‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 41 sur 135 · CONSÉQUENCES SOCIALES DU DOUTE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES SOCIALES DU DOUTE

associations d'idées. Chez ceux qui ont de la maladresse» de la gène des mouvements, des troubles vaso-moteurs apparents» survient de la timidité, de la misanthropie qui les pousse à s'isoler du monde, à vivre dans la retraite, alors qu'en général, toujours par suite de ces paradoxes constamment observés dans le doute, ils aimeraient les plaisirs mondains et les satisfactions de la société. Aussi en conçoivent-ils souvent une tristesse, une mélancolie indéracinable. N'ayant jamais fesprit libre, ils ne peuvent jamais s'adonner à une joie sans mélange* Leur résistance morale s'affaiblît et ils tombent parfois dans une sorte d'apathie résignée, de dépression faite de l'émoussement de leur sensibilité morale trop longtemps tiraillée et qui ne réagit plus aux excitations d'aucun genre. C'est une sorte d'état neutre moralement, où ils ont gagné en quiétude tout ce qu'ils ont perdu en sensibilité*

Quelquefois, chez ces grands douteurs où la personnalité est si troublée, -le contrôle de soi-même est affaibli, et ce sont alors de pauvres êtres ballottés au hasard des circonstances, passifs et incapables même d*une révolte, véritables esclaves de leur cerveau agité et impuissant

Conséquences sociales, — Il y en aurait long à dire sur cette question qui est véritablement grave, et qui l'apparaît d'autant plus qu'on constate le développement, la progression inquiétante de toutes ces formes de doute pathologique, qu'on classe dans la neurasthénie ou qu'on désigne sous le nom de psychasthénie, mais qui semblent se substituer a des types de névroses plus franches, plus simples, plus curables et dont les conséquences héréditaires paraissent moins sérieuses et moins fatales.

Déjà, l'homme qui doute accidentellement dans certaines circonstances de sa vie est exposé à manquer soit à ses intérêts, soit à son devoir. Combien d'hommes hésitants,

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sujets au doule, compromettent leur carrière; combien, dans certaines situations, où leur responsabilité se trouve engagée, reculent ou, en n'agissant pas au moment voulu, compromettent des tatéri »? De quels dangers n'esl

pas te doute chez un conducteur d'hommes, à la guerre ou dans la politique! Comment inspirer confiance aux autres quand on doute de soi-même? Car, au fond, tomme je me suis efforcé de le montrer dès le début, ce dont on dv quel qu'en soit l'objet ou la forme, c'est de soi-même. Comnu-nl agir dans la vie si Ton doute de soi; comment agir pour Mm propre compte ; comment, à plus forte raison, agir pour le compte des autres et faire agir les autres?

Comment aider au progrès, quand tout ce qui est nouveau effraie et qu'on est incapable de s'y adapter? Si la plupart des douleurs sont par misonéisme des rétrogrades, il en est cependant qui sont des avancés et même des violents, en raison d'un autre caractère des douleurs, l'impulsivité : rien n'est plus audacieux qu'un timide qui se décide à sortir de sa réserve ; sa violence même lui donne l'illusion de la force qu'il n a pas. Trop ou trop peu, jamais d'équilibre dans l'action ni dans la pensée, tel est le lot, assez dangereux pour les autres, des douleurs.

Que d'hommes abandonnent leur situation, leur carrière, leur poste, par crainte des responsabilités! On dit que c'est par manque de volonté ; non, c est par incapacité de prendre une décision ferme et rapide, de choisir entre les solutions diverses que les circonstances de la vie nous présentent. Aussi voit-on tant de gens, hommes et femmes, ne pas oser aborder les difficultés de l'existence, ou sombrer dans le doute pathologique à ces échéances critiques de la vie qui sont la puberté, le mariage, rentrée dans une carrière, l'élévation à un poste où, de surbordonné plus ou moins irresponsable on devient chef et responsable. Combien de femmes sont restées célibataires, faute de pouvoir se

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