‹ Le Dr Pierre DufresneChapitre 3 sur 4 · XIII. . Observations sur le charbon chez l’homme, son · texte numérisé non relu

XIII. . Observations sur le charbon chez l’homme, son

traitement par l’anthracine.

Yoilà bien les sujets : ils ne nous arrêteront pas tous.

Chacun de ces mémoires ne comporte pas une analyse. Un mouvement d’idées nouvelles s’était emparé des médecins qui avaient entrepris l’étude de l’œuvre d’Hah-

Defresne.

nemann ; c’est ce courant qu’il est curieux de suivre et d’interroger. Quel que soit le parti que le médecin ait adopté sur ces sujets toujours litigieux, il ne saurait demeurer indifférent. Que le fondateur de l’homœopathie ait eu raison ou tort : qu’il doive rester des traces de son labeur ou, ce qui n’est pas notre pensée, qu’il passe sans donner de résultats ; ses disciples auront toujours le mérite d’avoir soulevé des questions neuves : celui en particulier d’avoir tenté d’arracher la thérapeutique à l’esprit de routine : en la fécondant par des théories propres à accroître ses ressources ; en lui imprimant une direction moins comptable du hasard ou du caprice des impulsions du moment.

A l’époque où mon père abordait ces questions dans la Bibliothèque de Genève, c’étaient autant d’aperçus nouveaux qu’il cherchait à mettre en évidence : la discussion jaillissait de partout : la table rase de Broussais dominait les esprits dans l’Europe entière. La thérapeutique vivait alors sur les débris de la tradition, s’accrochant aux épaves. Peu de traitements rationnels : la plupart des médications transmises par les maîtres, ab usu in morbis. La plupart encore rattachées par le lien d’une explication systématiquement préconçue, à une double hypothèse physiologique ; l’une appliquée à la nature du médicament, l’autre au mode d’action qu’on lui attribuait sur l’organisme. De fil conducteur pour poser les indications, point.

Dès son premier mémoire le D"" Dufresne s’était, préoccupé des pathogénésies. C’était ce qui l’avait, de prime abord, frappé dans Hahnemann. 11 avait expérimenté sur lui-même faction du quinquina, de la noiæ vomique et d’autres substances. A l’instant il avait discerné de quelle importance était la vérification de la loi de similitude pour

la recherche des indications et par voie de conséquence pour l’institution d’une médication rationnelle.

Pour mieux dire, dès lors, pas un jour où il n ait consacré une part de son temps à l’étude des substances officinales et des symptômes qu’elles développent sur 1 homme sain.

Il désirait faire davantage. Il aurait voulu, continuant à expérimenter sur lui-même, contrôler plus complètement les procès verbaux des pathogénésies d’Hahnemann. Les exigences d.e la clientèle, l’état de sa santé, lurent des obstacles : puis nous le verrons tout à l’heure, des questions d’ordre supérieur, d’intérêt plus général pour la thérapeutique scientifique vinrent partager son attention. Il était à chaque instant sollicité par ses confrères de s en expliquer. Le rédacteur du périodique devait aller au plus pressé.

Mon père, cependant, inséra dans la Bibliothèque deux études de matière médicale : l’une sur le Cina semen contra, l’autre sur l'Arnica moniana. La pathogénésie de ces médicaments était pour le temps une nouveauté. Il était curieux alors d’assister, artificiellement, produits par cina, aux spasmes similaires des convulsions vermineuses et a d’autres symptômes encore,

Quant à l’arnica, ce mémoire est une date. Ce médicament dont maintenant l’usage est universel était au début du siècle à peu près oublié. Nul ne se doutait alors, si ce n’est quelques vieux livres, de son efficacité contre les contusions, les blessures, le traumatisme en général,certains états cérébraux, des bémorrhagies intestinales, des

douleurs musculaires rhumatoïdes ou non. Enfin arrive l’étude non moins curieuse de l’arnica administré à doses infinitésimales.

Et l’on croit écrire l’histoire exacte de ce médicament en supprimant l’intervention d’Hahnemann et de ses élèves. Hahnemann avait exhumé des souvenirs du temps passé et y avait beaucoup ajouté. Mon père vérifia et confirma avec détails. Les beaux travaux de matière médicale de Stôrck, l’Apparatus medicaminum de Murray, étaient alors souvent consultés par lui.

Le D’’ Dufresne, dès son premier mémoire, avait exposé la loi de similitude. Il lui tardait d’y revenir : il y revient sans cesse. Une Ibis mis en possession de cet instrument théorique, c’est tout un horizon qui s’ouvre devant lui ; il l’explore sans relâche.

Dans les articles médicament et médication,homæopathicité, l’on touche au doigt le travail suggéré par la rencontre d’une hypothèse heureuse. La thérapeutique change d’aspect : de banale qu’elle était et invétérée dans l’habitude, autant que le comporte la nature du problème à résoudre, elle revêt un caractère scientifique, elle exige une détermination de l’esprit.

Pour le disciple d’Hahnemann, le médicament est avant tout un agent pathogénétique. Le médecin doit savoir que le médicament agit sur l’économie d’une manière précise et définie ; qu’il y provoque des mutations organiques et des altérations fonctionnelles. Le tableau de ces phénomènes s’impose à son jugement, puis à son choix en présence du malade.

De ces symptômes produits par le médicament, il y en a de primitifs, il y en a de secondaires. Apprécier lesquels sont les plus significatifs, lesquels doivent être les plus déterminants pour le choix du médecin. Il faut discerner l’ordre de succession des phénomènes ; les actions du matin, celles du soir : puis un point de toute importance qui relie l’œuvre de Hahnemann à plusieurs maîtres de latradition,à Stôrck, à J. Hunter en particulier : constater la tendance de plusieurs médicaments et non des moins utiles à agir par choix, par affinité élective vers tels organes, vers tels tissus, vers tel ensemble de fonctions.

Déjà du temps de mon père, toujours à propos des effets des médicaments, les médecins disputaient, entraînés par Hahnemann, sur les effets primitifs et les effets dits secondaires, sur l’action et la réaction de l’organisme, sur la question de savoir si ce que l’on entend par reaction n’est pas plutôt un simple retour de l’organisme à l’état primitif. Du fait qu’Hahnemann dans le cours de sa longue carrière n’a pas paru adopter toujours la même opinion, il s’est établi des confusions sur ces matières. Le maître, évidemment, a oscillé; ces divergences sont des différences d’interprétation théoriques sur des questions secondaires, ce ne sont pas des différences fondamentales et de doctrine. Elles n’enlèvent rien à la valeur de la loi de similitude qui persiste au-dessus de ces conflits d’opinion.

Impossible ici de traiter à fond cette matière litigieuse. Elle risque longtemps encore d’alimenter les controverses d’autant plus que chaque école intervient en discutant avec ses habitudes propres de langage. Il suffit de savoir que dans leurs lignes principales, ces questions n’avaient pas échappé à mon père.

Autre question qu’il est impossible de ne pas toucher

ne fùt‘ce qu’en passant : celle de savoir comment le médicament contribue par son action à opérer ce changement qui détermine la guérison.

Ici encore, la loi de similitude n’est point en cause, puisqu’il ne s’agit que de constater et d’interpréter son action.

Le D’’ Dufresne n’agréait pas que l’on donnât sans restriction le nom de maladie médicamenteuse au groupe de symptômes engendré par l’ingestion d’une substance toxique ou non dans l’organisme. Le sentiment médical lui faisait repousser la maladie dite substitutive, mais comment opère le médicament ? Mon père ne s’est pas expliqué catégoriquement sur ce point. Aussi bien, cela était-il nécessaire ?

John Hunter, un des plus célèbres précurseurs d’Hahnemann, a dit le premier, il y a plus de cent ans : le médicament agit comme une maladie qui en remplace une autre. C’était déjà une répercussion d’une assertion traditionnelle, mais Hunter a pris ces mots au sens figuré : Faction du médicament n’est donc pas une maladie nouvelle, ce n’est pas non plus une aggravation, elle ferait trop souvent défaut ; mais comment tenter de l’expliquer?

Le D’’ f’rédault, qui a traité cette question dans ses leçons cliniques {Art. méd., 1886), se rend compte du phénomène de la manière suivante :

« Le médicament n’agit point autrement qu’un agent « toxique affaibli qui vient heurter et occuper momenta- « nément la vitalité, suscitant une action vitale naturelle « de défense contre un agent extérieur : ainsi interprété, « le médicament tire l’organisme d’une action morbide « qu’il accomplissait pour lui faire faire une action pby- « siologique normale, c’est-à-dire de l’état de santé. »

En d’autres termes par sa présence, le médicament détermine une modification totale, laquelle suscite un changement favorable dans le phénomène morbide et le restitue à l’état normal. . . i

Autre considération, pour instituer la médication,le médecin doit établir les rapports de la loi de similitude entre le suiet à traiter et le médicament.Ce choix,cette adaptation, impliquent une méthode particulière pour considérer la maladie et le malade, tout cela était nouveau à cette

époque des débuts de l’homœopathie. • ^

C’est sur ces considérations très médicales qu il convient de s’arrêter pendant quelques instants à la suite de mon père.

En effet, si la voie ouverte par Hahnemann est fécondé, si elle est un trait de lumière, il ne s’en suit pas qu’elle soit d’application immédiate et sans hésitation pour le médecin : il ne faut pas voir ici la simple adaptation presque mécanique d’un tableau palhogénétique couvrant matériellement des symptômes morbides : il n’est pas dans le génie de la médecine de se laisser réduire a des réglés

aussi élémentaires.

Alors que le médecin se place en présence du problème, divers facteurs interviennent dans son choix et il en doit tenir compte.

Il y a d’abord la maladie en soi, puis cette maladie se manifestant par une de ses formes. Il y a les organes lésés ; il y a le sujet, malade avec son idiosyncrasie ; enfin comment les conditions étiologiques ne seraient-elles pas

prises en considération ?

Autant de circonstances qui exercent leur part d influence dans la détermination du médecin, le mettant en demeure d’envisager les phénomènes pathologiques a

des points de vue divers. A ce travail de comparaison, d’approximation, d’appre'ciation de différences ou de nuances souvent délicates, le tact médical s’exerce, la séméio« tique gagne, la nosographie peut-être plus encore. C’est ce qui faisait dire au D'' Dufresne que la pathologie n’a pas moins bénéficié que la thérapeutique de cette obligation d’avoir à appliquer la loi de similitude. Le problème n’est jamais sans quelques difficultés. L’effort à produire pour les vaincre en définitive tourne toujours au profit du malade après %voir exercé le génie du médecin.

Le médicament choisi, reste à traiter la question des doses : une autre sphère d’action dans laquelle l’homme de l’art est appelé à donner la preuve d’un tact particulier.

Le principe de Thomœopathie repose sur la loi de similitude et non pas sur les doses infinitésimales, ainsi que le voudraient persuader les esprits prévenus. La question des doses est affaire d’expérience et complètement à part.Le médecin doit pouvoir prescrire les médicaments omni dosi. Si des esprits excentriques sont allés aux extrêmes dans tous les sens, si Hahnemann lui-même a parfois excédé eu égard aux petites doses, ce ne sont pas là tels motifs pour priver le médecin de sa liberté d’action. Encore un coup, c’est l’expérience qui doit être son guide.

Aussi bien de nos jours, la question a-t-elle changé de face. Depuis les atténuations de Pasteur, les doses infinitésimales d’Hahnemann sont envisagées avec plus de sangfroid.

Les Écoles en médecine et rhomæopathie. Dans ce mémoire l’auteur fait une revue des principaux systèmes légués à la tradition par l’histoire de la médecine : cela

pour mettre une fois de plus en évidence l’absence d’un principe rationnel en thérapeutique chez la plupart de nos

institutaires. , .

Un autre sujet incombe à sa critique. Trop préoccupe, a l’instigation d’Hahnemann et sous son influence, d’mdmdualiser chaque cas pathologique, croyant pai^enir ainsi à une application plus exacte de la loi de similitude, i arrive, non pas précisément à contester, mais à élever des doutes touchant la réalité des espèces morbides. On l’a vu, l’élève de Montpellier était préparé par la théorie.des éléments de Barthez à cette attitude négative bien extraordinaire, car elle se donne l’apparence de faire attaque à l’une des vérités fondamentales de la médecine; mais ce qu’il y a de piquant c’est de voir à quel point il fut confirmé dans cette critique excessive par la lecture de

Broussais. . .

On sait avec quelle âpreté Broussais a poursuivi de ses sarcasmes sous le nom d’ontologie la notion des maladies distinctes. Il ne voulait voir dans les actes morbides que de simples faits d’irritation et d’excitation des fonctions physiologiques mis en rapport par les sympathies. Moins autorisée, moins féconde surtout que celle d’Hahnemann en résultats thérapeutiques, sa critique n’en a pas moins contribué à produire deux effets considérables.

D’abord le rôle des lésions dans les maladies a été mieux

compris. En second lieu l’unité pathologique de la fièvre

typhoïde, sa constitution comme espèce morbide sur les ruines des anciennes fièvres continues sortit de ces controverses. Or, c’est là un des plus éclatants progrès de la médecine française dans ces temps modernes; il s’est imposé aux médecins de tous les pays.

Broussais ne se proposait pas un but parfaitement défini. Avant tout il voulait démolir.

Le disciple d’Hahnemann comme Broussais réprouvait l’ancienne thérapeutique, mon père va même jusqu’à insinuer que les états ataxiques, putrides, bilieux, adynamiques, syndromes passagers, souvent se succédant les uns aux autres qui servaient à qualifier les anciennes fièvres pourraient bien n’être que les résultats d une thérapeutique irrationnelle.

Il y a ici des aperçus intéressants de curieux reflets d’opinions, mais la précision fait défaut. Dufresne incline trop à confiner toute la médecine dans la thérapeutique.

Dans les mémoires suivants il s’agit encore de thérapeutique mais considérée sous des aspects bien différents.

