‹ Le doyen de SaintPatrick drame en cinq actes, en prose de MM. Leon de Wailly et Louis UlbachChapitre 9 sur 90 · L’ÉTRANGER · texte numérisé non relu

L’ÉTRANGER

Asseyez-vous.

TISDAL, sans s’asseoir.

Je vous ai dit mon nom, monsieur; puis-je savoir le vôtre? l’étranger.

Docteur Swift... votre recteur... Asseyez-vous. (Tisdal s’assied.) Vous aviez des vues sur ce bénéfice ?

TISDAL.

On m’avait donné des espérances!../

SWIFT

L’espérance!... c’est la monnaie des ingrats! Et moi aussi, on m’en a donné des espérances, on m’en a comblé, e^ pour tant, vous voyez, j’en suis réduit à rendre jaloux un pauvre suppléant de campagne !... On tient fort à vous dans ce pays ! On y a le cœur chaud, la tête vive... Vous êtes un homme pôpulaire. .. La popularité! à quel prix l’achète-t-on?... Prêchezvous souvent?...

TISDAL.

Oui, monsieur.

SWIFT

Et que prêchez-vous? L’injustice des préventions, je suppose , le danger de juger sur les apparences... le respect dû à nos supérieurs!...

. • TISDAL.

Oui, monsieur. J’insiste, en général, sur tous les devoirs dont l’observation est le plus difficile.

SWIFT se lève, se retourne brusquement et le regarde en face.

N’est-ce pas que je suis un grand brutal?

TISDAL, se levant.

Je prêche, autant que je puis, d'exemple, monsieur ; je m’efforce de ne juger personne sur les apparences.

. SWIFT passe à droite.

Personne !... c’est trop, monsieur Tisdal. Il y a des gens qu’on connaît au premier coup d’œil : vous êtes du nombre; et il suffit de vous voir, pour être sûr que vous êtes l’homme le plus loyal du monde ! Mais, avant de vous avoir vu, sachant qu’on organisait dans votre paroisse un complot contre moi...

TISDAL.

Un complot !

LE DOYEN DE SAINT-PATRICK

SWIFT

Un charivari... pouvais-je deviner que le prétendant, au profil duquel se faisait la conspiration, n’en était pas le chef? Voilà, monsieur Tisdal, la raison de ma conduite. Je suis arrivé, incognito, pour ménager vos casseroles et mes oreilles. Je suis venu tout droit ici, pour prouver à celui que je croyais mon ennemi, qu’on ne m'intimide pas facilement. Brusque par tempérament, je me suis fait brutal par calcul. Pardonnez-moi mes défiances, mes incivilités, et la liberté que j’ai prise chez

VOUS. (Il pose son chapeau sur le bureau à droite.)

TISDAL.

C’est chez vous-même que vous êtes, monsieur; cette maison est celle du recteur, et je ne l’occupais, comme sa place.... qu’en attendant.

SWIFT

Maintenant que vous n’attendez plus personne restez

tout-à-fait. Il doit y avoir beaucoup à faire dans cette paroisse, vous m’aiderez; d’ailleurs, il se peut que je n’y reste pas longtemps. Que mon arrivée ne change rien à vos habitudes, sinon, je croirai que vous me gardez rancune.

TISDAL.

J’accepte, monsieur. Votre franchise fait aimer ce que vous appeliez, il y a un instant , votre brusquerie. Si vous meurtrissez les gens au premier abord , c’est pour attendrir l’épiderme et toucher le cœur. J'accepte.

SWIFT, lui donne ta main.

A la bonne heure ! Vous avez une façon adroite d’excuser les maladresses; mais... avez-vous de quoi me loger, sans vous gêner ?

TISDAL.

Amplement.

SWIFT

C’est que je ne suis pas seul. J’attends deux dames, c’est-àdire deux demoiselles. ( En plaisantant.) Oh ! pas de mauvaises pensées, docteur. L’une est d’un âge et d’une figure surtoutfort respectables; l’autre est une orpheline... que sir William Temple m’a confiée à sa mort. . . un dépôt sacré !...

TISDAL.

Sir William Temple, l’ancien ministre du roi Guillaume?

SWIFT

Dont j’ai été le secrétaire.

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