‹ Le drame chinoisChapitre 15 sur 58 · LEÇONS DE CHOSES • ET LE CULTE DU PASSÉ · texte numérisé non relu

LEÇONS DE CHOSES • ET LE CULTE DU PASSÉ

Les leçons de cboses données à la Chine par l'Europe ont été nombreuses. La Chine a eu mainte occasion d'apprécier les çiérites de notre civilisation, les applications des plus récentes découTertcB et leurs avantages de tous genres, en particulier les avantages matériels, les seuls qui soient de nature à émouvoir l'esprit essentiellement positif du Chinois. Elle a sous les yeux depuis bientôt un demi-siècle les merveilles de la vapeur et de l'électricité, les villes modèles aménagées avec tous les raffinements du confort et de l'hygiène. Elle a vu successivement sur un roc désolé s'étager Hong-Kong, ses palais et ses jardins ; Shanghaï, dans sa parure un peu cossue, émerger des marécages du Houang-Pou ; Tien-Tsin re-

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fouler, BOUS le béton de ses quais et de ses "boulevards, les boues fétidet du Peï-Ho ; elle a vu Shameen, l'îlot européaniBé qui semble, près de la soTdide Canton, uu yacht de plaisance ancré dans le grouillement de la rivière des Perles.

Lea Chinois ont eu loisir d'observet tout cela. Quel profit appréciable ont-ils retiré de cet enseignement par l'exemple ? PaB le moindre. L'idée leur vint-elle de bâtir dans les infâmes cloaques de leurs cités quelque quartier modèle, d'y pratiquer çà et là de larges trouées P Ont- ils songé à faire circuler dans ces abîmes de puanteurs un peu d'air respirable? En admettant que, par impossible, un seul fût assez osé pour mettre en avant pareil projet, il est infiniment probable que l'initiative de cet Haussmann ou de cet Alphand indigène s'arrêterait court devant l'opposition énergique et peut-être furibonde de ses concitoyens.

Dans l'ordre administratif, la leçon se prolonge depuis cinquante ans sans que l'exemple ait suscité des imitateurs. Il était permis d'espérel- que l'organisation si complète et le fonctionnement régulier des douanes impériales maritimes, d'où la Gbiue tire le plus

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clair (le aes revenus, lui Buggéierait le désir (le mettre ordre au chaos do son administration iatérieure, d'épurer enfin sou fonctionna' risme gangrené jusqu'aux moelles. Il n'en fut rien. Je ne suis même pas éloigné de croire que la Chine officielle personnifiée par la classe mandarine et lettrée, éprouve au fond de l'âme, pour les Européens qui ont créé de toutes pièces au profit du Céleste Empire cet instrument de richesse, un sentiment tiès différent de la reconnaissance. D'abord, ce que l'on pardonne le plus difficilement c'est le service rendu. Ensuite, les personnages en place ou ceux qui aspirent à le devenir ne sauraient, de toute évidence, regarder sans un vif déplaisir ces étrangers dont l'ingérence a pour premier effet de les frustrer de la grasse prébende qu'ils n'eussent point manqué de prélever aux dépens du Trésor public. Aussi m'est-il impossible de me ranger à l'opinion parfois émise que, dans l'éventualité d'un massacre, des hommes tels que sir Robert Hart et ses collaborateurs seraient, dans une certaine mesure, protégés contre l'explosion des haines anti-étrangères par leur qualité de fonctionnaires chinois. Ma conviction est, au contraire; qu'ils seraient tout spécialement visés,

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non seulement par la foule furieuse, mais par les chefs du mouvement, y compris leurs collègues jaunes, heureux de se débarrasser enân (l'une surveillance intègre mais importune, et de se venger de ces trouble-fète.

L'influence éducatrice de l'exemple sur Je Chinois a donc été nulle. Le contact des hommes el des choses d'Occident n'a pas réussi à entamer les préjugés de ce peuple, d'éveiller en lui la perception d'un idéal plus élevé.