Sous ce titre modeste : Note sur la préparation et l'action des médicaments, nous allons voir le D' Dufresne aborder les questions les plus délicates, mais aussi les plus curieuses; toutefois, qu’on ne le perde pas de vue, il s’agit ici de matière médicale, de remèdes : ordre d’idées très spécial dans la pensée de tout le monde. Sans doute les forces physiques et chimiques seront invoquées dans les tentatives d’interprétation des faits : mais que l'on n’exige pas d’application trop rigoureuse. En pareil sujet les visées de l’esprit, le préjugé populaire, le langage même ont leur trait particulier. Enfin en ramenant l’attention sur un mouvement d’idées qui s’exprimait il y a 50 ans, nous faisons de l’histoire, qu’on veuille bien ne pas l’oublier.

En définitive quoi de moins pondérable que ces qualités

que l’on nomme les vertus des plantes ; que ces forces extraordinaires révélées par les termes de poisons végétaux ou animaux ; que ces propriétés physiologiques et médicales qui se dégagent, la plupart du temps, si inattendues des manipulations du chimiste. Le médecin s’empare de ces substances, telles que la nature les lui donne, telles qu’elles sortent du creuset du laboratoire ; mais qui dirige son attention vers ce corps ou un autre? n’est-ce pas surtout dans les temps anciens, le hasard, la voix populaire bien plutôt que l’induction scientifique.

Aussi alors que l’on prétend expliquer 1 action de ces substances adoptées comme remèdes, les solutions sont difficiles pour ne pas dire impossibles, ces forces naturelles se dérobant à l’analyse chimique autant qu’aux évaluations mathématiques. Les hypothèses n’ont pas fait défaut. N’eût-il pas été plus expédient de constater simplement les faits sans prétendre les expliquer.

Ces médicaments choisis, on ne les donne pas toujours à l’état brut. Le médecin leur fait subir des préparations dans le but d’en modifier l’action sur l’organisme, de l’accroître ou de l’atténuer; c’est en particulier le cas pour les médicaments homœopathiques. Le raisonnement, l’hypothèse sont encore intervenus pour interpréter ces faits nouveaux.

L’analyse spectrale a démontré pour l’arsenic et d’autres substances la présence de parcelles visibles jusqu’à la troisième division centésimale. Le fait est bon à recueillir pour prouver que la matière n’est pas absente des préparations homœopathiques.

Ceux qui croient au développement d’un dynamisme particulier s’autorisent d’autres faits non moins dignes de remarque. Prenez Valumine, la silice, le lycopode, Vor, lepla-

tine. Ces substances prises à doses massives sont inertes, sans action appréciable sur l’organisme. II en est tout autrement après qu’elles ont subi les triturations et les atténuations hahnemanniennes.

L’important ici n’est pas, nous le répétons, d’expliquer le comment ; c’est de constater des actions pathogénétiques et curatives. Or l’expérience a si souvent fait ses preuves que ces faits ont été mis hors de doute.

La même intervention officinale développe les facultés pathogéniques et élève à la puissance de médicaments, le sel marin (na/rum muriaticum) le carbonate de chaux {calcarea carbonica); cependant l’homme consomme chaque jour dans ses aliments des quantités énormes de sel, l’eau qu’il boit est plus ou moins imprégnée de carbonate de chaux ; voilà des faits inattendus.

Tout à l’heure, il s’agissait de substances inertes en apparence à doses massives, comme la silice et l’alumine, que les atténuations d’Hahnemann font passer à l’état de médicament. Nous allons voir le même procédé d’atténuation mettre au service des médecins les substances les plus destructives, les plus intenses par leurs qualités délétères. Les trois règnes de la nature apportent ici leur tribut.

Le public est dès longtemps familiarisé avec les poisons minéraux, tels que Tarsenic, l’émétique, le mercure, etc. Il l’est aussi avec les vertus toxiques des plantes vénéneuses. La belladone, l’aconit, les solanées vireuses, sont des types de cette catégorie. Il l’est moins avec ces agents terribles empruntés au règne animal; l’aiguillon de l’abeille, taranea diadema; les serpents des tropiques, etc.

Dire que ces poisons sont rendus inoffensifs parle mode de préparation hahnemannien ce serait mal comprendre

la pensée de l’expérimentateur, car en réalité il les veut rendre utiles et non pas inertes. Les atténuations ont pour but et pour effet de réduire l’action de ces agents si intenses à un degré où leur intervention dans 1 organisme soit efficace sans nuire ; usant d’un terme appliqué depuis aux atténuations du virus rabique par Pasteur, poisons et venins ont été domestiqués par la préparation : d agents destructeurs^ ils deviennent instruments de guérison.

Aussi bien devons-nous constater ici que les études pathogénétiques des médecins homœopathes ont contribué à écarter une opinion qui a longtemps dominé la science : c’est que les venins animaux sont annulés ou détruits dans l’estomac, qu’ils y perdent leur action toxique, à plus forte raison qu’ils ne sauraient acquérir une vertu thérapeutique.

Mon père a prescrit le lachesis déjà alors donné à la science par Héring. Nous le verrons tout à l’heure préparer et administrer comme remède le virus charbonneux. Depuis lui le nombre des médicaments empruntés par l’école d’Hahnemann aux poisons du règne animal s’est fort accru. La science s’est enrichie d’expériences pathogénétiques faites aved’fxpû, le naja, le cabra, le curare, la tarentule. Leurs procès-verbaux démontrent les effets physiologiques déterminés par l’ingestion de ces venins à l’intérieur; les effets thérapeutiques n’ont pas tardé à suivre et fort remarquables.

La portée de ces recherches avait frappé mon père, il s’appliquait à les faire apprécier. Il voyait là des matériaux d’études pathogénétiques considérables et la thérapeutique munie par le maniement de ces remèdes nouveaux d agents de la plus haute importance.

Assurément plusienrs de ces substances figuraient dans nos matières médicales, mais pour ciuelques-unes de con-

nues combien d’absolument inusitées. Qui avant Hahnemann avait entendu parler du lachesis, de laoipera torvaet de Varanea diadema. Le procédé des atténuations n’avait pas moins de valeur car lui seul rend possible le maniement de tant de substances, depuis les plus dangereuses jusqu’aux plus inertes (sz7ice, alumine, calcarea) toutes ces préparations ont fait leurs preuves et elles sont loin d’avoir livré tout leurs secrets.

Un des côtés les plus curieux de ce mode de préparation ce sont les différences signalées dans les actions du même remède suivant les doses et suivant le degré ou le chiffre des atténuations ; telles nuances de certains faits sont difficiles à exprimer : elles n’en sont pas moins incontestables. Par exemple l’on ne produit pas avec une goutte de suc de belladone ou de noix vomique la même action qu’avec une goutte d’alcoolature (parties égales de suc de la plante et d’alcool). Avec une goutte de la 6® ou de la 12® dilution, les effets seront différents encore.

Ce point spécial de la question des doses a été étudié sous la direction de mon père par un de ses parents, le D' Louis Dufresne dans la pathogénésie du Menyanthés, treffle des marais, et par le docteur Gastier de Thoissey dans celle de la douce amère,

Il ne faut pas oublier qu’au début de ses études, Hahnemann employa des doses massives. C’est par elles et en les maniant avec des variations infinies sans leur faire subir aucune préparation préalable qu’il est arrivé aux conclusions si remarquables de son Essai sur un nouveau principe. Les critiques qui s’obstinent toujours à voir l’homoeopathie à travers les doses infinitésimales sont donc bien mal venus. Plus tard, graduellement, sous la pression de l’expérience, le novateur arrive aux atténuations, non

seulement pour introduire les yenins et les poisons animaux et végétaux dans la matière médicale, mais avant tout par la considération des actions trop fortes révélées par les tentatives sur l’homme sain. Inutile d’insister pour faire apprécier les ressources nouvelles mises à la disposition du médecin par celte échelle de graduation des doses et quelle fertilité d’expédients offrent au génie individuel les dilutions successives pour satisfaire aux indications les plus multipliées.

Mon père avait discerné dans cette posologie flexible autant que variée la marque d’un intérêt éminent. Ily revient souvent. Il y a un véritable intérêt historique à rappeler sous l’impression de quelles considérations cette conviction scientifique s’imposa au D' Dufresne et au groupe de médecins qui suivit son impulsion (1830 àl836).

Pour conclure sur ce sujet nous dirons que le D’’ Dufresne inclinait vers l’opinion qu’il se produit dans la préparation des médicaments d’après les prescriptions d’Hahnemann un phénomène un nescio quicl qui développe la force médicamenteuse, Ce quelque chose de particulier, il le désignait par le terme de dynamisation.

Après tout il exprimait son impression par une hypothèse : il ne s’en cachait pas et il ne tenait pas si fort à ce terme de dynamisme. Il n’était véritablement préoccupé que d’une chose : appréhender la force active des médicaments pour la mettre au service de son art,

Le dernier mémoire du D’ Dufresne, traite du charbon chez rhomme (pustule maligne, anthrax malin). 11 était dès longtemps familiarisé avec cette maladie, plus fré-

quente alors dans nos contrées qu’elle ne l’est aujourd’hui. Déjà, en 1815, il l’avait plusieurs fois rencontrée. Suivant la coutume régnante, il lui avait opposé la cautérisation après incisions préalables et des lotions astringentes. Ce traitement est très douloureux. Les résultats fort mêlés d’insuccès n’avaient pas été, en définitive, pour l’encourager beaucoup.

En 1834, un cas de pustule maligne se présenta. Mon pere n’hésita pas à faire l’épreuve d’une médication proposée par des médecins homœopathes allemands. Il employa Vanthracine, c’est-à-dire le liquide virulent, agent transmissible de la maladie, le virus inoculable lui-même recueilli sur les pustules. Il employa de même un autre produit pathologique de la maladie, le sang de rate. On donne ce nom, en langage vétérinaire, à la knie qui s’écoule par incision de la rate tuméfiée et gorgée d’un liquide noirâtre. Cet état de la rate est une des lésions caractéristiques de la fièvre charbonneuse chez le cheval et les espèces bovines.

Eu égard à la pathologie du charbon chez l’homme, mon père, avec les médecins de son temps, en était aux descriptions de J. Frank et surtout aux instructions de Chabert, sur les maladies des animaux domestiques. En France, Chabert n’a pas cessé d’être reproduit par les auteurs qui ont suivi.

n en a été ainsi sur ce sujet jusqu’au moment où Davaine, ’Pasteur et l’école des bactériologistes l’ont abordé.

Le point capital de leurs travaux a été la découverte du microbe spécial qui, d’après ces auteurs, doit être la caractéristique du virus charbonneux et l’agent de transmission indispensable de la maladie des animaux à l’homme.

Le charbon chez les animaux est une maladie générale,

la fièvre charbonneuse. L’opinion en faveur est qu’elle est le résultat de la pénétration de matériaux infectieux introduits par les voies digestives ou pulmonaires.

D’autre part, il n’est pas moins reconnu que, fort rare chez l’homme à l’état spontané, le charbon se manifeste d’emblée chez lui par des pustules et qu’à l’ordinaire il reconnaît pour origine un contact avec des animaux contaminés. La contagion s’effectue par inoculation. Des insectes, le plus souvent, opèrent le transport. D’autres fois, pendant les épizooties, la police ordonne de sacrifier les troupeaux infectés. Si les individus chargés de l’équarrissage n’y prennent garde, la moindre écorchure est fatale, le principe morbide est communiqué.

Les bactériologistes s’élèvent contre une trop grande part attribuée au transport du virus par des insectes. Question difficile à trancher. Il faut cependant accorder que les parties du corps découvertes, les mains, le col, le visage, sont les plus fréquemment atteintes.

On cite des cas très rares il est vrai, de transmission de l’homme à l’homme, chez des personnes qui donnaient des soins à des malades. Neydig, de Moscou, relate (1869) l’histoire de son garçon d’amphithéâtre qui contracta une pustule maligne, mortelle, en faisant l’autopsie d’un homme mort du charbon.

On a vu la maladie transmise de l’homme à des animaux. C’est la fièvre charbonneuse qui survient alors, non la pustule.

Reste l’usage des viandes charbonneuses. La tradition s’unit aux auteurs les plus modernes pour attester que, le plus souvent, l’homme mange impunément de la chair des animaux atteints du charbon, s’il n’existe pas de plaies dans la bouche ou dans le pharynx, surtout si la viande

Dufresne. 5

est cuite. Les chiens, les animaux carnassiers de même. L’existence chez l’homme d’un charbon interne sans pustules apparentes, c’est-à-dire, d’un état analogue à la fièvre charbonneuse des animaux, tend de plus en plus L se confirmer, mais la nosographie est encore loin d’être complète. Il n’est d’aucun intérêt pour notre sujet de nous étendre ici sur cette question encore en litige.

Ces préliminaires étaient pour délimiter ce domaine des maladies charbonneuses commun à l’homme et à plusieurs espèces animales. Etude nécessaire, car ici se rencontrent aujourd’hui les plus importantes questions d’hygiène, de prophylaxie et de thérapeutique.

Revenons aux faits observés par le D'' Dufresne.

Le premier est l’histoire d’un agriculteur, âgé de 40 ans, très robuste. Fauchant à l’ardeur du soleil, le 28 août 1834, il ressentit un fort prurit au col ; un de ses compagnons de travail y regardant, il lui dit qu’il voyait une tache rouge, comme si un insecte l’avait piqué. C’était le début de la maladie : le lendemain, elle était en pleine évolulution. Mon père ne vit le malade que huit jours après. Ce jour-là, 4 septembre : enflure considérable de la région cervicale gauche; au centre une tumeur surmontée d’une aréole gangreneuse, entourée d’un bourrelet vésiculeux. Etat général, mauvais : sidération des forces, de la fièvre, sueur froide, situation grave.

Il était trop tard pour songer à ouvrir la tumeur pour la cautériser. Le D" Dufresne se décida à faire usage de Yanthracine : c’est le nom qui a été donné au sang de rate dilué.

Mon père tenait cette préparation du D"^ Rapou, de Lyon. Celui-ci, pendant un voyage qu’il venait de faire en Allemagne, l’avait reçue du D" Weber, médecin de la

cour de Hesse. Weber est le premier qui ait eu la pense'e que la sanie gangréneuse du sang de rate pourrait devenir une ressource thérapeutique. Il le considéra comme un venin et le soumit aux dilutions hahnemanniennes afin de le rendre susceptible d’être administré comme médicament. Le même a publié une monographie sur ce sujet (Lepsig, 1836).

