ACTE II
tyrannique, c’était de l’ambition... Mes services, je voulais les faire payer !... Cette gloire, j’en étais jalouse, et, en m’associant à la lutte, je voulais un jour être associée par vous au triomphe.
SWIFT
Que dites-vous ?
MISS VANHOMRIGH.
Je dis que c’est trop de réticences, de suppositions injurieuses... Je dis... qu’il ne me suffisait pas d’être votre élève... votre amie... que j’ambitionnais davantage... et que j'aurais tout fait pour mériter votre nom !...
SWIFT, au comble de l’émotion.
Mon nom !
«ISS VANHOMRIGH.
Ah ! vous ne savez pas lire dans les cœurs, puisque Vous n’avez pas deviné mon amour!... Mais vous n’avez donc rien vu? vous n’avez donc rien compris?
SWIFT, à pari.
Elle m’aimait!...
MISS VANHOMRIGH.
Et vous me croyiez l’instrument de lord Walpolc?
SWIFT
Vous le serviez, Esther, et vous le servez encore, en me disputant à cette retraite.
MISS VANHOMRIGH.
Lui ! Mais que m’importent le ministre, le roi, la politique ! Venez à Londres, non pour accepter les faveurs d’un pouvoir qui veut acheter ce qu’il ne sait pas conquérir ; venez pour lutter, pour vaincre, pour obéir à votre mission, pour défendre l’Irlande que vous abandonnez! ( Swift passe à gauche. ) Vous l'aimiez autrefois. Eh bien ! nous serons deux à l’aimer, à la servir ! J’étais folle, vous aviez raison. Qu’est-ce que la pairie, le ministère, la faveur du roi, auprès du rôle de libérateur de l’Iflande, auprès de la reconnaissance delà patrie? Me croirezvous enfin, si je me fais Irlandaise pour vous?
SWIFT, ravi.
C’est vous qui me parlez ainsi, vous, la nièce de lord Walpole !
MtSS VANHOMRIGH.
Oui, moi qui suis iière de vous et qui veux que vous deveniez fier de moi. Périssent Londres et l’Angleterre , pourvu que
44 LE DOYEN DE SAINT-PATRICK
l’Irlande que vous aimez, soil libre et me permetie d'être aimée !
SWIFT, très ému.
Epargnez-moi, Vanessa! C’est trop, c’est trop de surprise et de joie! (il s’assied sur le canapé.) Mais si mon orgueil pouvait s’oublier jusqu’à admettre des rêves impossibles, la réalité, qui vous a faite riche et noble, nous séparerait.
MISS VANHOMRIGH.
Vous allez mo reprocher ma fortune et mon rang? Est-ce qu’il y a une fortune au monde qui vaille le génie? Est-ce qu’il y a un nom qui puisse s’élever au-dessus du vôtre?
swift, à part.
Oh ! tant de jeunesse et d’élan ! Mon Dieu ! comme vous me tentez !
MISS VANHOMRIGH.
Allons, mon ami ! dites adieu à ce presbytère, à cette prison. Tous vos sentiments, tout ce qui vous fait penser, agir, vivre enfin, a besoin du monde que vous avez quil(é.
SWIFT, à part.
C’était donc pour qu'elle vint jne chercher que je ha fuyais !
( Ii passe à droite. )
MISS VANHOMRIGH.
J'attends votre réponse !...
SWIFT
Ma réponse ?
MISS VANHOMRIGH.
Je l'attendrai... jusqu'à demain... Il n’y aura plus de pièges entre nous. Je ne veux pas yous arracher de consentement. Vous devez me suivre aussi librement que je suis venue.
SWIFT, à part.
Toutes les délicatesses avec tous les enthousiasmes !... (Haut.) Mais que dira votre mère... que dira lord Walpole?
MISS VANHOMRIGH.
Si nous revenons ensemble... qui donc hésiterait à me pardonner?... On n’aura le droit de me blâmer que si je reviens seule I... je vous l’ai dit... je suis libre... L’êtes-vous?
SWIFT, lui baisant la main.
Demain, j’irai vous porter ma réponse.
MISS VANHOMRIGH.
J’y compte... Au revoir! (Swift s’incline et la reconduit. Vers le