Des Occidentaux, il a surtout remarqué les travers et les faiblesses. Quant aux progrès de notre civilisation, dont nous sommes si fiers, il y est parfaitement insensible. Il ne prend même pas la peine de les discuter ; il les ignore. Ou, s'il daigne les apercevoir, c'est d'un regard distrait, amusé parfois, sans se départir un instant de son indifEérence hau* taine. Les conditions meilleures de l'existence, telles que nous les concevons, l'ordre, l'hyl^ène, la facilité des transactions, les moyens de transports rapides, la machine centuplant l'effort individuel, ce sont là choses dont il n'éprouve ni le besoin, ni le désir.

Cette insouciance du confort et du bien- Stre dans toutes les classes de la population est un des traits les plus saillants de la race.

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Le mandarin qui voyage s'accommode du plut triste gite : auberge fétide, pagode en ruine«, un angle de boutique, un hangar, un auvent, une écurie, tout lui est bon. Souvent mSme, il trouvera naturel de s'installer pour la nuit dans son cbariot dételé, brancards en l'air. J'ai vu des personnes de haut grade s'étendre, sans dégoût, sur une natte à demi pourrie et reposer voluptueusement, la tête appuyée sur une bûche ou sur une brique, dans le vacarme ' de l'hôtellerie pleine, au milieu des relents de graillon et de la fumée des pipes. Ceux-ci, d'ailleurs, sont les raffinés. En ce qui concerne les hommes d'existence rude, leur absence de nerfa tient du prodige. Il n'est pas rare de voir, en plein été, aux aborda de quelque chantier, un coolie faire sa méridienne et reposer du sommeil du juste, couché en travers de deux brouettes.

Le négligé des intérieurs est non moins remarquable. Il touche au sublime, c'est à croire qu'il y a là comme un effet de l'art, une sorte de coquetterie dans l'ordure. Aux dimensions près, le yâmen vice-royal et la demeure du petit bourgeois présentent le même aspect, le même caractère de malpropreté et d'incurie. En haut comme en bas, l'inachevé.

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l'à-peu-près, l'escabelle branlante, la table veuve d'un pied, le carrelage en miettes et, dans les carreaux de papier de la fenêtre, des jours de souffrance pratiqués d'un doigt furtif par quelque observateur indiscret ; partout des détritus qui traînent, des bardes maculées, des crachats à profusion, tandis que, dans l'air ambiant, de redoutables effluves attestent que le salon est contigu &ux latrines.

Hais invariablement, sur un cartouche pendu & la muraille lépreuse, s'étalent quelques caractères évoquant à l'esprit des images plus riantes, nids d'oiseaux ou printemps âéuri.

En cela s'affirme une autre faculté non moins Eiigniflcative de la race qui se satisfait à bon compte et se contente du mot ou du symbole sans exiger l'objet. Deux amis se rencontrent et, comme l'exige le savoir-vivre, échangent aussitôt leurs tabatières de porcelaine. Il arrive fréquemment que les fioles sont vides.

ïi'xm. et l'autre n'en font pas moins, sans sourciller, le geste attendu et continuent leur chemin, absolument réconfortés par cette prise imaginaire.

Les Chinois, on le sait, ne se font pas faute de tourner en ridicule la manière de se vgtir des Occidentaux. Ils trouvent notre costume

étriqué, grotesque, inconvenant, et lui préfèrent avec raison leurs vêtements amples. Cependant s'ils raillent la coupe, ils apprécient l'étoffe. Un des rares articles de provenance étrangère qu'ils admirent sans réservée, c'est le drap, si grossier soit-il. Que de fois, dans l'intérieur, me trouvant en visite chez un notable, n'ai-je pas surpris le maître du logis eu train de palper, avec une curiosité extrême, la manche de ma veste. Il communiquait aux assistants le résultat de ses observations, et la compagnie discutait. Venait ensuite une enquête en règle sur les éléments constitutifs de ce singulier tissu. On n'oubliait pas d'ajouter qu'il devait, sans aucun doute, coûter fort cher et qu'apparemment des raiBdns de sage économie empêchaient seules les Européens de se faire confectionner des habits longs suivant la mode chinoise si séante et si bien portée. A quoi je répondais gravement que cette étoffe était d'un prix moins élevé que la soie, mais que dans nos pa^, l'usage voulait que le vêtement fût ajusté, he costume chinois nous paraissait aussi étrange quand, par hasard, nous l'apercevions en Europe. Mais chacun avait soin de garder la remarque pour soi, car nos usages exigeaient