Vanthradne (10® dilution) fut prescrite à l’intérieur. En outre, la plaie fut recouverte de compresses trempées dans une solution d’esprit de vin contenant la même préparation.

L’action du médicament ne se fît pas attendre : dès le lendemain l’amélioration était constatée. Le 16 septembre le malade fut présenté à la réunion de la Société gallicane. Le 19, l’eschare était tombée et la guérison définitive.

Les faits suivants ne sont pas moins concluants.

Le 2o août 1836 vinrent consulter le D® Dufresne, les deux frères V.... Tous les deux avaient contracté la maladie en dépeçant des moutons atteints de fièvre charbonneuse. Le plus jeune, malade depuis neuf jours, portait une pustule très large à la partie externe du pouce de la main gauche. L’inoculation du virus avait été produite par une esquille d’os. Encore qu’incisée et cautérisée par l’acide sulfurique, la tumeur avait reparu entourée d’une invasion de nouvelles vésicules.

Chez le frère aîné, la maladie s’était déclarée plus tard. Il portait une pustule sur le dos de la main droite; elle n’avait pas été cautérisée.

Le souvenir de ces deux malades m’est aujourd’hui encore parfaitement présent. J’avais dix-huit ans. J’aidai mon père à panser leurs plaies, c’était une des premières démonstrations médicales auxquelles il m’associait. Je

n’oublierai jamais la vivacité de ses expressions, si fort il était préoccupé de la maladie et de l’espoir de voir se réaliser le succès qu’il attendait.

Les deux frères furent traités par l’anthracine intus et extra, comme le premier malade. La préparation employée était la même.

Mon père s’informa minutieusement du troupeau de moutons qui avait communiqué la maladie. Il apprit que quelques-uns avaient dû être sacrifiés et que plusieurs personnes avaient impunément mangé la viande des animaux abattus. Séance tenante il recueillit la sérosité des phlyctènes qui bordaient les pustules de l’un des malades : il en fit la préparation et donna l’ordre de l’administrer aux moutons infectés. A partir de ce moment, il n’en périt ancun.

Quant aux deux bergers, après cinq jours de traitement, ils étaient hors d’affaire.

* Je n’introduis à cette place qu’un tableau raccourci de ces observations recueillies avec un soin minutieux. Elles attestent que mon père avait fait une étude approfondie de ce sujet aussi curieux que difficile.

Quels mobiles avaient déterminé le D"' Dufresne dans ces expériences.

En appliquant l’anthracine au traitement du charbon chez l’homme, mon père ne pensait point faire ce que l’on appelait alors de Visopathie (traitement par les identiques).

Sous l’influence d’une déviation de la loi de similitude, quelques médecins de ce temps-là avaient imaginé d’opposer aux maladies contagieuses les produits morbides renfermant les virns eux-mêmes par lesquels les maladies sont transmissibles, c’est ainsi que l’on a été amené à préparer la varioline, la morbiline, etc. Il ne paraît pas que

l’expérience ait plaidé en faveur de cette tentative ; il y a longtemps que l’on n’en parle plus.

Le D" Dufresne n’a pas employé ici l’anthracine comme \m simillimum du charbon, mais comme un médicament. Le liquide virulent est considéré comme un venin, comme un poison. La préparation officinale l’a'rendu acceptable par l’organisme. Il a agi avec le liquide recueilli sur la pustule maligne comme Hering avec le venin des sei’pents : on sait que les essais du savant médecin américain ont placé la question des venins sur son véritable terrain thérapeutique. Il a prouvé que les venins de serpents après avoir subi les atténuations successives de la préparation hahnemannienne, peuvent être administrés par le tube digestif, non pour combattre les effets de la morsure de l’animal, mais dans le but d’agir contre les fnaladies présentant des symptômes plus ou moins analogues à ceux que produit l’empoisonnement après la morsure : c’est là une action clinique curative dirigée par l’expérimentation pathogénique.

11 fallait s’y attendre : il devait s’opérer dans l’esprit de plusieurs un rapprochement entre ce traitement par l'antliracine diluée et les atténuations du virus charbonneux opposées aux épizooties par Pasteur (1).

. Les deux modes d’action sont cependant bien différents. Mon père, on l’a vu, se proposait une action curative. L’agent nuisible et destructeur est converti en antidote comme il le dit lui-même dans un langage plus imagé que précis,

(1) Signalée dans de nombreux travaux, cette analogie a été l’objet d’un mémoire important du D'’ Krüger, de Nîmes. Les observations du D’' Dufresne sont reproduites in extenso dans ce travail (M. Pasteur et le charbon, Paris, 1883).

Pasteur part d’un autre point de vue. Il se propose une action préventive prophylactique : son but est de soustraire l’organisme à une maladie possible, il atténue aussi le virus : il l’administre par doses graduées, sous la forme dinjections sous-cutanées; c’est l’insertion comme la pratiquait Jenner avec le cowpox et comme le fait le médecin qui inocule la variole.

Noter ici le point de soudure entre la méthode de Pasteur et les anciens inoculateurs : c’était évidemment dans une pensée d’atténuation que procédaient ces derniers, alors que l’idée leur vint d’insérer artificiellement le virus sous la peau. L’expérience avait prouvé qu’introduit de la sorte dans l’organisme, le virus ne produit à l’ordinaire que des effets atténués, suffisants cependant pour garantir l’organisme contre un retour offensif de la maladie. Ainsi depuis des siècles procèdent les Arabes et d’autres Orientaux ; telle est l’origine de l’inoculation variolique.

Cette infection artificielle déterminée par une porte d entrée qui n’est pas celle que la maladie choisit à l’ordinaire, dans la plupart des cas suffit pour amener une affection qui met à l’abri de celle toujours plus grave qui résulte de la contagion naturelle.

Il y a une autre cause d’atténuation pour la force des virus ; c’est le transport d’une espèce animale à l’homme ou a d’autres espèces.

La méthode de Jenner n’est en définitive qu’une méthode d’atténuation nouvelle pour son temps ; elle est fondée sur les variations imprimées à l’énergie d’un virus par son passage d’une espèce animale à une autre. Ainsi qu il a été dit à propos du mémoire de mon père sur la variole, dont à soixante ans de distance il nous plaît de rapprocher les vues des travaux de l’école de Pasteur,

nous ignorons absolument encore si la vaccine est une maladie propre aux bœufs et aux chevaux ou bien si elle résulte de la transplantation de la variole humaine dans l’organisme des animaux.

Les innombrables expériences de Pasteur sur la rage, sur le rouget, sur le choléra des poules, prouvent bien que tel virus transporté d’une espèce animale à une auti’e, puis propagé pendant un certain temps dans une espèce nouvelle, est atténué dans ses effets quand ensuite on lui fait faire retour à l’espèce d’où l’on est parti.

Mais ce n’est pas tout eu égard à Pasteur. S’il procède de Jenner, s’il lui emprunte l’idée de la transplantation du virus d’une espèce à l’autre ; s’il fertilise cette pensée initiale par la multiplicité des expériences et les échanges i nfin is qu’il opère pour obtenir des degrés, vaidés d’atténuation artificielle, il faut, avec lui, aller plus avant. Ce n’est plus en opérant sur l’organisme vivant qu’il va continuer ses séries d’atténuations. Il transporte les agents virulents hors de l’économie animale. Il va les cultiver captifs dans des récipients inertes, leur créant des milieux artificiels où ils peuvent vivre dans le contact plus ou moins prolongé d’agents modificateurs. La virulence de ces cultures peut être ainsi modifiée sans que pour autant la propriété vitale du virus soit compromise.

C’est là assurément le côté le plus original des travaux de Pasteur : il développe l’idée de Jenner avec une richesse d’expédients extraordinaire.

On l’a compris: pour Pasteur et son école, le virus c’est le microbe ; le microbe, c’est l’élément de culture; c’est sur le microbe que le physiologiste agit avec une précision qui veut revêtir presque l’allure d’une expérience de physique ou de chimie. Qu’après des inoculations aussi réité-

— Tarées et une telle fixité dans les résultats obtenus, Pasteur ait conclu à l’existence d’un microbe spécial caractérisant la spécificité étiologique du charbon, l’induction était légitime de sa part. Mais le microbe est-il présent à tous les degrés d’atténuation encore bien qu’ils soient efficaces?

Nous ne pouvons nous empêcher de faire ressortir une seconde analogie avec les expériences de P. Dufresne sur la variole. Mon père, pour réaliser une immunité aussi complète qu’il la croyait possible, demandait une première épreuve à la vaccination et une seconde après quelques années d’intervalle c’est-à-dire une seconde vaccination ou l’inoculation variolique.

La vaccination charbonneuse, telle que dans la pratique vétérinaire elle a été prescrite par Pasteur, réclame deux inoculations à quinze jours d’intervalle : l’une avec le produit dit premier vaccin lequel ne préserve que partiellement les animaux, l’autre avec le deuxième vaccin plus actif et qui doit les rendre absolument réfractaires au charbon.

Il était donc naturel que la médication de Weber et du D'' Dufresne par le virus charbonneux dilué fût rapprochée des atténuations préventives de Pasteur. La comparaison s’imposait rapidement.

La différence entre les deux buts étant appréciée, il reste une impression dominante, c’est qu’entre les dilutions d’Hahnemann et les atténuations de Pasteur, s’il n’y a pas conformité absolue, il existe tout au moins les analogies les plus complètes.

Alors que l’on voit tant de faveur s’attacher aujourd’hui aux procédés d’atténuation progressive du célèbre académicien, il doit être désormais permis d’espérer pour les

doses infinitésimales d’Hahnemann, un examen plus impartial, l’épreuve d’une expérimentation sérieuse plus correcte, enfin moins obsédée par le préjugé.

Les résultats cliniques répondent déjà des deux côtés.

Ils ont répondu en attestant la valeur prophylactique des cultures de Pasteur.

Les observations du D'' Dufresne sont aussi une réponse. Elles ont prouvé que l’anthracine diluée, opposée à la pustule maligne, est un médicament curateur.

Au cours de cette revue rétrospective des travaux de mon père, sur la variole et le charbon, intervient sans cesse le terme d’immunité, expression qui ne doit pas être employée à la légère, car elle dénonce un fait considérable qui depuis la découverte de Jenner tient une place de plus en plus importante dans les préoccupations des médecins. La prérogative de l’immunité, ce n’est pas moins que la perspective d’affranchir l’espèce humaine du tribut qu’elle paie à des maladies graves, le plus souvent infectieuses et rendues d’autant plus dangereuses par leur caractère contagieux.

Qu’étaient les recherches de mon père sur la variole, sinon une enquête sur la valeur de l’immunité procurée par la vaccine, le type de ces procédés prophylactiques.

La questioii d’immunité eu égard au charbon en particulier, en est aujourd’hui au point où en était la vaccine au commencement du siècle. Avertie par l’expérience, la science attend ; elle exige des délais avant que de se prononcer sur la durée et la portée exacte des vaccinations charbonneuses.

Mon père n’a inventé aucune théorie pour expliquer ce phénomène si étrange, si mystérieux des immunités. L’élève de Montpellier est trop profondément vitaliste pour

songer à rendre compte par des modifications soit chimiques, soit physiques ou par tel autre changement d’equilibre moléculaire, d’un fait aussi nettement ontologique que la répression, sinon l’anéantissement d’une prédisposition définie de l’espèce humaine à une maladie. L’essence des maladies tient à l’essence de la vie, a écrit P. Dufresne dans un de ses ouvrages. Or, procurer l’immunité, n’est-ce pas opposer une barrière à la spontanéité morbide.

L’école des bactériologistes ne devait pas être aussi réservée, et ce n’est pas un des moins curieux passages des leçons du D'' Straus (l),que l’énoncé des tentatives proposées pour expliquer le phénomène de l’immunité. Inutile d’exposer ces théories, elles n’ont acquis crédit dans aucune école. Pasteur, en dernière analyse, explique l’immunité par un effet de résistance vitale. Le professeur Bouchard se retranche dans des arguments analogues en disant : « La « modification chimique imprimée à l’organisme par la « maladie vaccinale s’est accompagnée d’une modification « dynamique (c’est-à-dire vitale) ; à côté de l’altération « purement chimique des humeurs, il y a aussi une altécc ration fonctionnelle de la nutrition qui assure la perce sistance de l’état nouveau créé par la maladie

Aussi croyons-nous M. Straus parfaitement autorisé à conclure comme il le fait, alors qu’il dit : « En somme « presque tout reste encore à faire dans cette direction, et « malgré les efforts tentés, le problème des immunités « subsiste tout entier. »

(1) Straus. Le charbon des animaux et de l’homme, Paris, 1887.

Le D'' Dufresne est mort à Genève, le 19 décembre 18^, âgé de 50 ans. Une courte maladie, une pneumonie, disposa en quatre jours d’une constitution délicate, depuis quelque temps déjà fort éprouvée. Les soins réclamés par une nombreuse clientèle, répondre chaque jour à des consultations lointaines, un travail de cabinet incessant ; toutes les causes de fatigue qui s’imposent au médecin soigneux de l’honneur de sa profession se trouvent ici réunies.

La mort de mon père, pourquoi le tairions-nous, suscita des regrets en dehors du cercle restreint de sa famille. Sa nature sympathique, expansive lui avait valu de nombreux amis. Il s’était généreusement dépensé pour eux et pour ses malades. Les longs souvenirs l’ont accompagné. Sans doutes les marques d’estime accordées à la mémoire du médecin et du savant, attestaient des services rendus. Ce qui touche davantage, elles s’adressaient plus encore au caractère de l’homme et à l’ami dévoué. Cette suite de travaux si courageusement poursuivis, témoignent assurément d’une intelligence de quelque valeur. Une véritable vocation avait appelé le D'' Dufresne à l’étude de la médecine. Il le fallait bien pour voir éclore dans cette vallée reculée du Faucigny, dans un milieu si peu accessible aux influences du dehors, une résolution aussi tenace. L’exemple de son oncle déjà médecin n’aurait pas suffi. Il faut admettre ici l’élan spontané d’un esprit ouvert, investigateur ; dans le sens le plus élevé du terme, curieux de toutes choses.

