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Le drame chinois (juillet-août 1900)

Il j a troia ans de cela, par une riante journée de mai 1897, l'élite de la colonie européenne de Shanghaï était assemblée à "Woo- Sung, sur le beau champ de manœuvres que circonscrivent d'tme part la ligne des forts et du camp retranché chinois, de l'autre la nappe majestueuse et grise où se mêlent les eaux du Houang-Pou et du Tang-tsé-Kiang.

Réunion lelect et charmante. Tout ce que la métropole commerciale de l'Extrême-Orient compte de gentlemen avérés et àë jolies femmOT s'était mobilisé ce jour-là pour répondre

MABCEl HOMNIER. 1

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à l'invitation lancée par les officiera instructeurs étran^rs désireux de présenter pour la première fois et de faire évoluer devant une assistance sympathique lea recrues de tcuCes armes dont ils dirigeaient l'entraîaemeni,Dîeu sait avec quelle sollicitude et quelle* peines, pour le compte -du Pila du Ciel. Inutile de dire si l'annonce de cette petite fête militaire et mondaine avait été bien accueillie des salons et des clubs. Elle promettait d'ajouter un numéro sensationnel au programme assez peu varié des divertissements sportifs de la belle saison. Elle venait à point pour permettre d'attendre stins trop d'impatience les manœuvres anouellea du corps des volontaires et la grande semaine des courses.

Ajouterai-je que ladite invitation, gravée sur vélin, avait été, comme toujours en pareil cas, l'objet des convoitises ardentes, mais vaines, de toute une catégorie de citoyens fort estimables, représentant qui plus est l'immense majorité de la colonie, mais que les traditions inflexibles du protocole local excluent de la • Société > P Je veus parler des négociants au détail. Dans cette république marchande, quiconque tient boutique ne fait pas partie du Monde, quel que soit d'ailleurs le chiffre de

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ATAIfT LA TEMPÊTÉ. ï

ses affaires ou sa valeur perBonnelle. Qu'il âîaijKtse d'une échoppe ou d'un magasin occupant, SOI quatre façades, les cinq étages d'un, bâtiment monstre où le caprice d'un architecte éclectique a juxtaposé le corinthien et le babylonien, le rococo et l' hispano-mauresque, le simple détaillant n'est jamais quelqu'un à Shanghaï. Seul est tenu pour tel celui qui traita les affaires en grand ; dès qu'il débite ou achète non point pièce k pièce mais au tas, rien ne serait plus incorrect que de désigner le centre de ses opérations sous le terme vulgaire de magasin. C'est o^ce qu'il faut dire. Libre à lui, d'ailleurs, d'importer des cotonnades ou de la quincaillerie, d'exporter la soie, le thé ou les épîces. Il est merchant. Le voisin n'est que skopkeeper.

Bien entendu, sur le steamer enguirlandé, enrubanné, qui, toutes flammes au vent, nous emportait à Woo-Sung, pas un shopkeeper ne faisait tache. Bien que des vierckants et des femmes, fllles ou sœurs de vierchants authentiques, et quelques unités secondaires, invités de passage, seigneurs sans importance. J'étais du nombre.

Matinée exquise, d'une douceur bien rare en ce pays de températures extrêmes où, presque

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sans transition printanière, l'été sévit, lourd de fièvres. Un ciel d'Europe, un ciel léger que barrait çà et là un vol de nuées d'un gris de perle. Ce qu'on appelle un temps de demoiselles.

A l'arrivée, le luncli avec la sérénade. Sous une tente spacieuse, la collation était servie par petites tables, le couvert égayé de plantes vertes et de chemisis fleuris. Au vélum, aux montants, partout, parmi les faisceaux de drapeaux de toutes les nations, l'étendard cbinois triangulaire, avec le dragon rampant, dominait, se détachant en vigueur sur ces nuances brouillées comme le bouton d'or dans une brassée de fleurs des champs.

Nos hôtes surveillaient le service, allaient d'un groupe à l'autre, empressés, trouvant pour chacun une parole aimable. Tous de haute mine et de fière prestance, la taille bien prise dans un uniforme du bon faiseur. La plupart conservaient la tenue de l'arme à laquelle ils appartenaient en Europe. Quelques-uns avaient cru devoir l'échanger pour une tenue de fantaisie dont l'ornementation composite évoquait de façon ingénieuse le souvenir de la patrie et leur situation nouvelle d'officiers de fortune, reliait le présent an

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passé, l'Orient à l'Occident, Ils allaient, venaient, pimpante, alertes, l'éperon Bounant, la bouche en cœur, heureux de vivre, de donner cette fête à la c Société > qui leur avait iait ei eouvent bon accueil pendant l'hiver, et pour cause. X'étaient-ila point la providence des organisatrices de bals, sauteries ou représentations d'amateurs, tour à tour conducteurs de cotillons, metteurs en scène et premiers rôles ! C'était si plaisant, en vérité, de retrouver dans ce camp chinois, commandant à des guerriers jaunes, le cavalier avec lequel on avait bostonné la semaine précédente chez les X.., ou joué la comédie chez les Z...!

Et tandis que, dans un crescendo joyeux de papotages et de petits rires, les boys indigènes en rohes bleu de ciel circulaient silencieux, avec des allures d'om.bre8, emplissant les coupes, apparus et disparus en coup de vent, effleurant à peine le sol du bout de leurs sandales de feutre, à la cantonade une fanfare, chinoise elle aussi, mais dirigée dans les voies du progrès par un ancien kappelnieister, égrenait eh un copieux pot-pourri les rythmes entraînants d'Offenbacb et de Sûppé.

"Des manœuvres tant à pied qu'à cheval, auxquelles nous eûmes le plaisir d'assister ' du

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haut d'une tribune spécialement érigée, à grande frais, pour la circonstance, rien à dire sinon qu'elles furent très convenables, mais un peu longuettes. On ne noua fit grâce d'aucun détail. Ecole du soldat avec et sans armes, alignements, assouplissements, gymnastique, voltige, école de compagnie, de bataillon et de régiment, tout y passa. Et quand ce fut fini pour l'infanteriO) la cavalerie entra en scène ; puis ce fut le tour des artilleurs. Tir au fusil, tir au canon, manœuvres de force, rien n'y manqua. Cette débauche de poudre obtint un succès marqué. Des connaisseurs, fondés de pouvoir des jnaisons qui avaient importé le matériel de guerre, en faisaient ressortir les qualités maîtresses. Ils précisaient, expliquaient aux profanes les mystères du recul et de la trajectoire. MTais le clou de la séance, ce fut la revue et surtout le défilé final. L'infanterie fut vraiment remarquable ; rarement j'ai vu jeunes troupes se mouvoir avec plus d'entrain et d'ensemble. Leur façon de prendre le pas de parade, & la prussienne, la jambe tendue, touchait à la perfection ; des automates n'eussent pas fait mieux. Les troupes montées défilèrent en moins bon ordre par suite du caractère plutôt

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