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également qu'un homme de bon ton s'abstînt de critiquer les contumea et le costume d'un étranger, son liôt«. Mon interprète indigène a-t-il toujours transmis ma réplique £dèle- . ment, mot pour motP Je n'en jurerais pas.

En revanche, ce dont je suis sûr, c'est que les Chinois exïimiiLent avec un intérêt soutenu nos tissus de laine qui n'ont cependant pas pour eux l'attrait de la nouveauté. Ils les connaisBent depuis longtemps mais n'ont jamais, que je sache, tenté de les reproduire.

Il est même surprenant que cette nation industrieuse, dont les marchands exportent, bon an mal an, par milliers de tonnes, les toisons de Mongolie et du Thibet, ne se soit point avisée de tisser la laine. Elle s'en tient à la soie et aux cotonnades, d'un usage éminemment agréable en été, mais d'une protection pen efficace pendant les rigoureux hivers de la Chine du Nord. Le Chinois aisé remédie à cet inconvénient à grand renfort de fourrures.

Le populaire se défend contre les frimas par une triple ou quadruple carapace de caleçons et de paletots capitonnés de ouate. Hamaché de la sorte, le pauvre diable se meut péniblement, jambes écartées, bras en croix, sans grâce aucune. Au moindre faux pas, c'est la

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chute certaine et il ne devra d'être remis sur ses pieds qu'à l'aide charitable d'un passant Kien n'y iait : c'est la défroque des aïeux, la vieille mode, la vraie, la bonne. À quoi bon changer? Ainsi va la Chine. Les produits de la civilisation européenne l'étonnent parfois, provoquent chez elle le sourire de l'enfant devant un nouveau jouet, non l'admiration ni l'envie. Elle ne regarde pas vers l'avenir, mais demeure hypnotisée par les idées et les choses d'autrefois que la tradition sanctifie, captivée par le bon vieux temps qui reste pour elle, plus que pour tout autre peuple, l'âge d'or.

Cette tendance a décrier le présent et à esalter le passé n'est point spéciale à la Chine. On l'observe, à des degrés divers, chez tous les peuples, dans tous les siècles. Seraitce que les nations, comme les individus, chérissent surtout dans le passé le souvenir de leur jeunesse? C'est possible. Quoi qu'il en soit, la prédilection pour les temps abolis atteint en Chine son maximum d'intensité. Ailleurs, ce n'est qu'un penchant irraisonné, une vérité de sentiment. Ici c'est un culte, un acte de foi et d'adoration, d'une sincérité absolue, en fait la seule religion qui ne trouve pas d'incrédules. Tout ce qui compte en ce monde,

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tout ce qui eet parfait vient des anciens qui le tenaient exix-mêmea de leurs aïeux. Ceus-ci n'en étaient également que les dépositaires et l'avaient reçu intact des générations précédentes. On remonta ainsi, à l'inâni, le cours des âges ponr rencontrer toujours des internaédiaires, mais non les initiateurs qui demeurent à jamais insaisissables, à l'état mytbique, dans le vague de ces temps fabuleux où l'humanité s'épanouissait dans la félicité de son innocence première. C'est l'inverse de la théorie, autrement féconde, du mal originel et de la perfectibilité humaine.