Nous l’avons vu à 17 ans, terminer sa philosophie dans

un petit collège savoyard : de retour à la maison paternelle auparavant que d’obtenir la permission du départ pour l’Université ; le futur élève de Montpellier s’essaye à l'observation des phénomènes naturels par la botanique et la zoologie. Dès son arrivée à l’école, il met au service de la médecine des facultés déjà exercées. Bien mince bagage, si on le veut comparer aux programmes surchargés qui s’imposent aujourd’hui aux étudiants des années préparatoires. Abondance parfois stérilisante plus propre à obséder souvent les intelligences plutôt qu’à les rendre fécondes.

Une remarque importante : les notions spiritualistes inculquées par les cahiers de philosophie du collège, restent debout, dans son esprit. Elles vont-y exercer une domination salutaire qui ne se démentira jamais. C’était peu de chose, dira-t-on que ces axiomes latins assurément un peu secs dans leur concision, tout imprégnés de traditions scholastiques : c’èst assez à nos yeux pour mériter à cet enseignement l’hommage d’une grande estime : ne fut-il pas déterminant ici pour inculquer une direction définitive.

Voyez avec quelle aisance cet entendement discipliné par une logique austère s’adapte au vitalisme, souvent subtil, des professeurs de Montpellier. Ce qui ne veut pas dire que leur élève dogmatise, qu'il dispute. Il ne fait point étalage de doctrine, il n’en a pas l’idée, il n’en parle pas ; mais ce qui vaut mieux, le sens spiritualiste est dans tout ce qu’il écrit : il en est partout et toujours logiquement inspiré. Cette philosophie anonyme de ses maîtres savoyards lui sera une discipline et une armure intérieure qui ne lui feront jamais défaut.

On a vu cette action très sensible dans ces mémoires si neufs, pour le temps où ils paraissaient : sur la médica-

tion et les médicaments ; dans ce coup d’œil jeté sur les écoles en médecine avant la venue d’Hahnemann ; autant d’occasions qui font apparaître les sentiments intimes de mon père sur le dynamisme vital, où plutôt sur ce vitalisme perpétuel, que l’on retrouve à la base de la science de l’homme et de la médecine de tous les temps, qui re viendra toujours, quoi que l’on fasse et quoi que 1 on en ait.

Fait digne de remarque : dans l’histoire de la medecine, le vitalisme est la règle, le matérialisme positiviste l’exception. Combien d’écoles matérialistes qui eurent leurs heures d’éclat et d’influence, qui contribuèrent même a l’avancement de la science ; un instant, on les croit triomphantes, soudain, surviennent des retours inattendus, toujours vers le vitalisme traditionnel, en définitive le patrimoine de la médecine, comme il l’est de toutes les

sciences. ,

N’est-ce pas un de ces retours que nous voyons s operer aujourd’hui dans l’école de Paris, où tant de souffles contradictoires ont tour à tour dominé. La doctrme do 1 essentialité des maladies qui est, en médecine, le de celle de l’espèce en histoire naturelle, n’y semble-t-e e pas parvenue à une période d’affirmation, de nettete surtout, qu’elle n’avait jamais obtenue, il n y a pas jusqu aux découvertes microbiennes et à leurs visées qui ne nennent à l’appui de l’existence des espèces morbides distinctes en manifestant un signe de plus dans l’examen des lésions.

L’étude de la carrière médicale du Dufresne n a pu que nous faire persévérer dans cette appréciation du travail Loiogique qui anime sans cesse la médecine et qui en est la vie.

En considérant la carrière du Dufresne, on acquiert le sentiment précis d’une impulsion très particulière imprimée à la pratique et à l’exercice de notre art, par la thérapeutique d’Hahnemann.

C était, onia pressenti, une méthode absolument neuve ; elle transformait les habitudes reçues : pour la recherche des indications, pour le choix des médicaments, pour leur mode d administration, pour les doses prescrites. L’application de la loi de similitude dominait toutes ces questions. Cet ensemble était étrange, il contrariait les idées courantes. Par là, il prêtait le flanc aux critiques, aux insinuations malveillantes ; ni les unes ni les autres ne firent défaut. Le corps médical, les académies surtout répugnent aux nouveautés. Les sociétés savantes ne se résignent que la main forcée.

La polémique fut violente, elle attirait les représailles.

Il faut le dire, certaines assertions d’Hahnemann y donnaient prise : les dilutions extrêmes trop exclusivement recommandées, les médicaments administrés sous la forme de globules, la doctrine de la psore.

La psore, cette substitution de l’herpétisme, donnait à son auteur des apparences d inconséquence ; elle paraissait donner un démenti à la méthode enseignée pour la recherche du stmile en introduisant un appel à des influences constitutionnelles que l’auteur avait semblé réprouver. Ceci soit dit, pour caractériser les arguments que les adversaires opposaient à Hahnemann et non pas pour trancher en ce moment la question étiologique des miasmes aigus et des miasmes chroniques.

Le public non médical se mêla de l’afifaire ; il fit de la propagande à sa manière. Il faut reconnaître que le champ de la querelle était considérable. Il s’agissait de bien autre chose que des destinées de l’émétique ou du quinquina, de l’inoculation ou de la vaccine.

Cette ardeur de polémique ne déconcerta pas mon père. Ses dernières années furent exclusivement consacrées à ce grand effort thérapeutique. Il fit l’épreuve de sa méthode sur les maladies aiguës qui incombent au médecin dans le courant de chaque jour. Les affections chroniques lui arrivèrent bien plus nombreuses. Les malades, jusquelà traités sans succès, voulurent expérimenter l’homœopathie.

C’était une période d’explorations et de tentatives. Stimulé par le succès, mon père accepta ce travail extraordinaire avec dévouement. Je dirai plus, avec une ardeur passionnée. Chaque sujet qui se présentait réclamait une part de travail bien plus considérable que par le passé. C’était une séméiotique encore inconnue à fixer, c’étaient des vues nouvelles, des nuances spéciales découvertes pas à pas, pour considérer les maladies et déterminer les points d’attaques les plus favorables, pour le contact avec les agents thérapeutiques.

Il y avait encore et toujours les délibérations sur les doses : à ce propos les controverses n’avaient pas de cesse, Hahnemann, sur ce point délicat, n’ayant rien allégué de précis, s’en défendant même ; de là, des essais, des tâtonnements.

Il est resté de ce travail clinique, et en grand nombre, des observations minutieusement recueillies. Ce sont des modèles d’investigation attentive, patiente, originale. Le mode d’interrogation surtout différait de tout ce que 1 on

avait coutume d’entendre. Entraîné par l’exemple d’Hahnemann, Dufresne individualisait chaque cas. Il n’allait pas, cependant, aussi loin que le maître qui affectait de traiter ses malades en dehors de la dénomination spéciale de chaque maladie.

Cette carrière dé thérapeutique très spéciale dura sept années. Espace de temps bien court, pour oser donner la formule définitive d’une personnalité médicale. C’est un moment, dans une vie d’homme, mais un moment, assurément, digne d’intérêt que celui qui a eu pour champ d’action, cette vaillante entreprise.

Dirons-nous que dans un labeur aussi obstiné, aussi continu, toujours accompli sous l’impulsion du même dessein, le D'' Dufresne ne paraisse parfois absolu dans son point de vue, trop enclin à excéder dans la critique à l’égard de la médecine traditionnelle. Pouvait-il en être autrement, et, à cet égard, les circonstances ne plaidentelles pas en sa favenr. Il était dans le feu d’une bataille et la lutte était de chaque instant. Mon père, je le concède, ne s’est point défendu d’enthousiasme, c’était dans son tempérament. Les succès obtenus étaient certes pour lui servir d’excuse. L’homme n’agit-il pas toujours ainsi sous l’impulsion d’une idée et dans l’entraînement du travail récompensé. Il me sera permis de le dire, ce n’est pas à son fils qu’il appartient de l’en blâmer.

Il en est de la médecine comme de toutes les sciences, comme de tout ce qui est de l’homme et de ses connaissances : une double action la régit. Si mon père fut tenté de faire l’épreuve du système d’Hahnemann ; s’il entre dans cette voie avec une apparence d’exclusivisme qui trouvait son excuse dans l’ardeur delà poursuite: d’autre part, n’allez pas croire que pour avoir été novateur, il ait

été tenté de méconnaître le passé de la médecine. Il avait trop de respect pour elle et pour ceux qui la lui avaient enseignée. Il était aussi conservateur que novateur. Cette rupture avec le passé qu’affectent aujourd’hui tant de médecins, il ne la pouvait souffrir. La tradition, c’est la solidarité des hommes d’aujourd’hui avec les ancêtres, et par là, c’est le patrimoine de notre science augmenté dans le temps de tout ce qu’elle retient du passé.

Le progrès véritable en médecine ne s’obtient qu’en s’appuyant sur les devanciers, en s’autorisant de leur travail, en ne dédaignant pas surtout les principes supérieurs qui ont été leur force et leur honneur. Assurément la loi de similitude formulée par Hahnemann est une belle découverte, mais combien plus digne de fixer l’attention alors que l’on distingue les racines qu’elle projette dans le passé, les anneaux de la chaîne qui la relient à la médecine de tous les temps.

Pendent opéra interrupta. — Les temps ont été courts, c’est dire pourquoi, dans l’œuvre du D" P. Dufresne, il se trouve moins de préceptes dogmatiques arrêtés que de solutions cherchées ; des résultats définitifs sans doute, mais aussi beaucoup d’essais à l’état provisoire. C’est un zèle de recherches incroyable, mais aussi quel espoir, quelle confiance en l’avenir, quelle satisfaction en présence de la difficulté Vaincue !

Le regret n’est-il pas permis qu’à une intelligence aussi ouverte, aussi heureusement disposée, la laveur n’ait pas été accordée d’une plus longue carrière ? La sanction de l’expérience eût été plus décisive. Combien de résultats peut-être auraient été confirmés ! combien de vues synthétiques réalisées, auxquelles pour prendre corps le temps seul a manqué !

Enfin comment ne pas de'plorer des imperfections, des lacunes, des déficits, telles solutions trop hâtives? tous ces motifs de regrets accumulés devant ce spectacle de l’incomplet, de l’inachevé qui s’impose en présence des carrières prématurément brisées ? La vie de mon père fut une de celles-là. Plus favorisé cependant que bien d’autres, il a pu faire sortir quelques épis mûrs du sillon qu’il avait ouvert. C’est la trace de cet effort de l'homme d'étude que j’ai essayé de conserver ici. Le droit n’appartenait-îl pas à son fils de faire revivre cette figure pendant ces quelques pages d’histoire scientifique, l’enlevant ainsi pour un instant à la liste des disparus.

La carrière du D'^ Pierre Dufresne était terminée en 1836, il y a plus de cinquante ans. Les dernières années de sa vie furent en entier consacrées à l’étude et à la diffusion de la thérapeutique d’Hahnemann. Pour les pays de langue française, il fut véritablement un initiateur, il communiqua une impulsion décisive à un mouvement scientifique qui dure encore.

Eu égard à l’homœopathie, cette biographie est un chapitre d’histoire. Ainsi l’ont considéré plusieurs de mes confrères. Si bien qu’arrivé à ce que je croyais être le terme de mon travail, quelques-uns estiment le moment propice pour se demander ce qu’après un temps écoulé qui a bien son importance, il est advenu de cette réforme thérapeutique introduite par mon père, vers 1830, avec un si vigoureux effort dans le courant des questions médicales.

Aussi bien pour Hahnemann, cette date de 1890 est-elle presque celle d’un centenaire : car si à vrai dire le fon-

dateur de l’homœopathie est né en 1755, c’est en 1796, à l’âge de 41 ans, par la publication de l’Essai sur un nouveau principe qu’il est entré dans la voie thérapeutique, dont jusqu’à !a fin de sa vie il ne dévia plus. Un vrai chef-d’œuvre que ce discours : il contient en germe tout ce qu’Hahnemann a donné depuis. Avec une sobriété d’expression, marque de dignité dans le langage scientifique, l’auteur déclare que, pour connaître là portée d’un médicament, il faut l’avoir expérimenté sur l’organisme humain, et il donne les règles de cette expérimentation.

Pour être moins bruyant que bien d’autres, célébrés avec tant d’éclat, ce centenaire n’apparaît pas moins comme une date à inscrire dans les annales de la médecine. Après cent ans, le moment n’est-il pas propice pour s’interroger touchant la vitalité et les destinées de l’œuvre d’Hahnemann. Que reste-t-il de son enseignement, de la somme d’expérience accumulée par ses disciples j quelle place ces travaux occupent-ils dans le domaine général de la médecine f

Pour nous, la réponse est facile. L’homœopathie n’est pas morte. Le mouvement qu’elle a inauguré persiste et se prolonge ; elle n’est pas demeurée immobile et les vicissitudes qu’elle a dû subir nous sont un gage de sa persistance. Pratiquée et propagée dans les deux mondes par des milliers d’hommes de l’art, elle est entrée dans les habitudes de bien des gens. Médecins et malades reconnaissants lui constituent un courant d’activité fort distinct ; c’est dire qu’il n’apparaît pas que la fusion avec le milieu général de la médecine soit proche de s’opérer.

Une dissidence d’aussi longue durée a lien de surprendre; dans nos annales, ce n’est pas un événement ordinaire ; il est évident qu’il ne s’agit pas ici du règne d’une doctrine

prenant des conclusions dogmatiques sur les sommités de la science. Hahnemann ne visait pas si haut. Son but était immédiatement pratique. Son ambition, considérable cependant, se limitait à une formule nouvelle pour poser les indications et à des changements touchant le mode d’administration des remèdes. Mais si cette intervention de la réforme dans le traitement des maladies lui valut tout d’abord la popularité, d’autre part, elle devait soulever chez le corps médical des répulsions d’autant plus accentuées. Dans le public, même dans le milieu médical, seul le petit nombre se préoccupe des doctrines qui gouvernent la science ; pour la forme sous laquelle se prescrivent les Imédicaments et leur nature : tout le monde prend parti.

