‹ Le doyen de SaintPatrick drame en cinq actes, en prose de MM. Leon de Wailly et Louis UlbachChapitre 35 sur 90 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

SWIFT

Tant que le Parlement anglais s’arrogera le droit de voter des lois pour l’Irlande ; tant que noire industrie enchaînée, écrasée par les prohibitions, sera menacée de la ruine; tant que la sœur affamera la sœur; je me souviendrai d’abord que je suis le sujet de ma conscience avant d’être le sujet du roi d'Angleterre, et que je suis le ministre d’un Dieu de justice et de charité avant d’aspirer à être le ministre d'un homme ! Ah ! vous m’offrez ta pairie, à moi qui insulte tous les jours à vos pairs d’Angleterre! Ah! j’irais m’asseoir dans cette Chambre Haute pour ne plus entendre le cri de douleur qui éclate sur tous les points de l’Irlande! Mais je trahirais à la fois mon cœur, mon sang, ma gloire ! Mais je mériterais'de perdre mon nom !

MISS VANHOMRIGH.

Je vous ai irrité?

SWIFT

La colère est une forme de la douleur... J’ai souffert de vous entendre... voilà tout.

MISS VANHOMRIGH.

Et vous m’en voulez?

SWIFT, avec ironie.

Pourquoi vous en voudrais-je?... Je vous fais mon compliment, au contraire; vous êtes un diplomate habile.

Je l’ai bien prouvé, n’cst-ce pas, puisque j’échoue?

SWIFT

C’est surtout dans les revers que la diplomatie fait ses preuves. L’esprit est inutile aux gens qui triomphent.

MISS VANHOMRIGH.

Vous abusez donc du superflu?... Je regrette de vous avoir dérangé. (Elle remonte.)

SWIFT

Oh! vous avez interrompu une partie de volant; mais, si vous le voulez, nous pouvons la reprendre...

MISS VANHOMRIGH.

Raillez-moi... moquez-vous!...

SWIFT

Pourquoi? Walpole joue bien au volant, lui... sauf que les volants sont des hommes, des hommes de lettres !... Au fait, un écrivain, un volant, c’est tout un ! Deux choses légères,

LE DOYEN DE SAINT— PATRICK

deux jouets, deux plumes. Mais, si habile qu’il soit à les faire voltiger dans l’air, dites-lui, madame, de ne pas essayer son talent sur moi, car il pourrait bien y briser sa raquette, (il

jelle celle qu'il tient à la main.)

Miss VANHOMRIGH, après une panse.

Ah ! vous me méprisez donc bien 1

SWIFT

Je vous plains I

MISS VANHOMRIGH.

Eh bien 1 je ne veux être ni plainte, ni méprisée... Ce soupçon outrageant que vous avez emporté de Londres, il n’ose monter de votre cœur à vos lèvres : mais je lo sens à l’amertume de vos paroles... Vous me croyez l'instrument de quelque complot des ministres; vous redoutez un piège, n’est-ce pas?

SWIFT

Peut-être!

MISS VANHOMRIGH.

Ingrat I avec tout votre génie, vous n’avez pas compris ce qu’il y avait d’amitié dévouée, d’admiration sincère dans ma démarche... Vous vous repentirez un jour d'avoir blessé un cœur qui méritait moins de dédain I

SWIFT

Cette émotion!,..

MISS VANHOMRIGH.

Ah ! les hommes ! ils ne songent qu’à leur orgueil!... Si c’était pour moi, pouf moi seule que je vinsse vous chercher... si c’était par égoïsme, pour ravoir mon poète... celui qui m’a donné l'immortalité sous le nom à jamais glorieux de Vànessa!...

SWIFT

Une telle démarche... si imprudente... pour un s» mince intérêt !

Miss VANHOMRIGH, éclatant.

Voqs avez raison. J’ai un autre intérêt que jene vous al pas encore révélé, une arrière-pen9éo... honteuse de se produire ><„ un piège, puisque vous aimez ce mol, mais non celui que vous m’avez fait l’injure de soupçonner...

SWIFT

Parlez ; je serai trop heureux de reconnaître que j’ai eu tort.

MISS VANHOMRIGH.

Ah I vous êtes cruel!.,. Il faut tout vous dire.,. Cette amitié

Page 1