SCÈNE PREMIÈRE
TISDAL, PATRICK.
Tisdal est assis devant son bureau, Patrirk met le couvert sur un guéridon.
TISDAI,, se parlant à lui-même et écrivant.
« Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fil. » C’est là toute la morale. Est-ce là toute la charité, tout l’amour? (il rêve.)
PATRICK, le regardant.
Toujours la plume à la main, lénezsur son papier! Quoique les protestants ne soient guère nombreux dans notre bourg de Laracor, il se donne une peine !... et l’on voudrait nous enlever un recteur qui prend tant de soin de la paroisse !...
TISDAL, de même.
L’amour ! voilà un mot que je n’oserai plus prononcer en
LE DOYEN DE SAINT-PATRICK
public... l’amour divin ! L’amour humain I Quelle différence, mon Dieu, et, au fond pourtant, quelle ressemblance!
PATRICK, à part.
Cet homme là n’a qu’un défaut, mais un défaut capital, pour un véritable Irlandais ,... on dirait qu’il ne se doute pas qu’il y a de la bière, du gin, et. des femmes pour vous en verser. Oh! les femmes !...
TISDAL, à part.
Le mariage est certainement l’union du devoir et de l’amour. Hélas ! me marierai -je jamais? Quel droit ai-je d’aspirer à la main de cette jeune fille?
PATRICK, de même.
Je suis sûr qu’il n’a même pas fait attention aux jolis yeux de notre nouvelle voisine... de miss Esthcr Johnson !
TISDAL.
Allons, ne nous décourageons pas . Le recteur de Laracor peut se permettre des espérances que le suppléant aurait eu tort de concevoir... Mais cette nomination qui n'arrive point! — (Haut) Patrick, êtes-vous bien sûr qu’il ne soit venu aucune lettre pour moi !
PATRICK, s’approche de Tisdal.
Aucune, monsieur.
TISDAL, se levant.
Si je n’étais pas nommé ! Si, malgré l’assurance qui m’a étédonnée, un autre !...
PATRICK
Ils savent trop bien à Dublin qu’on ne veut pas ici d’autre recteur que vous... parce que, tous, nous vous vénérons, nous vous aimons, comme un bou Irlandais que vous êtes, un peu trop pacifique... mais enfin, on n'est pas parfait ! C'était une injustice que vous ne fussiez que suppléant... Et l’Irlande n’est pas assez tranquille, pour qu’on n'évite pas de mécontenter le pays... Avez-vous lu les affiches?
TISDAL.
Quelles affiches?
PATRICK
Comment ! vous n’avez pas Iules affiches? Ah! monsieur, qu’cst-ce que vous regardez dans les rues? Vous ne savez pas que l’auteurdes fameuses lettres du Drapier, legrand agitateur de l’Irlande... ils ont eu l'infamie de mettre sa tête à prix;