Sur cette question d’application pratique, les camps furent donc très vite tranchés, et dans tous les pays, les adeptes de la nouvelle thérapeutique durent adopter une position séparée. Parmi eux, un trop grand nombre peutêtre furent tentés de la pensée d’imposer à la médecine une réforme totale, ne considérant pas qu’ils allaient la restreindre à la culture d’une seule de ses branches, la thérapeutique. Les adversaires, offusqués par les nouveautés du système, par la question des doses, par quelques excentricités à travers lesquelles ils s’obstinaient à voir toute l’œuvre d’Hahnemann, demeurèrent inébranlables dans leur opposition.

C’est ainsi qu’un débat touchant la question de savoir si le médecin a le droit de prescrire les remèdes à toutes les doses, débat dont la solution aurait dû être tranchée par la seule expérience, détermina une rupture absolue.

La dissidence ainsi constituée, nous voyons partout les disciples d’Hahnemann prendre position. Autant de pays, autant de groupes régionaux, chacun portant son empreinte.

L’Allemagne, patrie d’Hahnemann, devait lui donner ses premiers disciples. D’emhlée les applications cliniques furent nombreuses ; elles marchèrent de concert avec les études pathogénétiques. Des médecins se présentèrent, soit seuls soit associés par groupes, qui pour vérifier la matière médicale du maître, qui pour en accroître le domaine par l’étude de nouvelles substances.

C’est alors que commence à se produire ce genre de littérature très particulier à l’homœopathie, les manuels.

L’œuvre pathogénétique d’Hahnemann, immense déjà par elle-même, augmentée de la part de collaboration de ses élèves, constitue un bloc de matériaux au premier abord peu accessible à qui n’a pas la volonté ferme d’accomplir un effort de travail. Dans ses écrits le réformateur ne s’était guère préoccupé d’être intéressant, pas même d’être suffisamment clair, surtoutpourquileliraitdansune traduction. Aussi la pensée arriva-t-elle de bonne heure d’abréger, de condenser plutôt les énumérations symptomatiques de la matière médicale, délimiter par des caractères précis, par des symptômes distincts, la sphère d’action de chaque substance, d’en indiquer les affinités électives vers tels organes ou tels groupes de fonctions, et par voie d’induction vers telles maladies, y joignant les exemples déjà constatés de guérison, ab nsu in morbis. Le médecin se pénétrant ainsi plus rapidement de la phy-

sionornie et du caractère propre de chaque me'dicament, les applications de la loi de similitude lui e'taient rendues plus faciles.

^ Plusieurs de ces manuels ont une véritable portée scientifique, qui les met complètement à part de la banalité accoutumée de beaucoup de livres analogues. Ceux de Weber et de Bôninghausen ont rendu de grands services, mais aucun, malgré ses déficits, n’a été plus répandu que celui de Jahr. Ces guides usuels sont particulièrement l’expression d’un moment souvent très court dans le mouvement de la science. Que l’on compare ceux de Richard Hughes, le traité de médecine pratique du D'Joussct avec le livre de Jahr ! Quel progrès nosographique et parfois combien d’intermédiaires heureusement franchis pour arriver au simile !

Dans cette revue rapide qui se défend d’être complète, distinguons encore les études de matière médicale d’Hart^ laub et de Trinks, les essais nosographiques d’Hartmann, etc.

L’Ecole allemande a continué dans cette voie pratique qui a trouvé son expression la plus positive et la plus utile dans les hôpitaux de Vienne et de Budapest (1).

En Angleterre, nous voyons dès 1835 des médecins adopter la thérapeutique d’Hahnemann. Le D'' Quin, qui entretenait des relations avec mon père, a fourni à Londres une brillante carrière. Là comme ailleurs, la nouvelle thérapeutique s’est propagée par la voie des revues périodiques et des Sociétés médicales. Le caractère

(1) A Budapest, le professeur Bakody a une section à I hopital de la ville. Il fait un cours de matière médicale. Il dirige en outre l’hôpital de Saint-Roch.

dé leurs travaux est exclusivement clinique. Nous avons traité tout à l’heure des manuels du D'' Hughes \ ils exposent avec un soin particulier les progrès acquis en pathogénésie dans les dernières années et dans toüS les pays I ils citent avec prédilection les travaux américains et c’est justice.

Car il le faut reconnaître, c’est aux Etats-Unis qüe devait se produire le mouvement d’expansion le plus remarquable en faveur de la réforme d’Hahnemann. L état social de ce pays, l’esprit d’initiative si puissant pour fonder des cours publics et des universités^ la liberté d’enseignement absolue» l’absence d’ingérence de 1 État sous le couvert d’une doctrine officielle ; autant de circonstances favorables dont elle a largement profité. Voici quarante ans que cela dure. A voir le nombre et l’activité des adhérents, il n’est pas à croire que sa fin soit prochaine.

Pas de pays où il se soit établi plus de fondations en Sa faveur sous la forme d’hôpitaux et de colleges pour l enseignement de notre art. A Boston, à Philadelphie, à Chicago et dans bien d’autres villes, vous trouverez non seulement des chaires pour l’enseignement de l’homœopathie, mais sous son influence des facultés complètes où toutes les branches de la science médicale ont trouvé leur place. L’épreuve de nos traitements se fait aU lit des malades et nos pathogénésies prennent leur place légitime auprès de chaque médicament. Pas de meilleurs procédés pour écarter le particularisme étroit et détruire l’esprit sectaire, que cette concurrence légitime de toutes les méthodes, en l’absence de la pression des facultés officielles.

Dans un milieu si favorable, les hommes distingués, leS hommes d’initiative n’ont pas fait défaut. Nous avons déjà

parlé de Héring. Plus que quiconque, il a contribué à accroître le domaine de la matière médicale. Ses études sur les venins des serpents des tropiques sont de premier ordre. Sous sa direction, des médecins américains se constituant en groupes d’expérimentateurs ont effectué sur la matière médicale d’Hahnemann un travail de révision nécessaire pour vérifier la parole du maître, mais plus encore peut-être pour adapter le langage des premières pathogénésies avec celui de la science moderne ; car si la médecine possède un fond invariable, il n’est pas moins vrai qu il doit se modifier, se renouveler sans cesse au contact des autres sciences dans l’orbite desquelles elle est nécessairement entraînée. Hahnemann, pour son temps si habile chimiste, trouverait la chimie d’aujourd’hui bien différente de celle qu’il s’appliquait à vulgariser : autre est la physique, autre est l’histoire des animaux et des plantes, et bien plus modifiée encore la physiologie de l’homme si étroitement dépendante de ces progrès scientifiques.

Se plaçant au point de vue strictement médical,que n’y aurait-il pas à dire des changements survenus dans la description des maladies et l’analyse séméiotique des symptômes ?

L urgence donc était grande, tout en demeurant fidèle à l’idée qui a inspiré les études pathogénétiques d’Hahnemann, de les rendre directement abordables pour la médecine d’aujourd’hui.

Hering a trouvé des successeurs. Après lui sont arrivés Hempel, puis Allen. Ce dernier a publié une matière médicale en douze volumes, œuvre immense où l’on ne sait ce que l’on doit le plus apprécier, de l’abondance des matériaux accumulés ou de la conscience scrupuleuse de l’au-

teur. Chaque symptôme porte un numéro qui indique à quel expérimentateur il appartient.

Le travail du D'’ Allen est à peine terminé que déjà on s’occupe de le refondre en le perfectionnant. Un comité de médecins délégués par la société homœopathique d’Angleterre et par l’Institut américain s’est réuni pour exécuter l’œuvre nouvelle qui paraît sous ce titre : A Cyclopædia of drug pathogenesy (1).

Dans un mémoire sur la Matière médicale de ravenir, le Hayward (de Liverpool) attribue à là forme rebutante de l’ordre schématique des pathogénésies d’Hahnemann la rupture malheureuse qui s’est opérée entre l’ancienne école et une réforme qui était uniformément désirée. Aussi propose-t-il un plan qui apporte des perfectionnements à l’œuvre d’Allen et à la Cyclopœdia (2) .

Ce qui signale la médecine aux Etats-Unis, c’est dans toutes les branches un caractère universel d’application pratique. Nulle part la médecine et la chirurgie n’apparaissent plus unies dans un ensemble d’action utilitaire. On sait les innovations aussi heureuses que hardies de l’école médicale américaine dans les domaines de la gynécologie et delà chirurgie proprement dite, ses conquêtes rapides par la vulgarisation de l’anesthésie. De combien de procédés ingénieux ne lui est-on pas redevable?

Les médecins qui pratiquent l’homœopathie dans ce pays y sont plus nombreux qu’ailleurs et n’ont pas été moins entreprenants. Le traité des maladies des femmes du D’ Lud-

(1) La 12® livraison est en vente à Londres et à New-York.

(2) Ce mémoire a paru dans les Transactions ofthe 42' session Of the american instiiute of homœopathy. Philadelphia. Sherman, 1889.

lam, professeur au collège Hahnemaun, de Chicago, est un beau spécimen de ce que peut produire une science aussi habile par l’emploi des agents de la matière médicale qu’industrieuse dans la recherche des expédients de la chirurgie pratique. Les travaux du D'’ Tisdale Talbot, doyen de la Faculté de médecine de Boston, directeur de la Gazette médicale de la Nouvelle-Angleterre, ne méritent pas moins d’estime. Combien d’élèves ces deux maîtres n’ont-ils pas formés, qui, entrés dans la carrière, usent de la matière médicale avec la largeur de vue la plus féconde !

Quant à l’homœopathie dans les pays de langue française, nous avons assisté à ses débuts. L’impulsion donnée par mon père ne se ralentit pas, mais le centre d’action fut déplacé ; dix ans après sa mort la Bibliothèque cessa de paraître à Genève. Prirent sa place à Paris le Journal de la Société Gallicane et le Bulletin de la Société homœopathique de France. La clinique et les études pathogéniques n’y firent pas défaut, ces dernières cependant moins abondantes qu’en Allemagne ou aux Etats-Unis et conduites avec moins d’ensemble.

Notons avec distinction deux essais de systématisation de la matière médicale, l’un dû au D'' Espanet, l’autre au D’ Teste. Ces essais témoignent d’un travail qui s’est fait de bonne heure dans l’esprit de plusieurs médecins avec la pensée de grouper les médicaments en familles naturelles. Teste choisit vingt médicaments types autour desquels il rassemble les analogues. Chacun de ces vingt groupes représente une série de médicaments ou mieux encore d’ensembles symptomatiques produits des pathogénésies.

Hahnemann vint s’établir à Paris en 1835 ; il y devait passer les derniers jours de sa longue existence. Trop âgé

alors, trop étranger à la France pour exercer une action scientifique il ne pouvait que transmettre la tradition de son œuvre et la fixer ; il mourut en 1843.

En France des médecins distingués ont fait honneur à l’homœopathie. LesD” Pétroz et Léon Simon (1), Molin, Davet à Paris ; Dessaix et Rapou à Lyon ; Béchet à Avignon ont fourni de belles carrières. Ici comme à toutes les époques, nous voyons se produire des individualités. Une certaine originalité, un tact spécial, des facultés particulières pour acquérir l’autorité, des intuitions spontanées inattendues dans le choix des ressources thérapeutiques caractérisent ces médecins à l’ordinaire comblés par le succès. Les D” Emery à Lyon, Chargé à Marseille furent de ceux-là. Le professeur Récamier, il y a 60 ans, était à Paris un type fameux de ces personnalités brillantes. Ces individualités ont à l’ordinaire plus de génie que de méthode ; l’action continue est le trait habituel de leur physionomie ; par l’enseignement, par leurs écrits, elles transmettent peu de chose et l’on en demeure surpris.

Un événement qui n’était arrivé nulle part ailleurs devait se produire dans le milieu hahnemannien français. Douze à quinze médecins, la plupart simultanément sortis de l’internat, se déclarèrent pour la nouvelle thérapeutique. Ces nouveaux adhérents furent d’autant plus remarqués que plusieurs avaient paru avec distinction dans les con-

(1) Il a publié en 1838 des leçons sur l’homœopathie très intéressantes et bonnes encore à lire aujourd’hui.

cours pour l’agrégation et le Bureau central. Ils avaient été décidés par l’exemple d’un médecin des hôpitaux de Paris, le D' J.-Paul Tessier. C’était en l’année 1848 (1).

Tessier fut une des plus remarquables intelligences médicales de son temps. Elève privilégié de Dupuytren, sous l’inspiration de ce célèbre maître, il avait approfondi l’ensemble des branches de notre science, sans oublier son histoire ni ses traditions ; il en était pénétré avec une vigueur d’intuition et une ampleur de vues qui se rencontrent rarement.

Promptement il donna la mesure de sa force par la publication d’un mémoire sur la Diathèse purulente (1838) sujet alors très neuf et objet de vives controverses.

Par une synthèse hardie, l’auteur avait rassemblé sous ce nom des affections jusque-là disséminées. Le point de départ fut cette maladie à suppurations multiples qui, si souvent, complique fatalement les blessures et les opérations chirurgicales.Tessier établit son identité avec la fièvre puerpérale, un traumatisme d’un autre genre ; mais le trait de lumière fut de démontrer que la diathèse purulente peut se produire spontanément sans l’intervention d’un traumatisme quelconque, blessure ou accouchement.

Il est particulièrement à l’honneur de la médecine française au xix' siècle d’avoir en nosologie posé et résolu des questions de premier ordre. De Laënnec elle a accepté l’unité de la phthisie ; de Broussais celle de la fièvre typhoïde ; de Ricord celle de la syphilis ; comment s’estil fait que le même public médical ait résisté à la synthèse de la diathèse purulente et qu’après SO ans de controverse

(1) J.-P. Tessier né à Nonancourt, Eure, le 31 mars 1811 : mort à Paris le 16 mai 1862.

l’unité de cette maladie soit encore matière à discussion? Pour comprendre cette répulsion il faut se rendre compte du milieu doctrinal du temps (1).

A la fois savant dans son art, philosophe et lettré, comme tous les hommes adonnés au culte des idées et dans l’esprit desquels le combat des doctrines est toujours ouvert, Tessier aimait à se répandre par la conversation et par l’enseignement (2). Il ne tarda pas à voir se former autour de lui un groupe d’étudiants. Ils se réunissaient chaque semaine en conférence.