Aux yeux des Chinois, la fleur, l'essence de l'antique sagesse ne s'est point évaporée avec le temps. Elle subsiste, synthétisée, cristallisée dans la littérature chinoise. Le plus haut titre de gloire de Confuciua et de ses émules est d'avoir sauvé et transmis ce diamant pur. C'est parce qu'ils ne se présentèrent pas en précurseurs, en apôtres d'une nouvelle doctrine mais en continuateurs pieux qu'ils sont vénérés comme des saints. Leur voix resta dans l'oreille des foules précisément parce qu'elle n'était qu'un écho du passé. On comprend dès lors la vénération profonde, intransigeante des Célestes pour leurs classl-

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que». Dans leur pensée, ce grimoiie est antre chose qu'un trésor littéiaire, beaucoup mieux qu'une encyclopédie. C'est le livre, le verbe sacré. Pour qui sait l'entendre, il contient tout. TJn lettré de valeur n'a pas de peine à y découvrir en germe la plupart des inventions modernes. Pressez-le tant soit peu et il entreprendra de vous démontrer, texte eu main, que Confucius et Mencîus ont pressenti la locomotive, les téléphones et les automobiles. S'ils n'abordèrent ces sujets qu'à mots couverts et sans y insister, c'est que les temps n'étaient point mûrs et qu'ils tenaient à laisser dans l'ombre toute cette magie dont la divulgation eût été plus nuisible qu'utile au bonheur des peuples.

Il y a même, ce me semble, dans cet orgueilleux parti pris de considérer les découvertes européennes les plus récentes non comme des nouveautés, au sens exact du mot, mais simplement comme les conséquences de principes posés dès longtemps par les sages de la Chine ; il y a là peut-être, disons-nous, une indication précieuse, de nature à faciliter singulièrement les relations entre l'innovateur étranger et le Chinois conservateur.

Kous y reviendrons. Il sufiit pour l'instant de

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nous expliquer la raison d'être de ce respect idolâtre pour les vieux us légués par les Tieux livres. Cette littérature, en définîtiTe, a modelé la Chine et ce qui lui tient lieu de gouvernement. Le système, théoriquement admirable, est, dans la pratique, l'abjection même. Il n'en est pas de plus incohérent, d'aussi corrompu. Les abus, accumulés d'âge en âge, ont recouvert, au point de la rendre méconnaissable, la large et harmonieuse fresque de gouvernement familial esquissée par les premiers législateurs. Ils foisonnent comme l'herbe folle, élargissant peu à peu les lézardes ; ils s'ontre-croieent, se nouent, comme les lianes des forêts vierges, en un lacis inextricable.

Ce gouvernement, si défectueux soit-il, possède du moins une qualité de premier ordre :

il a la vie dure. Tel nous l'observons, tel il était ou peu s'en faut, il y a des milliers d'années, alors que des puissances depuis longtemps défuntes n'avaient point encore vu le jour, avant qu'eussent été posées les premières assises de Babylone et de Sinive, de Some et d'Athènes. Ces Etats sont devenus poussière ; lui est toujours debout. On s'attache d'instinct aux anciens édifices sur lesquels les éléments et les siècles ont étendu leur

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glacis décevant qui diBsimule les tares et les trous. Ils préeerveut mal des averses et des bourrasques. Et cependant on les aime. C'est ce genre d'attachement que le Chinois éprouve pour 868 vieilleries. Toucher à tout ou partie de ces traditions et de ces coutumes équivaudrait ù un sacrilège, à la profanation du tabernacle du saint des saints!

L'horreur invétérée du changement, tel est donc le trait caractéristique du Céleste. Néanmoins, en Chine comme ailleurs, la règle soufEre exception, la théorie parfois plie devant le fait. Les coutumes sont résistantes mais non pas immortelles. Malgré tout, de loin en loin, on innove. L'un des exemples les plus connus est celui de la coiffure mandchoue imposée par le vainqueur. Le Chinois dut échanger sa chevelure longue pour la natte, signe de la défaite et de la soumission. Ixingtemps il refusa d'obéir aux édits de ses nouveaux maîtres et seule la terreur eut raison des récalcitrants. Des milliers de têtes tombèrent. On retrouve aujourd'hui encore trace de ces protestations dans le bonnet des Cantonais, des campagnards du Fou-Kien et jusqu'au Sé-Tchouen où beaucoup de paysans nouent encore sur leur crâne le foulard des-

