SCÈNE V
Le rideau de nuages s’ouvre, et laisse voir l'intérieur de la mer, rochers, coraux, fleurs et madrépores. Dans une grande coquille nacrée est assise CYANÉE 5 à ses pieds, LE DRAC, longue tunique bleue et blanche.
LE DRAC, pleurant.
Fi! les méchants ondins! Cvanée, ô ma reine,
Fais donc taire leur rire et leur chant sans pitié ! Regarde : là, gisant sur la plage inhumaine,
Mon grand petit ami Fleur-do-Mer est noyé.
Les Dracs, lutins des mers, farfadets des tempêtes,
Du mirage et du vent, n’avaient senti jamais L’amitié douce entrer dans leurs frivoles tètes;
Mais ce pauvre petit pêcheur, moi, je l’aimais.
CYANÉE
Mon gentil Drac, combien ta peine m’est amère!
LE DRAC
Il semblait né des flots comme nous, comme toi ;
LE DRAC
On trouvait qu’il avait de mon air, et sa mère, Ouand elle l’a conçu, rêvait, je crois, de moi.
CYANÉE
Voyons, enfant gâté, pour guérir ta blessure, Dis-moi ce que tu veux ; dis vite, tu l’auras.
LE DRAC
Bien vrai? Jure-lo-moi... par serment.
CYANÉE, souriant.
Je le jure.
LE DRAC
Tout ce que je voudrai?
CYANÉE
Tout ce quo tu voudras.
Eh bien, je voudrais, Cyanéo,
Revêtir le corps et les traits Et terminer la destinée De cet enfant que je pleurais.
’ Je suis las de ce que nous sommes,
Et curieux de changer d’air 1 Oh I laisse-moi, parmi les hommes,
Je t’en prie, être Fleur-de-Mcr.
Depuis longtemps je meurs d’envie...
— Mais tu no m’as pas écouté —
De comparer la courte vio A la longue immortalité.
Le déguisement est fantasque,
L’homme est stupide et malfaisant;
Eh bien, c’est tant mieux ! plus le masque Est laid , plus il est amusant.
CYANÉE
Non : je ne puis, pour un caprice,
Rien soustraire au trésor sacré De la puissance créatrice.