Là les questions médicales les plus diverses était abordées et discutées. C’est dans ces entretiens qu’il exposa pour la première fois le traité qu’il devait publier plus tard sous le titre d’Etudes de médecine générale.

Celui qui écrit ici,pendant plusieurs années a fait partie de cette conférence; c’est par son intermédiaire que les élèves de J.-P. Tessier ont eu la révélation de l’œuvre d’Hahnemann, voici dans quelles circonstances.

J’avais perdu mon père deux ans auparavant que d’entrer à l’école de médecine. Pendant mes quatre années d’internat, quoique peu préoccupé d’Hahnemann et de sa réforme, je m’étais toujours réservé d’en faire Tobjet d’un examen attentif. Je devais cette marque de

(1) Pour plus de développements, sur ce sujet de la diathèse purulente, je dois renvoyer aux mémoires suivants : De la fièvre ‘puerpérale, son identité avec la diathèse purulente, thèse 1846. De la diathèse purulente, mémoire publié par la Soc. méd. de Genève, 1853. Des formes de la diathèse purulente, 1863. Documents pour l’étude de la diathèse purulente, 1886. La fièvre de croissance, ses rapports avec la diathèse purulente, 1889. La myosite infectieuse, 1889 : par le Dr Edouard Dufresne.

(2) Des leçons cliniques à l’Hôtel-Dieu et des cours libres à l’Ecole pratique.

respect à la mémoire de mon père. Ma thèse de docteur passée, avant que de quitter Paris, au cours de mes derniers entretiens avec Tessier, je lui fis part de mon dessein, après l’avoir informé en détail touchant mes antécédents. En prenant congé, je lui laissai un recueil des principaux mémoires de mon père avec un exemplaire de VOrganon. Loin de me détourner de mon projet, Tessier en approuva les motifs, en disant qu’il ferait un sérieux examen des documents dont je venais de le munir.

Voici ce qu’il m’écrivait après quelques mois d’attente.

« Vous savez l’impression produite sur moi par la lec- « ture de l’Organon. J’y voyais tout d’abord un mélange « d’absurdités et d’idées remarquables qui ne me laissait « pas tranquille ; enfin j’ai pris le parti d’étudier à fond « cette doctrine et c’est ce que je fais.Nous ne sommes pas « assez riches en thérapeutique pour négliger ce qui se « présente, même sous une forme désagréable. Je ne suis « pas encore fort avancé, néanmoins il résulte de mespre- « mières recherches que les substances médicamenteuses « divisées à l’infini conservent des propriétés remar- « quables ; ce fait suivant moi domine toute la question. « En effet s’il n’y avait pas d’action appréciable, il serait « inutile d’aller plus loin. J’expérimente en me confor- « mant autant que je le puis aux règles tracées par Hahne- <t mann. Il me semble que l’on ne saurait mettre trop de « bonne foi dans ces difficiles études. Je vais continuer «• à constater purement et simplement des actions jus- « qu’à la fin de Tannée, ensuite je m’occuperai avec soin « du rapport des actions avec les indications. C’est un ^ travail de quelques années que j’entreprends.

<t Quant aux théories hahnemanniennes sur la psore,

« sur la non existence des maladies, ce sont ou des for-

« mules fausses ou des non sens, par conséquent un « homme sensé ne peut pas être homœopathe, mais un « médecin très sensé n’a pas le droit de négliger l’étude « d’agents thérapeutiques nombreux devant laperspec- « tive d’en enrichir la médecine pratique. »

Il nous plaît de produire ici cette première impression, cardans sa spontanéité elle contient en germe le jugement définitif que Tessier devait porter sur Hahnemann.

La lecture de l’Organon avait donc été déterminante. Les membres de la conférence ne tardèrent pas à être mis dans la confidence et à s’associer à cette évolution de celui qui était leur maître et leur ami, si bien qu’après deux années tous y avaient adhéré,même ceux qui étaient fixés hors de Paris.

Mais il n’en devait pas être du mouvement de conveiv sion de Tessier et de ses élèves vers Hahnemann comme de l’avènement successif des médecins qui les avaient précédés. L’application pratique de Fhomœopathie ne devait pas rester leur préoccupation exclusive et la marque distinctive de leur personnalité médicale. S’ils tenaient en grande considération la révolution inaugurée par Hahnemann sur le domaine de la matière médicale, d’autre part leur école était trop dogmatique, elle avait une conception ti’op étendue de la science pour se résoudre à confiner la médecine entière dans la thérapeutique.

Il n^y avait là que des nuances ; encore qu’assez marquées, elles n’empêchèrent pas que les rapports les meilleurs ne s’établissent entre les nouveaux venus et les médecins qui les avaient précédés dans la pratique de l’homœopathieàParis. Le journal de la Société Gallicane avait accepté leur concours, si bien que Tessier y publia ses Etudes de médecine générale.

Cependant nos amis ne tardèrent pas à éprouver le besoin de créer un instrument de publicité plus directement placé sous leur influence, où ils pourraient donner libre cours à leurs impulsions doctrinales et cultiver toutes les branches de la science, tout en demeurant fidèles à leurs convictions nouvelles.

Telle fut l’origine de Y Art médical que Tessier et ses élèves fondèrent en 1853.

Quelle doit être la place légitime de rhomæopathie en médecine. Les rédacteurs de l’Art Médical avaient hâte de s’expliquer sur ce point. On peut croire que certains dissentiments s’étaient manifestés entre les nouveaux venus et les confrères qui les avaient précédés. L’article est de J.-P. Tessier. Il y fut la voix même du bon sens autorisé par la science. S’il revendique les droits de la constitution traditionnelle de la médecine, il n’élève pas une voix, moins décisive en faveur des services rendus par l’œuvre d’Hahnemann. La médecine traditionnelle ne saurait être toute erreur, pas plus que l’homœopathie ne saurait être toute la vérité. Cependant l’ancienne médecine renferme la vérité dans son ensemble ; c’est là qu’est notre patrimoine, et il doit être tenu en haute estime.

Même dans le domaine thérapeutique,il s’en faut que tout soit à blâmer dans l’héritage qui nous a été transmis. C’est là cependant le point vulnérable ; sur ce terrain de la pratique et de l’application, c’était le règne de l’hypothèse et de l’arbitraire ; que l’on veuille bien relire ce qu’en pensait Bichat. Hahnemann a opposé la direction d’un principe rationnel.

Sa doctrine comprend : 1" une méthode à suivre pour connaître les effets des médicaments sur l’homme sain ; 2“ l’art de poser les indications et de les remplir, c’està-dire l’art d’adapter le remède à la maladie : les pathogénésies et la loi de similitude. Avoir établi ce rapport, c’était une découverte de génie. La thérapeutique avait trouvé une base, un principe directeur.

Très attachée à la tradition, l’école de l'Art médical devait tenir à mettre en évidence les liens qui rattachent la méthode d’Hahnemannau patrimoine des vérités transmises. Elle ne consentait pas à y voir une simple collection de procédés empiriques issus spontanément d’une conception imaginative. Aussi bien était-elle incitée à ces recherches par le maître lui-même; mais Hahnemann, d’une érudition si abondante alors qu’il s’agissait des origines de la matière médicale, s’était montré singulièrement sobre de renseignements touchant les sources où il avait puisé l’idée de construire son système.

Dans son énumération si curieuse des guérisons homœopathiques dues au hasard, il cite Hippocrate guérissant le choléra morbus par le veratrum, Stôrck opposant le strammonium au délire des maniaques ; il termine par le célèbre passage de Stahl : « La règle admise en médecine « de traiter les maladies par des remèdes contraires ou « opposés aux effets qu’elles produisent est complètement « fausse et absurde. Je suis au contraire persuadé que les « maladies cèdent aux agents qui déterminent une affec- « tion semblable. »

C’était trop peu. Il en est de l’homœopathie comme de toutes les découvertes ; des signes précurseurs la signalent et la font pressentir. Avant que Hahnemann formule son système, la thérapeutique traverse une

Dufresne. 7

période de transformation: tout un siècle s’y emploie. Le D Fredault dans ses savantes études sur nos traditions (1) a mis en évidence cette évolution qui, dès le début du xviii® siècle, se manifeste dans la thérapeutique.

Ce sont des maîtres tels que Van Helmont, Baqlivi, Stahl, Bordeu, Haller, Boerhaave qui l’opèrent pour aboutir a Jenner et à J. Hunter.

Le galénisme frappé de stérilité tombe en discrédit. Par 1 etude des poisons, l’expérimentation s’introduit en

(1) Æstoti-e de la médecine, étude sur nos traditions, 2 in-S» Pans, 1870 Le Dr Prédault, l’esprit le plus philosophique du’ groupe de 1 Art médical, a publié de nombreux écrits. Outre les mudes sur nos traditions on a de lui :

VAnthropo^ie physiologique et philosophique, untz-aité de la science de 1 homme, considéré dans son unité, dans sa nature, dans 1 ensemble des relations qui enchaînent tout ce qui se passe en lui. G est la physiologie telle que l’ont réalisée les recherches les plus modernes, mais développée sous la dépendance du lien philosophique de la définition thomiste, l’âme est la forme du corps, pour nous inséparable de toute science vraie F™ e, Mi*.., une discussion de haute phiiosophio suc 1 union suhstantielle de l'àme et du corps elle rôle des élémenls materiels dans le composé humain.

Un Essai sur les passions et d’autres études métaphysiques Cela nempeche pas notre confrère de paraître avec avantage sur le domaine pratique de l’anatomie pathologique et de a noso^aphie. Ses études sur les Hémorrhoïdes, l'Endocardite sur Formation du pus et de la cellule cancéreuse sont d’un investigateur très exercé.

Dans ses cliniques à l’hôpital Saint-Jacques, le Dr Prédault donne volontiers carrière à son inclination vers la patholorie generale. Parmi celles publiées en 1886, des conférences sur

mentent d etre distinguées.

thérapeutique. Les remèdes ne sont plus opposés brutalement pour détruire une cause hypothétique. Ils arrivent à être considérés comme des modificateurs des fonctions. Baglivi proclame qile le médecin doit savoir beaucoup, agir peu, solliciter lanature et ne pas l’écrasér; Stôrck administre ses poisons à doses atténuées et les transforme en médicaments.

Pour résumer ce mouvement il manquait, dit le D* Frédault, une doctrine générale de l’indication. Lathéoriédù simile devait la donner. Déjà formulée par Van Helrnont et Stahl, la loi de similitude se précise dans J. Hünter ; elle ne devait apparaître définitivement dégagée et trouver sa complète éclosion que chez Hahnemann.

John Hunter est une des plus expressives manifestations du vitalisme dans une intelligence médicale. Une conviction aussi énergique étonne au premier abord chez Cet écossais chirurgien plutôt anatomiste que médecin lettré, mais telle est la vivacité du sentiment qui l’anime qu’elTê éclate dans tout ce qu’il écrit. A l’égard des maladies, Hunter est essentialiste d’instinct ; personne n’a plus positivement professé la doctrine des prédispositions morbides.

Quant à la thérapeutique, il est aussi près que possible de la loi de similitude. Ami de Jenner et partisan enthousiaste de l’inoculation, très frappé de Fincompatibilité signalée entre le cowpoæ et la variole humaine,if ne l’est pas moins de l’immunité conférée par la substitution d’une affection à l’autre. Bientôt, dans son traité de la syphilis, il généralise son observation et déclare que deux maladies ne peuvent occuper la même constitution et les mêmes parties. Appliquant son idée à la thérapeutique il écrit que le mercure guérit la syphilis d ’après la loi des incom-

patibilités et par le lait même qu’il provoque la venue d’une action différente par sa nature de l’acte morbide : une sorte de maladie médicamenteuse, le termey est. Les mêmes idées se manifestent à chaque instant dans les leçons sur les Principes de la chirurgie. Nous voyons poindre ici ces question de virus, de poisons morbides, d’atténuations médicamenteuses, de vaccins préventifs qui tiennent une si grande place dans la thérapeutique et la prophylaxie d aujourd hui. Hunter apparaît tout pénétré des rapports de la loi de similitude : Hahnemann n’aura plus qu’à lui donner sa formule définitive en exposant la convenance de l’étude des médicaments sur l’homme sain.

Décidé à maintenir un juste équilibre dans l’étude de toutes les branches de la médecine, VArl Médical devait

attribuer une part sérieuse à la nosographie; Tessier qui, à son endroit, avait donné la mesure de son talent par la constitution de la diathèse purulente, avait conçu le dessein d’une nosographie complète. Sa mort (1862) entrava ce projet. Quelques monographies de ses élèves qui ont été publiées (1) témoignent de l’esprit et de la méthode qui auraient inspiré l’œuvre complète.

Dans son Traité de médecine pratique le D" Jousset afort heureusement conservé les grandes lignes de l’œuvre de lessier. Les descriptions des maladies sont brèves, comme il convient au but qu’il se ])ropose ; le sentiment profond que possède l’auteur de la notion de l’espèce morbide communique à ses tableaux symptomatiques une valeur de précision remarquable. Pour la première fois les maladies se trouvent ici présentées avec une description

(1) La scrofule, par le D’’ Milcent.

La syphilis, ses formes, son unité, par le D" Jules Davasse.

de leurs formes. Cette circonstance donne au traité un caractère de nouveauté que ne méconnaîtront pas les juges experts. Les mêmes apprécieront aussi pour le pronostic et la séméiotique les avantages de ce mode d’exposition, avantages plus réels encore, alors que l’on arrive à fixer les indications. Quand il veut conclure sur les résultats des traitements prescrits, comment le médecin peut-il se flatter d’ètre sérieux, s’il ne tient pas compte de cet élément des formes? combien de statistiques demeurent sans valeur pour l’avoir ignoré ?

Ce traité est au courant de tous les progrès modernes ; en outre, l’homme de l’art s’y trouve informé de toutes les ressources que lui offre l’homœopathie.

Un autre essai de vulgarisation a été tenté par le D’’ Jousset. C’est un traité élémentaire de matière médicale. Ce résumé des pathogénésies d’Hahnemann et de ses successeurs, à l’exemple des travaux de ce genre, anglais et allemands, a été effectué en société avec des collaborateurs (1). S’y trouvent réunis des documents empruntés aux toxicologistes, ainsi que des études physiologiques sur l’action de plusieurs substances faites en dehors de notre école. Si le travail du Jousset ne fait oublier ni le manuel de Jahr, ni les répertoires de Bahr, de Hering et de Hughes il réalise des mérites particuliers qui le feront préférer par plusieurs.

