PÉRIODE DE DÉBUT
milieu de notre travail, de nos occupations, les éléments de la nouvelle croyance surfissent malgré nous, s'opposent à eux de l'ancienne, des associations nouvelles et imprévues se forment; nous avons beau les chasser, ils reparaissent quand même, provoquant pendant longtemps souvent notre étonnernenl, ce qui prouve que notre personnalité ne s'y adapte pas immédiatement, ne les assimile pas de suite, ne les substitue pas d'emblée aux anciens, même lorsqu'on reconnaît leur juslesse et leur réalité. ^ Celte période peut se terminer assez rapidement \kit l'acceptation de la nou% r elle croyance, mais on voit que si <2lie n'aboutit pas toujours à la suivante, tous les caractères essentiels du doute s'y trouvent en germe : malaise, inquiétude, sentiment de désharmonie du moi, qui deviendront plus tard de l'agitation, de l'angoisse, du dédoublement de la personnalité avec toutes les réactions qui en sont la conséquence, et le retour fréquent de l'image, du souvenir de l'événement contradictoire à la croyance, ou de la représentation des possibilités qui en découlent, retour qui est l'ébauche de l'obsession que nous rencontrerons d'une façon si intense et constante dans le doute pathologique.
Cette période de début où le doute natt ainsi d'une façon insidieuse peut être extrêmement courte, el quelquefois même elle n'existe pas. D'emblée l'événement qui vient ébranler la croyance apparaît comme contradictoire et le doute est constitué. Tel est le cas, lorsqu'on apprend, par exemple, qu'un homme ^en qui l'on avait une absolue contiance vous a indignement trorapéj depuis longtemps. Bien que les témoignages soient irrécusables, « Ton ne peut y croire encore »; dans d'autres cas où des soupçons se sont fait jour, où certains indices ont attiré malgré vous votre attention, et où enfm l'un d'entre eux vous apparaît avec plus de netteté, plus d'évidence que les autres, on dit ;.
« J'aurais dû le remarquer plus tôt ». Une fois que ce pas est franchi le doute est constitué.
Période d'état. — Elle est essentiellement caractérisée par des oscillations soit entre des croyances contraires ou opposées, soit entre des tendances en lutte pour un choix, quel que soit d'ailleurs l'objet de ce choix. En effet, même daris les cas auxquels je viens de faire allusion et dans lesquels l'évidence contraire à notre croyance nous apparaît brusquement, ces oscillations se montrent. On ne peut y croire, on ne veut pas y croire. On est repris par l'ancien système de croyance ; on ne comprend pas et on cherche à comprendre. On fait appel alors à tous les incidents anciens qui confirment ou démentent la nouvelle façon de voir les choses qui vient de surgir. On discute les raisons, les mobiles, les causes; on les confronte et l'on va des uns aux autres sans pouvoir se décider à adopter ce qui est le facteur réel de Pévénement. Même lorsqu'on a définitivement admis sa réalité, qu'on en est certain, il se produit encore, d'une façon automatique, des oscillations dans la croyance, non plus entre les faits anciens et les nouveaux, mais entre ceux-ci et les faits possibles imaginaires qu'on aurait préférés à ceux qu'il a fallu admettre. On cherche à croire l'impossible.
Si des oscillations existent, même dans ce cas où il semble qu'une croyance nouvelle doive se substituer à une ancienne avec une facilité extrême, puisqu'il s'agit de faits précis, patents, contrôlables, évidents, à plus forte raison existent-elles quand c'est une série de petits incidents qui viennent ébranler notre croyance. Et par incidents il faut comprendre non seulement, bien entendu, des événements extérieurs à nous, des faits proprement dits, mais les idées, les sensations, les sentiments nouveaux qui peuvent venir en opposition avec nos systèmes de croyance établis. Il ne