‹ Le doute et ses victimes dans le siècle présentChapitre 2 sur 37 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

prits n'est pins anjonrd'liui le même, et qne l'assurance liantainf^ d'un dogmatisme impie a remplacé le tronble de l'inquiétude religieuse. Je sais les prétentions de cette école nouvelle, mais qu'est-ce que le doute y perd? Quelles certitudes nous ont garanties ces doctrines? Quel raffermissement peut-il y avoir là pour les intelligences? Et qui jamais a pris ces audaces littéraires pour sa philosophie ou pour sa religion? « Je ne suis qu'un Jupiter assemble-nues, disait (( de lui-même un sopliiste du siècle précédent. « Mon talent est de former des doutes, mais ce « ne sont pour moi que des doutes (1). » C'est aussi le talent et le plus beau succès des sophistes de nos jours. Ils critiquent, ils contestent, ils nient, ils affirment même, mais ils n'établissent rien. Ni le nouveau criticisme, ni \v matérialisme, ni le positivisme ne font autre chose : ils doutent. Certains adeptes s'y trompent, mais les maîtres le savent. bien; et quel que soit celui de leurs systèmes qui sème, c'est en définitive le scepticisme qui récolte.

Il ne sert donc à rien de se le dissimulei* : il est le roi du jour. «. Ces philosophies diverses,

(1) Lettre de Bayle au P, de Touruemine.

INTRODUCTION. Vil

<< — ('Ci'ivail M. Lebre il y a plus de vingt ans, « — toutes ces philosopliies si hautaines dans « leurs prétentions, si chétives <lans leurs résul- « tats, impuissantes à rien fonder, ne sont habiles (( qu'à s'entre-détruire. 11 ne reste de tout ce (( labeur d'intelligence qu'une critique insatiable (( qui n'épargne rien, (a- nouveau déluge (c monte, grossit, s'étvaid et menace déjà de <( son flot amer les plus hauts refuges cherchés (( contre lui.

« Lue crise pareille travaille le monde entier. « Partout, chez les peuples européens, c'est un (( même ébranlement de croyances, une même (( angoisse des âmes, un même désordre des es- « prits. Un doute dont on voudrait en vain se <c dissimuler la puissance nous obsède.... Dans le « sanctuaire de la consciente il nous propose (( l'utile à la place du juste, It bien-être au lieu « du devoir. L'hôte funeste nous suit jusqu'auprès « du foyer domestique et là il argumente contre « la famille et la propriété. Tout est mis en « question, tout devient |>récaire, tout semble « menacé. Pour la première fois \e scepticisme '( répand ses ombres sur toute hi surface de la « terre, et dans cette obscurit('' la tristesse, la (( crainte el reiinui nous preiuicni. Ce ne sera

VllI INTRODUCTION.

« pas un logicien qui terminera ces vastes inccr- « titudes. Ce ne sont pas ici jeux et difficultés « d'école, mais cruelles et profondes perplexités. « De grands événements les ont fait naître, de (c grands événements pourront seuls y mettre un (t terme (1). »

Voilà où nous en sommes; et le commerce du monde ne nous en apprend-il pas là-dessus encore plus que les livres? Il ne faut que hanter un cercle, entrer dans un salon ou une académie pour y rencontrer le doute léger ou pédantesque, sarcastique ou rêveur, dogmatique ou discre ; mais souverain partout, et partout pénétrant et dissolvant de son souffle les mœurs, les lois, l'histoire, la politique et les arts. Cette crise se révèle -t-e lie par de violents accès? Loin de là : le plus souvent on ne discute point, on ne conteste pas; toutes les croyances sincères ont le droit de se produire, toutes les opinions comme tous les symboles sont sûrs d'être respectés, sinon d'être acceptés; mais là s'arrête l'accord. On. fait des concessions, mais avec quelles réserves! on est plein de bienveillance, mais Jes

(1) M. Lebre, Grise actuelle de la philosophie allemande. Revue des Deux-Mondes, 1843, t. I, p. 42.

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