‹ Le doute et ses victimes dans le siècle présentChapitre 13 sur 37 · INTRODUCTION. XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXVII

l'iiiiioceiice du cœur! Malheur à ceux qui t'orceut l'homme à douter de l'homme, car ils l'amèneront peut-être un jour à douter de Dieu!... Ainsi il y avait des êtres francs, ingénus, simples comme la colombe, et qui, dans l'éloignement des tristes réalités où les maintenait leur heureuse ignorance, s'avançaient dans la vie souriants, confiants, portant la bonté dans leurs yeux, se livrant sans réserve, et ne comprenant pas ce qu'on voulait leur dire quand on les invitait à se défier des loups qui viennent déguisés sous la toison des brebis. Il a fallu de longues et fréquentes leçons pour que le désillusionnement se lit enfin dans ces âmes ; il a fallu de grands coups pour que les feuilles et les Heurs tombassent toutes de cet arbre qui promettait tant de fruits! Mais lors(j[ue est venu le jour dos tristes révélations, lorsque admis au foyer de ce dégoûtant spectacle, un en a vu l'intrigue, les machines et les masques; lorsqu'on a vu le monde en proie aux plus habiles, la fourberie maîtresse sous le nom de la prudence, l'hypocrisie cachée sous le voile de la vertu, la trahison enfonçant sa griffe dans le cœur sous l'étreinte de l'amitié. Fégoisme savant sur le [)avois dr Ihonneur. la grande renommée Hchetr-e par dr ]M'lits calculs, les con-

XXvm INTRODUCTION.

victiouis vendues pour une vile proie de gloire, la générosité ardente dans les phrases et la personnalité tyrannique dans la vie...; alors s'est faite dans l'âme une révolution qui l'a retournée de fond en comble. « J'ai donc été trompée ! y> s'écrie-t-elle d'abord dans une vive douleur suivie d'abattement; mais bientôt sa fierté se roidit contre sa souffrance, et c'est alors que se justifie le mot de Cliampfort : « Il faut qu'à trente ans le cœur se brise ou se bronze. »

Il se brise parfois. Il y en a chez qui il se brise dans une tristesse qui mène à la mort, ou à une agonie pire ([ue la mort elle-même. 'Il y en a chez qui il se brise dans l'amour de ce qui seul mérite d'être aimé dans ce monde, parce qu'on l'aime encore dans l'autre. Il y en a chez qui il se brise dans le repentir et dans la charité, comme ce vase que Madeleine répandit sur les pieds de Dieu. Mais il y en a aussi chez qui le cœur se hrotize dans un scepticisme stoïque qui embrasse toutes choses, les choses de la terre et les choses du ciel, les choses de la vie et celles de l'éternité. Aussi les verrez-vous désormais, ces malheureux, s'enfermer dans une morne méfiance et se faire une tiertc de leur doute fatal et de leur dédain vengeur. Vous les verrez se retirer dans un isolemeul

INTRODUCTIOX. \XIX

(1»^ priiu'ipos cl (l't'xisleiicc qui (léscsprrr \o zclr. Car. que poiil le 7À'\o pour coiix qui ur rroioiil plus (Ml lui? Je sais bi(?n qu'ils se tronipont, qiir c'oM uu sophisme de conclure de la fausseté de quelques-uns à la fausseté de tous; que la vérité sul)siste malgré tous les menteurs. Mais la foi en cette vérité, d'où leur vieudrait-elle, lorsqu'ils ne croient plus aux hommes ? Et une fois déflorée, cette virginité de Tàme, cette candeur de l'esprit, où se retrouve-t-elle? Ne les prêchez donc pas, mais aimez-les beaucoup, souhaitez -leur de rencontrer quelque grand homme de bien, quelque grand homme de cœur qui leur fasse oublier ces méchants hommes d'esprit; qui les réconcilie <ivec le genre humain, en leur faisant éprouver et ([u"il a encbre de sincère, de vertueux et <ralmable ; qui enfin les fasse renaître à l'espérance, en les ranimant dans l'amour. Si ce bonheur leur manque, il ne leur restera plus qu'à traverser la vie avec un sourire amer, et à aller mourir sur le rocher de Brutus, en disant comme lui que In vérité n'est pas, et que la vertu est un mot.

Mais *le malheur du doute ne saurait absoudre le (louteur, et de tout ceci il faut conclure :

Oue le doute n'est point raisonnable, parc(» que. la vérité relit^ieiise ('tant déniontrablf. il

Page 1