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CHAPITRE IV

Valeur thérapeutique du drainage capillaire de la chambre antérieure

Les indications et les applications du drainage capillaire étant connues, il nous est facile maintenant d'apprécier sa valeur thérapeutique.

Et d’abord, en nous plaçant à un point de vue très général, nous voyons que le traitement par le dräinage au crin a été dirigé contre des affections oculaires extrêmement graves, non seulement au point du vue fonctionnel, mais encore au point de vue de la conservation du globe oculaire lui-même. Or, sur 44 applications de drainage, nous ne trouvons que 3 cas où des complications nécessitèrent l’énucléation de l'œil malade, soit une proportion de 6,81

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pour 100 d’insuccès. En chiffres absolus, ce nombre d’insuccès peut paraître élevé; mais, pour être juste, il faut tenir compte des circonstances particulièrement graves dans lesquelles le drainage fut employé; en effet, l'introduction d’un crin dans l’angle iridocornéen est réservée à des affections dont le pronostic est très sévère; de plus, le début de Faffection remonte souvent à une date très éloignée, et aucun traitement n’est venu en arrêter ou modifier l’évolution. Aussi, en tenant compte de toutes ces données, croyons-nous pouvoir affirmer que les résultats obtenus par le drainage capillaire sont aussi satisfaisants que possible dans leur ensemble.

Quant aux résultats obtenus dans chaque cas particulier, ils ne nous semblent pas moins encourageants, surtout si on les compare à ceux des autres méthodes employées dans des circonstances analogues.

Nous ne reviendrons pas sur les avantag:s immédiats que présente le drainage sur l'opération de Sæmisch ou autres interventions analogues dans le traitement des ulcères infectieux graves de la cornée, nous croyons y avoir suflisamment insisté à propos de ses indications. Les résultats obtenus viennent du reste confirmer notre opinion à ce sujet. Les quarante ulcères à hypopyon soumis au traitement par le drainage faisaient courir aux malades des dangers dont le moindre était la diminution plus ou moins considérable de l’acuité visuelle. En outre, il fallait redouter chez eux les synéchies kérato-iriennes, la perforation de la cornée et même la panophtalmie

et les accidents sympathiques. En somme, ces quarante malades étaient presque tous voués à la perte de l’œil au point de vue fonctionnel, ou à l’énucléation à plus ou moins brève échéance; le drainage à permis de conserver chez ces malades l'organe de la vision dans une proportion de 92,5 pour 100. C’est là un résultat très appréciable, la conservation d'un œil étant toujours préférable à la prothèse, lorsque tout danger est écarté pour l'avenir.

Outre cette action conservatrice, le drainage en possède une autre, non moins évidente, sur la marche de l’ulcère lui-même. En effet, chez. la plupart de ces malades, l’ulcération cornéenne a marché vers la cicatrisation dès que l’hypopyon eut disparu, et par conséquent l’étendue des leucomes à été réduite au minimum, ce qui permettra dans un grand nombre de cas de pratiquer une iridectomie, et donnera au malade une certaine acuité visuelle, naturellement subordonnée à l'étendue des leucomes.

Quant aux récidives d’hypopyon, elles ont été rares, et dues certainement à l’ablation trop tardive du drain.

Donc, dans les ulcères de la cornée avec grand hypopyon le drainage capillaire permet d'espérer la conservation de l'œil, une acuité visuelle satisfaisante et éloigne au maximum les chances de récidive et de complication.

Les succès du drainage dans l’hyphéma, pour être peu nombreux n'en sont pas moins satisfaisants. En effet, chez le premier de nos malades l’hyphéma fut évacué au bout de vingt-quatre heures et chez l’autre

59 en après quarante-huit heures; il n'y eût pas de récidive, le second pourtant avait eu une récidive après une ponction évacuatrice. Nous croyons devoir attribuer cette absence de récidive à l’action lente et prolongée du crin sur le caillot. Le drainage constitue un moyen d'action plus sùr que la ponction contre les hémorragies de la chambre antérieure.

Les résultats obtenus par M. le professeur Rollet, dans les deux cas de glaucome que nous avons cités (obs. XLIIT et XLIV) (3) lui ont inspiré les conelusions suivantes : |

La mise en place d'un crin est une opération simple, que l'effacement de la chambre antérieure ne contreindique nullement.

« Comme conséquence de la mise en place, nous notons chez nos deux malades la suppression des douleurs, la transformation rapide de l’hypertension en hypotension avec retour ultérieur au tonus normal (3). »

Chez la première malade (obs. XLIID les phénomènes glaucomateux étaient dus à la présence de masses cristalliniennes intumesantes volumineuses dans la chambre antérieure. Dès la mise en place du crin les douleurs cessèrent complètement, puis les masses cristalliniennes furent peu à peu entraînées au dehors, On à ainsi évité les dangers d'une interven: tion sur son œil enflammé, qui aurait pu être grave, et ôn attend soit que la cataracte traumatique se résorbe, soit qu'elle soit opérable.

Dans le glaucome primitif, comme c’est le cas de l'obs. XLIV, outre la suppression des douleurs, le

TES drainage a diminué la tension, qui est restée normale par la suite. On peut donc espérer par le drainage reculer la date d’une iridectomie, etsi l'effet attendu n'est pas obtenu, on aura pas fait œuvre inutile ; la tension étant diminuée l'irédectomie sera plus facile et moins dangereuse. Enfin lorsque les phénomènes glaucomateux persistent après la création d’une large brèche irienne, on aura entre les mains un moyen d'action plus efficace, plus durable surtout que la simple ponction, et peut-être pourra-t-on ainsi retarder considérablement l’énucléation si souvent nécessaire dans le glaucome.

En résumé le drainage au crin constitue un bon mode de traitement palliatif du glaucome inflammatoire primitif, et le traitement de choix du glaucome secondaire à l’envahissement de la chambre antérieure par des masses cristalliniennes, sans avoir aucune influence directe sur la résorption ou la maturation de la cataracte traumatique initiale.

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