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tiné autrefois à cacher la tresse abhorrée. La mode a persisté bien que la cause qui la fit adopter ait disparu de la mémoire des hommes. A l'heure actuelle les Chinois, du petit au grand, portent avec fierté l'emblème du vaaselage que naguère ils n'acceptèrent pas sans douleur. Je dis naguère, car le fait date seulement de trois siècles, ce qui n'est qu'un instant dans l'histoire si longue do ce peuple. Il est, chacun sait cela, de tradition constante en Chine qu'un homme, au décès de son père ou de sa mère, doit sur l'heure et quel que soit son grade dans le mandarinat, renoncer à toutes ses fonctions et s'ensevelir pendant trois ans dans la retraite, uniquement occupé aux prières et aux offrandes propitiatoires prescrites par les rites. C'est là plus qu'une coutume, c'est un devoir de piété filiale, d'observance étroite dans tout l'empire ; nul en principe ne saurait s'y dérober sans crime. Cependant, il y a quelques années, lorsque le personnage le plus important de la Chine après l'empereur, lorsque le viceroi Li-Hung-Chang perdit sa mère et fit immédiatement parvenir au trône sa démisaiou respectueuse, la démission ne fut point acceptée. Il reçut l'ordre de conserver son poste.

continua ses loyaux a daliea personne.

Autre exemple,

llustre. Un Chinois,

à mon service depuis plusieurs années, recevait, il y a quelques mois, une lettre de sa famille. Comme je lui demandais s'il avait de bonnes nouvelles des siens, il répondit, sans qu'un muscle de son visa^ trahît son émotion intime : « Mon père est mort. »

Je reçus la communication d'un air pénétré, avec les condoléances de rigueur en pareil cas, ajoutant que sans doute cette triste circonstance l'obligerait à regagner son pays. Il était libre de partir dès qu'il le jugerait bon ; je lui retiendrais son passage sur l'un des prochains paquebots. Mais, à ma vive surprise, il déclara ne songer nullement au départ.

— N'en parlons plus, lui dis-je. Si je t'ai fait cette proposition, c'est que l'usage est chez vous, quand on a perdu son père...

Il ne me laissa pas achever ; et, pour s'excuser apparemment de contrevenir à la coutume, murmura :

— ■ Il était vieux, si vieux!...

Cela fut détaché du bout des lèvres et accompagné non pas d'un sourire, qui eu* été

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déplacé, mais d'une sorte de petit gloussement, oh! contenu, discret t Comme gloussement, c'était très convenable, mais à peine snifisant comme oraison funèbre. Il n'en est pas moins acijuis que mon boy, pas plus que Iji-Hung-Chang, ne démissionna pour aller tuédit«r auprès d'un cercueil.

Je croîs que, s'il était possible d'examiner de près la vie privée du Cbinois, si hermétiquement murée, on s'apercevrait que ces dérojlfations à des coutumes sacro-saintes ne sont pas rares. On ne constate pas sans étonnement que, chez lui, le respect religieux des vieux «8 se concilie très bien avec la faculté de créer dea précédents. Ces précédents sont établis sans discussion : on n'a garde de chercher à les justifier. Ils sont parce qu'ils sont et acquièrent insensiblement la pleine autorité de la tradition.

Il est évident, toutefois, qu'un certain lapa de temps est nécessaire à cette consécration du fait accompli. Si l'on ne perd pas de vue cette vérité élémentaire on évitera de précipiter les innovations. La prudence voudrait que l'on procédât par intervalles, à doses en quelque sorte homéopathiques. Sans aller jusqu'à exiger, entre chaque expérience, une pé-

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rîode d'attente quasi séculaire, encore ait-il permis de se demander si, dans ces dernières années, notamment lors des tentatives poursuivies à raflai de modifier de fond en comble les conditions économiquâs et Bociales de la Chine par la création de voies de communication rapides et d'industries nouvelles, oa n'a pas un peu trop brusqué le mouvement. La civiltBation n'avance pas ainsi par saccades, pas plus qu'elle n'éclôt tout à coup. Il faut, pour préparer son essor, sa grandeur et sa durée, le patient labeur des siècles.

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