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sionné du devoir, depuis qu'on ne sait pas même ce que c'est que le devoir? Il n'y a pas longtemps qu'on s'en doutait encore, mais on ne le sait plus. On est même convenu de rire de certains courages, et quant aux délicatesses sublimes de la vertu, elles aussi sont traitées de poésie, c'est-àdire de rêverie et de délire. De même que toute science réside dans le chiffre, toute moralité est dans la réussite. Le désintéressement est un rêve d'enfant, et c'est être un enfant que d'aimer quelque chose qui ne soit pas une proie d'orgueil ou de plaisir. On se vante d'être positif, et c'est être positif que d'avoir blasé sa vie, cautérisé sa conscience et pétrifié son cœur ! Le grand mal est que ces cœurs sont quelquefois des cœurs de vingt ou trente ans, de pauvres cœurs atrophiés dans leur plus vive ardeur, et que le doute condamne impitoyablement à traîner avant l'âge cette longue chaîne d'illusions déçues et d'espérances trompées qui est bien le plus lourd fardeau de cette vie.
Ce que deviennent les mœurs dans cette oscillation générale des idées, et cet abaissement profond des caractères, on le devine bien. C'est un axiome vulgaire que les croyances sont la règle et le mobile de la vie; n'avoir point de
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principrs et n'avoir point de conduite sont devenns synonymes <lans le langage nsuel. Ne soyons donc point surpris qu'on se permette tout, quand on doute de tout, et ne cherchons point ailleurs la cause principale d'une corruption sans honte, parce qu'elle est sans frein. Qui donc l'arrêterait? quelle force la réprimerait, quand la sanction morale a perdu son empire? L'intérêt et la passion ne reculent point devant une ombre, et de l'orgueil du scepticisme à l'abjection des sens la distance est petite. Qu'est-ce que Dieu? se demande-t-on ; qu'est-ce que le ciel ou l'enfer? Qu'est-ce que le bien et le mal?... Quand la foi est soumise à de pareilles questions, c'en est fnil de la foi, et le doute sur l'autre vie a pour première conséquence de nous précipiter dans le déshonneur de celle-ci.
Et maintenant on s'étonne des révolutions! On n'a plus de principes, plus de fond où jeter l'ancre, et on s'étonne de voir la société livrée aux caprices des flots et des souffles populaires! On annonce la fin des dogmes religieux, et ou ose parler de dogmes politiques! La conscience . pul)li({ue fait chaque jour litière de l'autorité divine, et Ton veut qu'elle s'incline sous l'autorité de l'homme! On a appris au peuple à insulter ses