ; cela me piqtxe , cela m'acharne. Une présidente , amoureuse de moi , m'envoya une fois un mauvais diamant de mille écus , ce diamant lui a valu plus de cent mille francs : oui ; cette présidente-là me coûte cent mille francs ou rien. Mes réponses à ses billets doux étoient des lettres de change , et je crois que je l'aurois épousée, sans un mari qu'elle avoit encore de reste.
^LISETTE
Je n'en ai plus, dieu merci; le mien est bien mort. J'ai été si peu de temps avec lui , qu'il ne me souvient pas d'avoir été mariée. Je suis de ces veuves qui pourroient encore passer pour filles