ACTE
SWIFT
Ma nomination !
MISS VANHOMRIGH.
Vous l’ignoriez!... Ah! tant mieux... j’arrive à temps.
Que signifie ?...
MISS VANHOMRIGH.
Il ne faut pas accepter, M. Swift !
SWIFT, avec défiance.
Pourquoi donc?
MISS VANHOMRIGH.
Parce que votre place n’est pas à Dublin... mais à Londres ; parce que votre place n’est pas dans un presbytère, si grand qu'il soit, mais à la Chambre des lords !
SWIFT
La pairie!... Êtes-vous chargée de me l’offrir, de la part de votre oncle, de lord Walpole ?
MISS VANHOMRIGH.
Non ; mon départes! un secret... Mais, dites un mot, et vous êtes nommé.
SWIFT
Comment le savez- vous?
MISS VANHOMRIGH.
Mon oncle en a parlé devant moi... J'accours vous l’apprendre.
SWIFT
C’est bien du zèle 1 . . .
MISS VANHOMRIGH.
Le ministre qui vous a méconnu vous doit cette réparation .
Ne serait ce pas plutôt une préparation ?
MISS VANHOMRIGH.
Ah ! toujours di s jeux de mots ! Vous êtes incorrigible ! (Elle va s’asseoir près du bureau.)
SWIFT
Mais votre oncle ne donne rien pour rien... Qu'attend-t-il en retour ?
MISS VANHOMRIGH.
Pourquoi celle supposition?... Rien n’est au-dessus d’un homme tel que vous !
40 I.K DOYEN DE SAINT-PATRICK
SWIFT
La pairie pour M. Swift !... c’est exagérer la valeur d’un homme, c’est diminuer la valeur de la pairie !
MISS VANHOMRIGH.
Vous vous estimez trop. peu, docteur !
SWIFT
Au contraire, c’est que je m'estime trop.
MISS VANHOMRIGH.
Un homme comme vous est une puissance.
Eh bien ! soit : je suis une puissance, car j’ai derrière moi lout un peuple qui attend et qui peut se lasser d’attendre. On ne fait pas de marchés, mais on fait des traités de puissance à puissance. Quel traité propose-t-on au représentant de l’Irlande ?
MISS VANHOMRIGH, se levant.
L’Irlande peut être servie par vous plus utilement à Londres qu’à Dublin. Calomniez ma démarche : vous n’empêcherez pas que je n’aie fait un rêve qui avait sa grandeur. Je m’étais imaginé que l’auteur de Gulliver avait acquis le droit de parler enlin, sans ironie, sans apologue, sans masque, à l'Angleterre et au monde, et qu'il lui fallait pour cela un siège à la Chambre Haute.
SWIFT
Ce serait un grand honneur qui me déshonorerait !
MISS VANHOMRIGH.
Ah! vous ne me comprenez pas !
SWIFT
Oh ! si, je vous comprends. Vous me promettez une tribune, c’est pour me faire taire!... Vous me montrez Londres, c’est pour me cacher Dublin !... Eh bien ! je vous répondrai, comme je répondrai^ à Walpole, que tout pacte est impossible entre lui et moi... entre ses amis et moi.
MISS VANHOMRIGH.
Mais, c’est la guerre!
SWIFT, s'inclinant et passant à droite.
Les opprimés n’ont pas le droit d’offrir la paix?
MISS VANHOMRIGH.
Réfléchisse z !