ACTE III
SWIFT
Une étrangère! Non; celle qui a quitté Londres, égaréê pâf trop d’illusions sur-moi, ne peut être traitée comme une étrangère !
T1SDAL.
Mais de votre aveu même, elle vous tendait un piège.
SWIFT
Je vous, ai trompé!... je me suis trompé moi-même; si elle mêle la politique et l’ambition à la tendresse, elle a raison ; elle m'a deviné. Si vous l’aviez entendue, mon ami, comme elle.me sacrifiait l’Angleterre, les ministres ! comme elle prenait plus que moi et contre moi-même la défense de ma gloire ! Et vous voulez que je fasse éclater de douleur ce cœur généreux et fier!
TISDAL.
Je Veux que vous empêchiez miss Johnson d’en mourir. '
SWtFT.
Les âmes faites pour le calme peuvent se résigner : ce sont les âmes ardentes, comme celle de Vanessa, pour lesquelles tout est à craindre.
TISDAL.
Oh ! que je prévois de malheurs !
SWIFT, avec ironie.
Je suis bien ridicule, n'est-ce pas ! et l’amour prend cruellement sa revanche ! A mon âge, indifférent aux folies romanesques, l’esprit tendu vers un but sérieux, je deviens un séducteur sans m’en douter ! On meurt de mon abandon ; et, quoi que je fasse, je trahis un sentiment auquel je dois beaucoup, sans avoir rien promis.
TISDAL.
Vous ne devez rien à miss Vanhomrigh !
SWIFT, sur le même Ion. *
Je ne lui dois rien ! Non c’est vrai. Elle m’apporte son nom, sa réputation, son honneur: elle devine, par une mystérieuse intuition, que je me défends contre mon amour pour elle. Belle inspirée, faite pour rendre jaloux tous les gentils hommes d’Angleterre, elle vient à moi: et lorsqu’elle m’a tout sacrifié, je ne lui dois rien ! Âh ! Tisdal !... je comprends et j’admife ce qu’il y a d’héroïque dans votre insistance ; mais prenez garde de vouloir m’entraîner avec vous au-delà de l’humanité 1 Vous êtes un homme de cœur, vous êtes un homme de conscience.
56 LE DOYEN DE SÀINT-PATKICK
j’en appelle à votre conscience, j’en appelle à votre cœur. Jugez-moi.
TISDAL, levant les mains au ciel.
Pauvre miss Johnson ?
(Il sort parle fond.)