C’est dans la collection des 70 volumes de VArt Médica l qu’il faut suivre le travail de ses rédacteurs. On trouvera dans les cliniques de l’hôpital Saint-Jacques une mine d’observations du plus haut intérêt. Toujours animés du

fl) Les D''* Bon, Claude, Gabalda, Guérin-Menneville, Marc Joirsset, Piedvache et Paul Tessier ûls sous la direction du D'' Jousset père.

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avait réduit à néant l’emploi des médicaments ; la coutume traditionnelle protégeait encore quelques vieux remèdes et d’antiques formules. Seule la saignée et ses abus restaient debout.

Aujourd’hui, à 40 ou SO ans de distance, avec quel luxe la table thérapeutique des malades n’est-elle pas servie ! Ce n’est pas de l’abondance, mais proprement du tumulte; la confusion n’est pas loin.

Des causes diverses ont amené cette révolution. D’abord rhomœopathie elle-même : en dépit de la conspiration du silence et des dédains affectés, elle n’avait pas été sans produire quelque sensation. Piqués au vif, les médecins auxquels on reprochait leur indigence se reprirent à donner des remèdes ; l’astre de Broussais pâlissait ; le bouillant novateur disparu, les statisticiens s’employaient à dresser l’inventaire de ses dépouilles, s’appliquant gravement à y glaner quelques résultats pour se les approprier.

Sur un terrain si parfaitement stérilisé, le professeur Trousseau apparut presque comme un homme nouveau. Il remit adroitement en lumière la matière médicale délaissée, voire même il consacra à l’exposition de la méthode d’Hahnemann une de ses leçons, affectant de la désigner sous le terme de^ [médecine substitutive. Dissimuler ainsi sous un jeu de mots le véritable état de la question, n’était-ce pas un acte de médiocre probité ?

Il faut placer à ce moment les débuts de Claude Bernard. On sait les expériences du célèbre professeur sur l’action du curare et d’autres substances toxiques. Entreprises sur les animaux dans un but exclusivement physiologique, la pensée médicale n’y apparaît guère ; elles n’avaient assurément pas pour but de contrôler les pathogénésies d’Hahnemann : rien n’est moins semblable à des

provùigs américains. Elles n’en sont pas moins une date pour l’histoire de la matière médicale expérimentale, car dès lors paraissent des séries d’investigations analogues, que vous voyez figurer dans les répertoires récents de toxicologie et de matière médicale.

Dans cette atmosphère nouvelle, l’homœopathie poursuivait sa carrière. Si dans le chapitre précédent nous avons insisté sur le groupe de l’Ar^ Médical, ce n’était pas seulement dans le hut de faire acte d’adhésion à une ligne doctrinale. Il était dans notre droit de mettre en évidence la part d’action exercée par ses rédacteurs, car si modestes que fussent leurs espérances, elles ont été justifiées. Cette preuve d’influence a été double.

A l’école officielle, ils ont manifesté qu’encore bien que résolus — usant de leur liberté complète — à suivre sur le terrain thérapeutique une ligne particulière, pour autant ils demeuraient attachés à la médecine traditionnelle. En agissant de la sorte ils estimaient n’avoir point démérité de la science.

D’autre part un grand nombre de médecins qui avaient adopté l’homœopathie dans un hut exclusivement pratique étaient tentés de ne vouloir connaître aucune autre thérapeutique en dehors des doses infinitésimales et de la stricte observance de la loi de similitude.

L’Art Médical n’a pas voulu de cette attitude séparée ; il n’a cessé de revendiquer la faculté de prescrire les médicaments à toutes les doses (1). La possession de cette échelle de graduation des doses, n’est-ce pas, après tout, avec laloi de similitude et l’étude desremèdes sur l’homme sain, la meilleure part des conquêtes d’Hahncmann?

(1) Voir sur ce sujet uii iiuporUinl travail du D''Hughes sur les doses d’Hahnemannftrad. du D''Claude), Ari Médical, 1884.

Aussi bien la cause est-elle gagnée : pas plus en Europe qu’en Amérique il ne s’élève aujoud’hui de contradicteurs à la liberté de \omni dosi.

Ici se présente la médication palliative. Il faut bien lui faire place, car de plus en plus elle met le médecin en demeure de réclamer cette liberté des doses.

Quand l’bomme de l’art ne peut guérir, il doit soulager.

11 y a un élément de la maladie qu’il faut avant tout supprimer, s’il se peut:- c’est la douleur. Il doit donc prendre parti touchant les remèdes palliatifs ; aussi bien depuis tantôt un quart de siècle la chimie les a prodigieusement multipliés.

Longtemps limitée à l’opium et à la morphine, la médication de la douleur possède aujourd’hui des ressources très étendues. Comment méconnaître les éminents services de l’éther, du chloroforme et des anesthésiques ; ceux rendus par le chloral, les bromures, l’antipyrine, etc.

La méthode hypodermique, ce mode d’atténuation des forces médicamenteuses dérivé delà vaccine, est devenue un des instruments assidus de la médication palliative. Elle n’est pas limitée aux piqûres de morphine, car elle a fait accepter à l’économie par ce procédé d’insinuation, une foule de suîTstances qui ont souvent un tout autre but que celui de combattre la douleur. Les inoculations préventives opposées par Pasteur au charbon et à la rage ont singulièrement accru la popularité de la méthode hypodermique.

Le devoir du médecin est donc d’avoir recours aux

palliatifs, dès que l’indication se présente, prescrits aux doses et suivant les procédés commandés par l’expérience.

Mais cette prompte efficacité des palliatifs impose de sérieux devoirs : malades et médecins sont tentés d’en abuser. Pour tous deux, par la force de l’habitude, ces remèdes risquent de devenir un danger,’ disons plus, une tyrannie. Trop souvent alors les médecins ont affaire à des intoxiqués plutôt qu’à des malades. N'insistons pas, car ce n est pas ici notre intention d’introduire le procès des bromures, du chloroforme, de la morphine, combinés ou non avec l’alcoolisme ou l’abus du tabac.

Ces histoires médicamenteuses, véritables pathogénésies accidentelles, résultats de l’abus, n’ont pas été sans profit pour la science : soumis aux atténuations hahnemanniennes, des médicaments réputés simplement palliatifs ont révélé des actions nouvelles, des vertus différentes.

Le Haie (de Chicago) a publié cette année même (dans The North atnevican Journal of homŒopathy^ une étude sur le chloroforme soumis aux atténuations homœopathiques. Les effets obtenus par les basses dilutions sont curieux à constater.

Sous le titre New remedies. Haie a publié une série de recherches palhogénétiques sur les médicaments nouveaux et leurs applications thérapeutiques.

Le plus ancien et le plus héroïque des palliatifs, l’opium, a été le sujet d’une des plus instructives pathogénésies d Hahnemann. Il a révélé, il y a tout à l’heure quatre-vingts ans, que l’opium n’est pas seulement un calmant de la douleur, qu’il peut en outre être opposé avec succès.à certaines congestions cérébrales, à l’apoplexie et au coma des fièvres continues.

Les indications modernes de la caféine ont été près-

— lOT —

senties soixante ans avant l’extraction de ce médicament. Dms la pathogénésie du calé publiée par Hahnemann et Stapl, non seulement il est dit que l’usage prolonge du café détermine des palpitations de cœur spéciales, mais

qu’il porte à l’insomnie, à des douleurs dentaires, ainsi qu’à une série d’états nerveux.

De même les pathogénésies avaient averti les médecins de prémunir leurs cardiaques contre l’usage du tabac.

C'était donc faire chose utile que de soumettre a l’échelle de graduation des doses les médicaments palliatifs. Par ces expériences il a été constitué un territoire mixte ; changeant de rôle, ces substances ont parfois révélé des actions différentes souvent opposées a celles que la tradition leur avait attribuées.

Ce chapitre pourrait avoir pour titre : De l’action de la thérapeutique d’Hahnemann sur la médecine officielle, ou, pour mieux dire : De la pénétration des médicaments et des procédés de l’homœopathie dans le grand courant

médical. ,

C’est n’apprendre rien à personne que de dire que procédés de la thérapeutique ont complètement change depuis trente à quarante ans. . .-n

Le retour à d’anciens remèdes délaissés, la simplification des formules, l’atténuation des doses, l’usage de prescrire les substances isolées, la coutume d’administrer les principes actifs des plantes sous la forme d’extraits alcooliques, tout cela était relativement nouveau en thérapeutique. De 1840 à 1850, le professeur Trousseau fut, en France, le promoteur de cette évolution.

Dans ses cours, comme historien des remèdes contenus dans la matière médicale, il se complut à en remettre plusieurs en évidence, tels que la belladone, le strammonium, la grande ciguë, etc., toutefois, sans indiquer la source où il puisait les motifs d’ériger une renommée nouvelle à des substances que les contemporains avaient parfaitement oubliées. Trousseau s’inspire visiblement des travaux d’Hahnemann. Il a sous les yeux le chapitre sur les guérisons procurées par la loi de similitude, dues au hasard— il ne l’ignore pp.s, il ne le cite pas davantage; pas plus qu’il ne révèle les applications récentes de ces anciens témoins de la matière médicale qu’il recueille dans les travaux d’Hahnemann et de ses élèves.

En conscience, au commencement du siècle, avant 4850, qu’étaient à l’usage des médecins de ces générations, l’aconit, la belladone, l’arnica, la jusquiame, la cantharide et bien d’autres substances? Pour se convaincre et fixer les dates, que l’on ouvre Vapparatus medicaminim de Murray, ce codex de la médecine savante pour l’Europe entière depuis le xv!!!® siècle ; dans le même but et particulièrement pour la France, que l’on consulte Schwigué. Qui oserait établir une comparaison entre ce qu’était l’aconit en 1850 et ce qu'il est aujourd’hui ])our les médecins de toutes les écoles : antiphlogistique, antithermique, antinévralgique, calmant du pouls et ducœur? qui savait tout cela avant Hahnemann ?

De la belladone on connaissait quelques vertus sédatives. des indications tirées de son action sur les fibres musculaires et la dilatation de la pupille. Pourquoi taire son introduction, toute à la louange de la loi de similitude, dans le traitement des névralgies sous la dépendance des hémorrhoïdes et de la circulation vaso-motrice ;

dans la scarlatine ; dans les maladies des yeux en dehors de l’action mécanique sur la pupille; son interventaon si efficace, surtout combinée avec le mercure, dans les aneines, depuis les plus bénignes jusqu’aux plus graves , son action bienfaisante dans le délire fébrile, dans les

affections cérébrales et l’apoplexie. ^

Une revue tout aussi intéressante pourrait etre fai e pour l’arnica, la jusquiame, l’arsenic, la pulsatille. Ces faits, et combien d’autres, étaient connus alors que Trousseau inaugura la polémique du dénigrement a outrance a l’égard des travaux d’Hahuemann ; s’il est à citer ici plutôt que tant d’autres, c’est qu’il parlait du haut de sa chaire de professeur et que sa parole avait crédit pour répandre une coutume détestable, celle de passer sous silence le travail d’autrui. Parler de la sorte, c’était dire aux élèves et à la foule des médecins : « Vous pouvez tout vous permettre à l’endroit de cette doctrine », et l’on n y

a pas manqué. ,

Les indications nouvelles tirées des pathogenesies delà belladone et de l’aconit par les médecins homœopathes avaient été jugées de bonne prise. La même pratique fut mise en œuvre pour s’emparer d’autres médicaments; ceux-là, absolument nouveaux, n’avaient rien à prétendre des attaches traditionnelles; ces acquisitions étaient toutes à l’actif de l’expérimentation d’Hahnemanii. C’est ainsi que l’on a vu paraître dans les périodiques des observations sur l’emploi de la cochenille et du drosera dans la coqueluche, du thuya dans les tics ; sur l’action curative de la pulsatille dans l’orchite blennorrbagique, de la cantharide dans la pleurésie, de la nitroglycérine (glonoïiie) contre certaines névralgies. Puis vint le tour de la bryone, de l’hydrastis, de l’hamamelis, ces deux derniers conquêtes de nos confrères d’Amérique.

L indication de ces me'dicaments a été prise dans des observations recueillies par des médecins homœopathes.

Trêve à ces récriminations, aussi bien fort inutiles. Essayons plutôt de mettre en évidence les progrès effectués dans l’administration de quelques médicaments importants sous 1 influence de la méthode d’Hahnemann. Prenons fout d’abord le fer.

Dans le traité de Trousseau, la monographie du fer est assurément une des meilleures. Abordant l’étude de la chlorose, il expose avec son tact médical exercé les indications et les contre-indications du fer dans cette maladie : mais procédez à l’étude de ce même médicament en présence de la loi de similitude, combien ne verrez-vous pas les indications acquérir de sûreté et de précision ?

Le fer guérit la chlorose parce qu’il la produit. Il la guérit surtout alors que le médecin a saisi l’indicalion positive. L’usage du fer prolongé et pris à petites doses engendre 1 anémie ; ce fait a été constaté par l’expérience ; il a été observé chez les populations qui habitent auprès des sources minérales ferrugineuses. Le fer, administré à fortes doses, détermine la pléthore et les hémorrhagies, voilà ce qu’apprennent les pathogénésies. Voilà une source d indications précises pour traiter les différentes variétés de chlorose. Il y a des chloroses que le fer ne guérit pas et qui sont touchées par d’autres médicaments. L’ignatia, la noix vomique, l’arsenic ont guéri beaucoup de chloroses qui avaient résisté au fer (1).

Avec ces notations précises et rationnelles, nous voilà loin des banalités sur le fer tonique, sur le fer reconstituant le sang par action chimique et transformant les

(1) Voir les leçons cliniques du Jousset, année 1888, où il a traité ce sujet avec les plus heureux développements.

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produit d’eMelIents effets dans l’érysipèle malin. Cette action a pu être ramenée après coup sous la loi de similitude, et il nous paraît bien étrange d’entendre dire par le professeur Jaccoud que le délire dans l’érysipèle serait produit par l’anémie cérébrale. Le vin de quinquina guérirait l’érysipèle en détruisant l’anémie.

