‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 20 sur 135 · VARIÉTÉS DANS L'ÉTENDUE DU DOUTE · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS DANS L'ÉTENDUE DU DOUTE

troubles psychiques pouvant envahir tous les domaines de l'activité normale et finissant par entraver la vie pratique,

Chez la femme, les préoccupations hypochondriaques à forme de doute et d'obsession ont très souvent Irait à leur eslhétique; chez l'homme, c'est plutôt aux maladies qui ent et abrègent l'existence qu'elles se rapportent.

Il faut signaler enfin la substitution de l'objet du doute. 9 qui sont sujets au doute, soit dune façon accidentelle mais fréquente, soit d'une façon continue, obsédante, ne doutent pas toujours à l'occasion des mêmes circonstances. Si cela est assez naturel chez les douleurs accidentels, occasionnels, — encore que le domaine où surgissent leurs doutes soit en rapport avec leur caractère, leiir tempérament , leuï condition sociale — cela existe aussi d'une façon très nette chez les douleurs obsédés. On voit se succéder chez eux des périodes où certains doutes disparaissent pour faire place à d'autres sans qu'on puisse souvent l'attribuer à une cause quelconque. Tels sont les scrupules religieux qu'un si grand nombre de douleurs obsédés présentent comme première crise de doute, et qui sont remplacés complètement en suite par d autres doutes, d'autres obsessions. Nous aurons lieu de revenir sur ce point spécial à propos de l'évolution du doute*

Variétés dans l'étendue du Doute. — Le doute ne dépend pas de son objet, maïs du douteur lui-même. C est là un point qu'il me parait de première importance de mettre en lumière. La meilleure preuve en est que tout le monde se trouve dans des circonstances analogues pour douter, b! que non-seulement les uns doutent peu et les autres beaucoup, mais qu'il en est aussi que le doute n'effleure même pas». Chacun de nous peut douter, a un moment donné, de choses mêmes dont il n'a jamais douté jusqu'alors. Cer-

LE hOUTE

tains qui ne doutent que très rarement doutent toujours sur un sujet particulier, toujours le même, qui les touche à leur point faible. 11 se produit là ce qui se passe pour Vémotivilé elb-mémej dont le doute suit les variations, On sait en effet que notre émotivité est plus ou moins spécialisée. A coté des grands émotifs que la moindre excitation trouble, il y a des gens qui, parfaitement résistants et inémotifs sur un grand nombre de points, sont dune sensibilité, d'une impressionnabililé extrêmes sur un petit point particulier.

Suivant la prédominance de telle uu telle sphère de l'activité cérébrale : motrice, intellectuelle ou morale, le doute est plus ou moins susceptible de développement. L'homme d'action ne se préoccupe guère, et par conséquent ne doute guère dans Tordre intellectuel et moral. Quand il doute c'est au sujet do ce qu il doit faire. L'intellectuel, rationaliste, doute également peu, ou doute méthodiquement. Mais il est rare qu'il reste confiné dans la sphère intellectuelle : il empiète toujours sur la sphère morale, et la lutte même qui s'établit souvent entre les données de l'intelligence et du sentiment est une cause de doute pour lui. L'intelligence est plus fonction du sentiment que l'activité motrice, et plus l'esprit est affiné, plus il est exposé au doute. Enfin les sentimentaux, les impressionnables, les émotifs sont les douleurs par excellence, et leur doute ne se maintient pas seulement sur le terrain des sentiments et du moral, il envahit les autres domaines. De sorte que si on voulait < lablir une hiérarchie dans l'extensibilité du doute, en allant du plus au moins, on dirait qu'elle est au maximum chez les émotifs, beaucoup moindre chez les intellectuels et au minimum chez les moteurs.

Le doute, d'ailleurs, engendre le doute. Le seul fait qu'on se soit surpris à douter dune chose dont on était sur jusqu'alors, et plus encore de soi-même dans une circonstance qui n'y avait jamais prêté, rend très circonspect; très dé-

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