‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 21 sur 135 · INTENSITÉ ET DURÉE DU DOUTE · texte numérisé non relu

INTENSITÉ ET DURÉE DU DOUTE

fiant de soi, et ouvre le champ des possibilités et des hypothèses. L'association des idées aidant, les échafaudages que peuvent édifier les douleurs sur un doute primitif sont extraordinaires et nous verrons plus loin comment ils se construisent avec des apparences logiques qui augmentent encore le trouble, au point que les sujets finissent par s'y perdre eux-mêmes et n'y plus rien comprendre.

Chez chaque Jouteur le doute n'est pas seulement plus ou moins circonscrit à telle ou telle sphère de son activité, mais il affecte aussi une prédominance dans chacune de ces sphères pour tel ou tel élément de l'activité mentale. C'est ainsi que les uns doutent particulièrement de leurs sensations externes; d'autres, de leurs sensations internes; que certains doutent surtout de leurs sentiments, ou Je leurs représentations du passé et qu'il en est encore chez qui le Joute ne porte que sur leurs représentations de l'avenir, sur ce qu'ils s'imaginent; d'où des variétés de caractère se manifestant par l'hésitation, l'inquiétude, le scrupule, le regret, le remords, l'appréhension, qui constituent plus encore des liions du douleur que des caractères du doute.

Variétés dans l'intensité et la durée du Doute. — Tout homme peut être atteint de doute, et aux degrés les plus divers, suivant les circonstances d'un coté, son état actuel de l'autre, depuis la simple hésitation jusqu'à l'angoisse la plus violente. La question de l'intensité du doute n'a en soi qu'une importance très secondaire. L'essentiel est qu'une fois résolu il ne laisse pas derrière lui un état d'émolivité tel que d'autres doutes, n'ayant cependant aucun rapport avec celui-ci, s'élèvent. Léger ou intense le doute présente toujours les mêmes caractères fondamentaux que nous verrons tout à 1 heure. Ce qui est beaucoup plus important, c Vst sa durée.

Le doute ordinaire est accidentel, passager, et aboutit

LE Dm i E

généralement à une soîulion, posiLive ou négative, mais qui satisfait te >wy\ et met fin aux oscillations, k la lutte qui le constitue essentiellement; ou bien il s'éteint de lui* même, Tintent ayant cessé de se porter sur son objet, Le doute, sous cette Forme, n'a aucune gravité, C'est un phénomène banal.

Il n'en est plus de même d'une forme rémittente en quelque sorie, ou intermittente et qui se produit sous forme de crises plus ou moins rapprochées, plus ou moins longues. Telles sont les crises de doute passionnel ou moral, philosophique ou religieux, d'où dépend souvent toute l'orientation mentale et sociale de l'individu, et dans lesquelles toute sa personnalité est modifiée et quelquefois transformée. A eùté de ces crises, peu communes d'ailleurs, au moins sous une forme intense, et peu fréquentes dans la vie d'un homme» il est des cas beaucoup plus nombreux où, sous l'influence d'un état physique ou moral, d'un surmenage ou d'une passion» une période de doute renaif, ayant existé antérieurement, jusqu'à ce que la fatigue soit réparée ou la passion apaisée, le doute ne portant pas d'ailleurs seulement sur des objets en rapport direct avec la cause du surmenage ou la passion, mais envahissant plus ou moins tous les domaines de l'activité mentale de l'individu. C'est la ce qu'on peut appeler la forme intermittenle ou rémittente du doute.

11 en est une autre presque périodique. Le nombre des gens sujets à des alternatives d'activité et d'inertie, qui, sous la forme grave et pathologique, constituent la folie circulaire, a double forme, maniaque-dépressive, peu importe le nom, est très considérable. Dès 1891 je montrais que beaucoup de soi-disant neurasthéniques étaient des circulaire s, aussi cycliques, aussi déterminés dans leur évolution que les aliénés circulaires, quoique ne présentant aucune trace d'un trouble mental quelconque. Depuis, on

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