11 y aurait encore bien d’autres choses à dire sur le quinquina considéré comme antiseptique, sur ses applications au traitement du rhumatisme et de certaines névralgies.

Si l’on peut proclamer après l’étude du quinquina qu’il a été le triomphe de la loi de similitude et qu’il a été d’action de premier ordre pour confirmer l’école d’Hahnemann dans la poursuite des pathogénésies, par contre l’arsenic, un médicament bien héroïque aussi, est grandement redevable aux travaux de notre école.

A partir d’Hahnemann, en passant par Imbert-Gourbeyre, jusqu’aux provings d’Allen et des Américains, les médecins homceopathes n’ont cessé de travailler l’histoire pathogénétique si considérable et si intéressante de l’arsenic. Encore un médicament que l’école thérapeutique officielle voudrait réduire au simple rôle de reconstituant tonique et d’antimicrohien parasiticide.

Il nous plaît davantage de dire que les médecins homœopathes, qui ont confirmé les anciennes applications empiriques de l’arsenic en les ramenant à la loi de similitude, ont rendu un éminent service à la science ; notre reconnaissance grandit encore en considérant les acquisitions récentes dues à la même loi. Ils ont précisé les indications de l’arsenic dans les maladies de la peau ; ils ont fait de même pour l’asthme, pour les diarrhées, pour la fièvre typhoïde. Les mêmes ont réglé le traitement de cer-

taines fièvres intermittèntes que le quinquina ne guérit pas et que l’arsenic guérit.

N’oublions pas, pour compléter ce que nous disions tout à l’heure de la chlorose, que l’arsenic s’adresse très directement à la forme ménorrhagique de cette maladie que le fer aggrave et ne soulage point.

En 1841, j’étais élève externe à la Charité de Pans, dans le service du D’Fouquier. Ce professeur de clinique faisait, comme on disait alors, un peu de matière médicale ; en particulier, il prescrivait, suivant une formule à lui, la noix vomique dans ces cas de paraplégie et d’affections de la moelle où la médecine contemporaine a institué tant de distinctions utiles et ingénieuses.

L’on venait dans ses salles pour constater l’effet de la noix vomique. Il était porté jusqu’à la raideur des membres et aux secousses tétaniques. C’était alors tout ce que l’on savait de cet admirable médicament. Si l’on considère aujourd’hui la place considérable qu’il occupe, on ne saurait qu’être frappé de l’importance qu’il a acquise sous l’influence des pathogénésies. Le rôle de la noix vomique n’est plus limité à son action sur la moelle, sa sphère d action s’est étendue à toutes les maladies où l’intervention du système nerveux se combine avec celle de la circulation sanguine. Efficace dans les congestions cérébrales, dans l’apoplexie, dans les névralgies intermittentes, la noix vomique convient aux affections nerveuses de l’estomac et des intestins, avant tout à celles qui sont sous la dépendance des hémorrhoïdes, du foie et de la circulation vasomotrice de l’abdomen. C’est par les doses infinitésimales que ces actions sur le cerveau et les organes alimentaires ont été révélées. Ici, l’école d’Hahnemann a opéré de véritables conquêtes.

Dufresne. ®

Telle est la sphèré d’action si complexe de la noix vomique, dans laquelle il ne faut pas oublier de comprendre des cas de fièvre intermittente rebelle au quinquina et à l’arsenic.

C’est encore là un me'dicament que l’on voudrait banalement ranger parmi les excitateurs névrostbéniques. Eh bien, il n’y en a pas qui échappe plus péremptoirement à tout essai de classification. Rien de plus individuel, de plus spécial, de plus sui generis que la noix vomique, comme aussi rien de plus étendu et de plus multiplié que sa portée pathogénétique, si ce n’est celle de ses applications cliniques.

Il serait sans utilité de prolonger ce travail de démonstration. Les exposés que l’on vient de lire suffisent, assurément, pour porter témoignage et du mouvement considérable de la thérapeutique en général et de la part non moins prépondérante qu’occupe dans cette période d’activité l’école d’Hahnemann ; sa présence se fait sentir non seulement par le choix nouveau des remèdes, par la posologie variée et graduée, par la multiplicité des indications, mais encore par des aperçus qui lui appartiennent en propre sur des phénomènes de circulation san-guine et d’action réciproque des vaisseaux sur l’appareil nerveux par le système vasomoteur. L’étude des médicaments sur l’homme sain n’a donc pas servi seulement à informer le médecin touchant la valeur, la puissance et les modes d’action des agents avec lesquels il entre en contact avec l’organisme; il y a là une somme de connaissances collatérales acquises et d’intuitions nouvelles qui ne sauraient manquer de faire leur chemin.

Ce mouvement de pénétration de l’école d’Hahnemann dans la médecine officielle, il s’opère ; il s’accomplira de

plus en plus, la trace en est sensible. Tout à l’heure nous en avons présenté les indices.

Subsiste encore et toujours la question des doses. C’est sur elle qu’insiste sans trêve l’effort de la polémique. Ceci est affaire d’expérience. L’homœopathie présente à son apport cent années d’épreuves cliniques ; c’est déjà quelque chose, nous l’osons croire. Les médecins se familiarisent de plus en plus avec les petites doses ; les atténuations de Pasteur ÿ disposent les esprits ; ses vaccinations mettent en évidence des actions opérées par des agents de transmission sur lesquels l’analyse chimique n’a rien à prétendre, non plus que les bactéries.

De là aux divisions de la matière opérées par les triturations et les dilutions homœopathiques, il n’y a qu’un pas, ou plutôt le pas est franchi. Il n’y a plus à faire autre chose qu’à accepter la voie de l’expérience.

Enfin, par une induction qui s’impose, il faut bien arriver à dire qu’à vouloir pénétrer les vertus des plantes et des remèdes et les expliquer, on perd son temps et sa peine, car ce sont là des qualités essentielles inhérentes à la nature de la substance. Le médecin ne comprend pas davantage rationnellement l’action d’une dose massive de sulfate de quinine que celle d’une goutte de la sixième dilution de quinquina. Ce sont là des faits à constater. Encore un coup, l’expérience reste le seul juge.

Aujourd’hui, vers ce siècle finissant, comme aussi bien à toutes les époques de l’histoire de la médecine, touchant la thérapeutique, il faut constater une lutte, ou pour mieux dire un partage des esprits entre deux tendances opposées.

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Il y a la thérapeutique étiologique, celle qui, pour la détruire, prétend s’attaquer à la cause même de la maladie. Quelques médecins ont appelé conjecturale cette thérapeutique instituée contre une cause qui n’est après tout et toujours qu’une hypothèse. De ces systèmes étiologiques suscités en nombre si considérable, la théorie galénique des quatre humeurs a été la plus dominante. Encore bien que délaissée à cette heure, il en persiste un vestige tenace, la médecine évacuante, laquelle survit à la plupart des systèmes, ou plutôt qui s’accommode à tous. Ne voyonsnous pas les théories microbiennes la rajeunir et se prendre à lui refaire une popularité d’occasion ?

Quoi de plus simple, en effet, et de plus immédiatement satisfaisant, paraît-il, pour la multitude, que cette conception imaginative de la médecine évacuante? conjurer les efforts du médecin et du malade,contre ces humeurs déséquilibrées, contre ce parasite qui a fait effraction dans l’organisme ?

Ceci soit dit sans prétendre porter des conclusions sur les questions de savoir si les microbes sont proprement et d’emblée des causes instrumentales venant du dehors et si leur intervention est nécessaire ; s’ils ne sont pas plutôt des résultats pour l’anatomie pathologique ; s’ils ne prennent pas toute leur valeur dans la prédisposition définie de l’individu ; enfin si le terrain sur lequel ils doivent évoluer ne doit pas à l’avance être apte à les recevoir.

Traiter ici ces questions, ce serait introduire des chapitres entiers de pathologie générale, ce qui n’est point à faire ; toutefois il était dans les convenances de notre sujet d’en indiquer les limites et d’en pressentir les horizons.

Mais l’antisepsie ? Les antiseptiques sont des agents pré-

ventes ; ils empêchent la prolifération des microbes; ils les détruisent en stérilisant les atmosphères méphitiques ; ils les poursuivent avec succès dans les plaies ouvertes. Tout est à louer ici ; mais ces actions prophylactiques sont affaire d’hygiène. Les agents antiseptiques ne sont pas à proprement parler des remèdes (l).

La thérapeutique étiologique triomphe plus directement par les bienfaits des inoculations préventives, car conférer l’immunité à l’égard d’une maladie, n’est-ce pas réprimer une des prédispositions de l’organisme à la contracter? Quand l’immunité (ce qui est vraisemblable) serait exclusivement réservée pour les maladies que 1 homme ne peut avoir qu’une seule fois, comme la typhoïde, la variole, la scarlatine, elle seràit déjà un bienfait inappréciable. Mais c’est encore là de la prophylaxie.

Il y a en second lieu la thérapeutique positive.

C’est leD-^Dessaix, de Lyon, qui, le premier, dans un de ses opuscules (1843), se servit des termes de médecine et de thérapeutique positive pour caractériser la méthode d’Hahnemann. Sa pensée était celle-ci, que par la théorie du simile, par l’équation instituée entre le médicament et la maladie, il se produit dans l’esprit du médecin un jugement qui pèse les deux termes du problème. Le choix du remède désormais établi sur des données scientifiques positives, n’est plus livré aux hasards de l’empirisme ou à l’antagonisme systématique du contraria contrariis.

(1) Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne puissent être prescrits comme médicaments. Ainsi le sublimé, un des meilleurs antiseptiques, est opposé avec succès à la dyssenterie. Cette indication posée par la loi de similitude s’est trouvée confirmée par les diarrhées fréquentes provoquées par le sublimé employé sans ménagements comme antiseptique.

Cette définition devait rallier les partisans de l’école nouvelle.

Il est certain que la tendance vers la loi de similitude exprime un des côtés de la tradition, et que les médecins homœopathes peuvent s’autoriser d’une série de nos vieux maîtres. Van Helmont, Stahl et Hunter furent de ceux-là. Ce mouvement aboutit à Hahnemann, qui le résume avec éclat dans la loi de similitude. Tout le travail fructueux qui s’est accompli en thérapeutique et en pharmacodynamie depuis cent ans,de quelquepart qu’il vienne, se rattache à cette impulsion donnée par Hahnemann. A voir les matériaux d’étude accumulés par ses disciples, il n’est pas à croire qu’il soit près de finir. Les données positives réclamées par l’usage du simile sont, à l’heure présente, la base d’opération de plusieurs milliers de médecins dans les deux mondes.

Une suite de malentendus combinés avec l’obstination du mauvais vouloir ont jusqu’à présent empêché l’entrée de la loi de similitude dans le grand courant médical. Il y a encore un autre obstacle. Allez au fond de cet antagonisme, vous trouverez des répulsions doctrinales dont les mobiles intimes ne sont point à développer ici. Disons seulement qu’Hahnemann et ses disciples les plus autorisés se tiennent tous dans la ligne du vitalisme spiritualiste traditionnel. Ainsi en est-il de Pierre Dufresne, de Bering, de Léon Simon. J’ose croire superflu d’inscrire à cette place, avec le nom de J.-P. Tessier, celui d’aucun des rédacteurs de VArt médical. Qu’il me soit accordé cependant de nommer ici quelques-uns de nos disparus, les docteurs Gabalda, Milcent, Davasse et Ch. Ozanam.

Là poussière de la polémique est tombée ; quand même les répulsions persistent, cependant des rapprochements

s’opèrent ; si nous n’avons pas la satisfaction de prévoir une fusion paisiblement accomplie, il nous reste celle assurément significative de constater un travail de pénétration de plus en plus sensible et qui n’est pas sans imr portance des résultats acquis par les médecins homœopathes dans le domaine commun.

D’autre part, s’il fut un temps où l’on a pu reprocher à certains disciples d’Habnemann un particularisme exagéré, aujourd’hui il n’en est plus de même, ils ne repoussent aucun contrôle : à l’égal de tous, ils vivent dans le courant scientifique.

Mettons à part les principes supérieurs de la science,nos sympathies ont été exprimées ailleurs. Nous sommes entrés longuement en explication sur cette litigieuse question des doses. Après avoir constaté que le principe de l’homœopathie ne réside point dans les doses infinitésimales, nous n’avons réclamé que la liberté de pouvoir prescrire Omni dosi. Une part légitime a été faite à la médication palliative. Ce que l’on a appelé les médications collatérales ouadjuvantes, l’électricité, l’bydrothérapie, les eaux minérales ne devaient pas trouver d’opposition parmi nous.

Quant aux inoculations, il est certain que cette mise en évidence des forces infinitésimales de la nature ne devait être que pour nous agréer.

Que reste-t-il donc? La question de savoir si sur le champ de bataille des maladies, des médecins dûment autorisés par leurs antécédents scientifiques, ne peuvent pas réclamer le droit de prescrire des médicaments à toutes les doses qu’ils jugeront requises.

Espérons du temps, ce souverain maître pour tous, qu’il fera ici comme ailleurs, l’œuvre du silence et de la conciliation. Car si dans l’histoire de la médecine on a vu des

mouyements d’opinion persévérer, des systèmes passionnés même tels que celui de Broussais, s’obstiner dans une certaine durée, jamais un conflit porté à ce point de permettre aux antagonistes de dire qu’il y a deux médecines dans le monde n’a eu chance de se prolonger à terme illimité. Le moment arrive toujours où, dans les sciences, après les controverses les plus aiguës, doit se aire la reconnaissance des résultats acquis. Les disciples d’Hahnemann n’ont pas à redouter cette enquête : Il serait pand temps de s’y livrer, avec le calme et l’impartialité nécessaires.

C’est dire que, si j’ai eu le regret de constater un partage des esprits qui n’a été que trop absolu, je n’en éprouve pas moins le sentiment profond qu’une telle situation n’est pas normale, qu’elle est préjudiciable à tous, enfin qu’elle ne saurait se perpétuer.

Pans. Typ. A. Davy, 52, rue Madame. — Téléphone.

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