ACTE PREMIER
Oh ! pardon I mais tu l’as juré.
— Caprice ? non pas. J’aime encore Une autre enfant, charme et douceur,
Ame aussi blanche que l’aurore,
' Et dont mon âme a fait sa sœur.
Francine ne peut me connaître,
Et moi, je ne peux lui parler;
Elle aime et souffre, le doux être !
Et je voudrais la consoler.
Je voudrais être, dans sa joie,
Dans sa peine ou dans son danger, Fleur-de-Mer pour qu’elle me voie,
Et le Drac pour la protéger.
CYANÉE
D’autres Esprits, pour une femme Ont tenté le sort ignoré,
Et perdu leur aîle et leur âme;
Prends-y garde !
LE DRAC
Ah ! tu m’as juré 1 —
Puis, l’homme pour la mer est un jouet sans doute, L’humanité peut-être est notre reine. Écoute : Francine, un soir, assise au bord de l’eau, rêvait. Invisible, à ses pieds, mon regard la suivait,
Je vis de ses beaux yeux pleins d’amour et d’alarme Une larme tomber, et je bus cette larme.
On ne sait pas le goût surprenant et profond Qu’une larmo d’enfant a pour la mer sans fond.
Ah! mon pauvre Océan, qui t’enfles, et déferles,
Et te crois riche et fort , tu parles de tes perles ! Mais cette larme-là, toi-même, ô sombre mer, Admiras et plaignis ce qu’elle ^vait d’amer.
Rêve, pensée, amour, douleurs intérieures, Ressouvenir confus d’existences meilleures, Pressentiment du ciel et de l’éternité,
LE DRAC
II m'a semblé goûter (outo l’humanité,
Ame qui ne finit non plus ni ne commence,
Dans l’amère saveur do cette larme immense.
CYANÉE
C’est bien, je cède; pars, qu’il soit fait à ton gré; Pars, et délaisse, ingrat, mon amitié sereine,
Qui t’aurait fait le roi... puisque j’étais la reine.
LE DRAC
Oh! je te reviendrai, car je me souviendrai.
CYANÉE
Qui sait? J’ai peur pour toi de ta double nature.
Libre élément repris par le temps et le lieu,
Que deviendra ton âme, enfant et demi-dieu?
LE DRAC
Pour rester ta pareille, elle restera pure.
CYANÉE
Adieu! l’orage cesse; adieu! loin de mes bras,
De mon coeur, va braver un plus terrible orage,
La vie, océan noir, et la mort, noir naufrage.
LE DRAC
Tu seras mon étoile, et tu me guideras!
Le rideau de nuages retombe. Reprise du chœur des Ondins.