‹ Le doute et ses victimes dans le siècle présentChapitre 15 sur 37 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

a II y a dans lo temps présent, a observe Jouffroy, qui en ceci est un juge d'une grande com j)étence , il y a dans le temps présent absence de critérium en matière de vrai et de faux, de bien et de mal, de beau et de laid. Tout principe . ayant été détruit, toute règle fixe du jugement

se trouve supprimée. Or, qu'arrive- t-il de là? C'est que chaque individu a le droit de croire ce qu'il veut, et d'affirmer avec autorité ce qu'il lui plaît de penser. Individualisme et anarchie, voilà ce qui doit être et ce qui est, voilà ou il était nécessaire que nous en vinssions... La conviction qu'il n'y a pas de critérium de vérité engendrant le mépris de la réflexion, il en résulte cette ignorance profonde que nous voyons et qui compose, avec la présomption, les deux traits caractéristiques des intelligences de ce siècle. Et de là vient que, dans la plupart des productions de notre temps, on ne sait qu'admirer davantage, ou de la prodigieuse fatuité avec laquelle les idées les plus usées ou les plus absurdes sont émises, ou de l'absence complète de toutes les connaissances positives qui pourraient autoriser tant de confiance (1). «

(l) Jouffroy. Covra de droit naliiref, t. I, p. 287 et suiv.

XXXIT INTRODUCTION.

Inflivirtualismo et anarchie ! Voilà bien , eu effet, la vraie situation dans les lettres, les arts, toutes les sciences morales qui, manquant de principes, manquent par cela même de tenue ej de fécondité. — Dans les lettres, plus de règles et plus de traditions ; mais la licence de tout dirje, conséquence nécessaire du droit de tout penser; toute retenue bannie, toute précision absente, toute doctrine flottante, l'a peu près des idées, la confusion des choses, enfin la fantaisie naturellement maîtresse là où le doute est roi. — Dans les arts, plus d'écoles, plus d'esthétique sûre; plus de grandes inspirations, parce qu'il n'y a plus de croyances; mais la théorie sceptique de l'art pour l'art devenue dominante partout, et partout éteignant dans le sein de la muse la dernière étincelle de divinité. — Enfin , dans les diverses branches des sciences morales, dans l'histoire, dans la politique, le règne du fatalisme, qui n'est pas autre chose que le scepticisme mis en œuvre et appliqué aux faits; le culte du succès, l'indifférence systématique pour le bien et le mal. Voilà l'état des esprits. Or, qu'est-ce que cela, encore une fois, sinon le doute, non plus le doute théorique, mais le doute réalisé dans tout ce qui nous est donné

INTRODUCTION. XXXIIl

[toiii' rharmer. (''clairor o\ rolovci' la vie cl (|ui par noli'c laiilr ne l'ail <[uo l'altrister, lY'oçaror et la eori'ompre !

Il y a qiiel([ue chose do plus regrettable encore que la pauvreté des esprits, c'est l'énervement moral et l'aliaissement des caractères. Tel est [effet du doute. Là où il pose son doigt, il détend le ressort de l'âme, et les cœurs ne battent plus, ou ils battent mollement. C'est Jouffroy qui dit encore : a Personne n'a plus de caractère dans « ce temps, et par une bonne raison, c'est que « des deux éléments dont le caractère se compose, « une volonté ferme et des principes arrêtés, le « secon<l manque et rend le premier inutile. » Qui ne comprend cela? On ne voue pas sa vie à des vertus pénibles ou à de grands sacrifices sur la foi d'un peut-être. Aussi bien, qui ne sent que l'absence de toute conviction est devenue l'absence de toute énergie, de toute virilité? Où sont maintenant les cœurs que visite la flamme sacrée <le l'enthousiasme? Où est le culte généreux de son drapeau et de sa cause? Dans la majorité des hommes qui nous entourent, où est l'amour dévoué du beau, du bien, de l'honneur à outrance, à tout prix? Où sont les courageuses ardeurs de la |iensée. de la parole? Où est le sentiment pas-

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