CONCLUSIONS
Le doute est essentiellement constitué par l'opposition d'abord, l'oscillation ensuite, se produisant entre deux ou plusieurs phénomènes psychologiques de même ordre ou d'ordres différents, ou entre deux ou plusieurs éléments de l'un quelconque de ces phénomènes.
Le doute n'est pas d'ordre intellectuel. L'intelligence n'y joue qu'un rôle secondaire et accessoire une fois qu'il est constitué. Ce rôle consiste à justifier, comprendre, ou résoudre le doute, mais souvent aussi à lui fournir des causes d'amplification et d'extension.
Le doute n'est pas d'ordre volitionnel. Bien qu'il se montre au cours d'une des phases de la volition, au moment de la délibération, il n'a avec la volonté que des rapports de causalité et non de nature. Loin d'être conditionné par l'état de la volonté, c'est lui qui la conditionne le plus souvent "En outre, le doute n'est pas applicable aux seules volitions, à l'action seulement. Il consiste non seulement dans un conflit des mobiles d'actions, mais encore plus souven dans un conflit de tendances, de sentiments, d'émotions de sensations, de représentations, réelles ou imaginaires, de croyances, et enfin des éléments constitutifs de la personnalité intellectuelle et morale.
Sollier. — Doute. 26
Le doute est donc un phénomène d'ordre affectif, émotif et personnel. Il atteint toujours la personnalité tout entière et ne reste jamais confiné à une des sphères seulement de l'activité mentale, ou pour mieux dire cérébrale, atteignant aussi bien la sphère motrice que la sphère de l'idéation la plus abstraite.
Qu'il soit normal et occasionnel, ou pathologique et habituel, il repose toujours sur le môme fond d'émotivité, constitutionnelle ou acquise, permanente ou momentanée, et de faiblesse de résistance cérébrale, qui n'est ni de -l'inertie* ni de l'épuisement, ni de l'insuffisance, soit permanente, soit passagère.
Émotivité et faiblesse de résistance cérébrale d'un caractère spécial sont étroitement liées l'une à l'autre, et il est difficile de dire laquelle des deux a la priorité génétique sur l'autre. Ce sont elles qui expliquent et l'opposition, et l'oscillation des phénomènes psychologiques de tous ordres dans le doute.
C'est à elles aussi, et particulièrement à l'émotivité qui constitue le phénomène le plus apparent, que sont dus les caractères particuliers du doute : inquiétude ou angoisse* obsession, états opposés de la conscience, exagération de la représentation, formation des associations par contraste d'une façon prédominante, affaiblissement de la mémoire et de l'attention, modifications de la motricité, etc. Mais le phénomène capital du doute est l'oscillation, dont l'opposition n'est que le premier degré; pas d'oscillation entre les phénomènes psychologiques, pas de doute. L'oscillation peut d'ailleurs se produire avec un rythme très variable, plus ou moins espacé dans le doute normal, toujours plus ou moins rapide dans le doute pathologique.
Le doute pathologique représente l'expression la plus complète de l'émotivité morbide. Tous les troubles décrits sous les noms d'obsessions, de phobies, de manies, d'agi-
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tations, d'impulsions conscientes, de délires émotifs, de névrose d'angoisse ne sont que des manifestations primitives ou réactionnelles du doute ou du douteur.
La psychasthénie n'est autre chose que la maladie du doute, car tous les troubles ci-dessus s'y retrouvent et sont -explicables par le doute et ses réactions.
Si Ton voulait donner un nom générique à tous les troubles si variés qu'on rencontre à un titre quelconque dans la maladie du doute on pourrait employer simplement celui d'obsession, l'obsession constituant un des caractères psychologiques les plus constants du doute, ou celui de névrose d'angoisse, l'angoisse en étant également un des caractères affectifs les plus marqués. Enfin, si l'on voulait adopter un terme qui tint compte à la fois de l'élément névropathique et psychopathique, en même temps que du fond essentiel sur lequel se développe le doute, c'est celui de psycho-névrose émotive qui paraîtrait le plus juste et le plus compréhensif. Mais l'abus des dénominations nouvelles pour désigner de vieilles choses est tel aujourd'hui «n pathologie mentale, et la confusion qui en résulte est si préjudiciable à la clarté scientifique, qu'il est sans doute préférable de s'en tenir aux anciennes appellations cliniques d'obsédés, de phobiques, de maniaques, de douteurs.
Entre le doute normal et le doute pathologique, il existe une variété de douteurs extrêmement nombreux qui restent toute leur vie sur les confins du second : ce sont les inquiets, les timides, les impulsifs, les émotifs, les mystiques, les pervertis et invertis sexuels.
Il faut remarquer, d'autre part, que le nombre des douteurs pathologiques parait s'accroître singulièrement à notre époque. Les névroses et les psycho-névroses franches et caractérisées, comme l'hystérie, la neurasthénie vraiç, sont beaucoup moins fréquentes. Il semble qu'il y ait une sorte de substitution de toutes les formes de l'émotivité morbide,
dont le doute est la manifestation la plus caractéristique, à ces névroses et psycho-névroses.
Il serait téméraire d'assigner les causes, probablement très multiples, de cette transformation, et aussi de la généralisation de rémotivité morbide ou quasi-morbide. Mais ce qui est inquiétant c'est que, sous des apparences moins bruyantes et plus bénignes que les névroses franches, toutes les manifestations de cette émotivité excessive ou morbide ont en réalité des conséquences beaucoup plus graves tant au point de vue de l'individu et de l'espèce qu'au point de vue social.
Il me semble qu'il y a là un danger qui doit être signalé à l'attention des éducateurs, des médecins et des sociologues, encore plus qu'à celle des psychologues et des philosophes.
Préambule ♦ . vu