ACTE III
. TISDAL.
C’est de vous, miss Johnson, que j’oserai solliciter la faveur d'un entretien, (Ii la fait asseoir à gauche).
ESTHEIt.
De moi, M. Tisdal?
TISDAL,
L’amitié de M. Swift pour moi m’enhardit à aborder un sujet qui exige d’ordinaire certaines précautions... il s’agit de vous, mademoiselle, de votre avenir !...
De mon avenir!... Qu’entendez-vous par là ?
TISDAL.
Je sais quelqu’un, miss Johnson, qui, dans ses rêves de bonheur, a toujours demandé au ciel l’affection d’une âme sainte comme la vôtre, et dont le vœu le plus cher serait de vous consacrer sa vie.
ESTHER, émue.
Ce langage...
TISDAL .
Je vous l’ai déjà dit ; c’est au nom de M. Swift.
ESTHER
Mais alors, pourquoi est-ce vous... et non pas lui?...
TISDAL.
Il ne vèut pasqu’aucune considération de reconnaissance, de soumission, puisse influencer votre volonté ; il vous laisse maîtresse absolue de votre cœur et de votre main .
ESTHER, à part.
Ai-je bien entendu? Moi qui m’alarmais!... (Haut.) Parlez, parlez.
TISDAL.
M. Swift craint que la vie paisible, mais un peu sévère qu’exige un ministère comme le nôtre, que le séjour de la campagne dans un presbytère comme celui-ci n'effraie votre jeune imagination.
ESTHER, dont l’émotion s’accroît.
Bon tuteur! Est-ce que j’ai des goûts différents des siens?. Mais cette vie calme, loin du monde, occupée des devoirs du ménage, c’est là précisément mon ambition... je ne suis pas une grande dame, moi; je n'ai pas été élevée à Londres. Oh! diles-lui qu’il aurait bien tort de redouter les exigences de celle qui lui doit tant.
LE DOYEN DE SAINT— PATRICK
TISDAL.
il ne me reste donc plus alors, miss JohDson, qu’à attendre l’arrêt qui fixe mon sort.
ESTHEH souriant.
Votre sort ?
TISDAL.
Depuis la première fois que vous m’êtes apparue, mademoiselle, je vous aime.
ESTHER, surprise.
Vous m’aimez?
TISDAL.
Ne vous l'ai-je donc pas encore dit?... je vous ai aimée longtemps sans espoir, sans oser concevoir un bonheur que l’indulgence de MT. Swift fait dépendre maintenant de vous seule.
* ESTHER JOHNSON, vivement.
Mais de qui donc me parHez-voos tout-à-l’heure ?
De moi.
ESTHER, alarmée.
De vous?... De lui aussi !... M sait que vous m’aimez?
TISDAL.
Il lésait, mademoiselle ; j’ai voulu que votre tuteur fût le premier juge de mes prétentions.
ESTHER
Et... qu’a-l-il répondu?
TISDAL.
Il les approuve. ' i
ESTHER, se tournant vers lui et fondant en larmes.
Mais alors, il ne m’aime pas, M. Tisdal, il ne m’aime pas!
(Elle passe à droite.)
TISDAL.
Qu’ai-je entendu?
ESTHER
. Pardon ; je vous fais de la peine 1
TISDAL.
Elle l’aime !... Ah ! le ciel me devait plus de pitié 1 Aimer de toute son âme, et ne rencontrer qu’indilîérence et mépris !