CONSÉQUENCES SOCIALES DU DOUTE
décider entre les différents partis qui se présentaient! Combien d'hommes sont restés en dehors du mariage, et môme de la vie sexuelle, par scrupules, craintes, et doutes! Et quelles conséquences au point de vue social découlent d'une pareille attitude! N'est-ce pas l'équivalent des pires tares dégénératives qui puissent frapper la race, puisqu'elle empêche la reproduction, la conservation de l'espèce?
Le douteur est pire que l'impulsif. Car parmi ses impulsions ce dernier peut en avoir de bonnes et d'opportunes. Son action dépasse quelquefois le but et va à côté. Mais il peut agir et par conséquent être dirigé, utilisé; il peut même réparer ses excès d'activité ; il est enfin dynamogène pour les autres. Le douleur, lui, est un inhibiteur; non seulement il ne sait pas agir, mais il entrave l'action uVs autres par ses objections, ses critiques, sa force d'inertie. Le doute est essentiellement un dissolvant moral pour autrui; c'est la négation de l'action, et par conséquent de la vie. ■ Dans le doute abstiens-toi » dit le proverbe.
Plaignons les douteurs, les indécis, les hésitants, dont la vie n'est souvent qu'un long martyre moral, qu'une suite d'inquiétudes et d'angoissess; mais plaignons encore plus ceux qui, par la force des circonstances, se trouvent sous leur direction ou dont la vie esl associée à la leur.
Il est juste cependant d'ajouter que certaines formes de doute, comme le scrupule par exemple, peuvent être utilisées dans certaines situations. Il en est de même de certaines manies qu'on rencontre chez des douteurs et qui sont pour eux des réactions ou des moyens de défense contre leurs doutes, telles que celles de l'exactitude, de Tordre, de la propreté. Limitées, canalisées, elles peuvent être avantageuses dans certains cas, non pas tant pour celui qui les a que pour ceux par qui il est employé. 11 y a scrupuleux qui sont des fonctionnaires ou des employés modèles, mais qui font de déplorables chefs. Leurs
scrupules, qui les servent à un certain point de vue, le» desservent d'autre part en les confinant dans des rôles de subalternes et les exposant à de gros ennuis et de grandes déceptions si, pour Leur malheur, on les en fait sortir. Et là encore nous retrouvons ces. éternelles contradictions que le doute suscite à chaque pas.
Il est encore une autre remarque à l'avantage des douleurs, même desdouteurs pathologiques, c'est que dans les circonstances graves, brusques, qui surprennent tout le monde, on les voit souvent a^ir avec plus de sang-froid, d à-propos, de précision que les autres. Et ce n'est pas là un des côtés les moins paradoxaux du doute que de voir des gens qui, dans le courant de la vie ordinaire, sont incapables de savoir s'ils sortiront ou resteront chez eux, ou quel chapeau ils doivent mettre, avoir, dans une catastrophe quelconque, accident, incendie, etc., une présence d'esprit remarquable, et faire sans la moindre hésitation ce qu'il faut faire. C'est qu'ils n'ont pas eu le temps de la réflexion, du choix, et qu'ils ont réagi sous l'influence d'une excitation forte et inaccoutumée. C'est après coup qu'ils s'étonnent de ce qu'ils ont fait, et que le doute les saisit. Ils se demandent alors s'ils n'auraient pas dû agir autrement, ou laisser d'autres prendre l'initiative qu'ils ont prise, s'ils ont bien fait tout ce qu'il fallait, etc. Mais, à dire vrai, si de pareils faits peuvent se produire» ce n'est pas la règle, il s'en faut de beaucoup, et il est plus fréquent de voir les douteurs entraver dans des cas urgents et graves l'action des autres. Et même ceux qui ont ainsi étonné par leur décision et leur présence d'esprit dans une circonstance donnée n'en feraient plus preuve si elle se représentait dans des conditions analogues.
De quelque façon qu'on envisage le doute il est toujours un signe de faiblesse et une tare plus ou moins grave chez celui qui y est sujet, une gêne et souvent un danger pour