LA CONQUÊTE INDUSTRIELLE
La rénovation économique et industiielle du Céleste-Empire, conception hardie, n'était point pourtant pure chimère. Tout arrive, et l'Orient lui-même, dans son apparente immobilité, subit la loi du mouvement universel.
Seulement les évolutions de ce monde si éloigné, si diflérent du nôtre, s'accomplissent avec une telle lenteur qu'elles échappent à notre vision très limitée dans la durée et dans l'espace. Il en est de lui comme de ces corps stellaires qui, par l'effet de l'immensité des distances, nous semblent toujours axes au même point du ciel. La vérité est qu'ils se meuvent, mais nous ne pouvons regarder asse?
loin ni assez longtemps.
L'erreur des Occidentaux impatients de
6* LE DILUfS CHINOIS.
remuer et de vivifier cette masse inerte qu'est la Chine fut de prétendre opérer la métamorphose sans ménagements, de haute lutte.
L'œuvre n'était pas de celles dont une même génération peut se flatter de contempler l'ébauche et l'achèvement. A tout ce qui doit grandir, à tout ce qui doit durer, il faut l'aide du temps. Voulant faire grand, on commit ia faute de vouloir faire vite.
Chaque fois qu'un choc plus ou moins rude a paru ébranler le colosse jaune, l'événement a été salué par ce cri de victoire : ■ La Chine va s'ouvrir! » Jamais cette clameur prophétique n'a retenti avec plus de persistance qu'au lendemain de la guerre sino -japonaise. La Chine, assurait-on, instruite par la défaite, allait sortir de son long rêve, s'éveiller enfin au sentiment des réalités. Les savants docteur» européens n'avaient qu'à préparer en toute hâte leurs formules et leurs trousses ; ils seraient, avant peu, mandés au chevet de la grande cliente si longtemps espérée. C'est atix représentants d'une civilisation tenue jusqu'alors pour suspecte que la moribonde, en désespoir de cause, ferait appel. Elle abjurait, en ce pressant besoin, ses défiances, ses craintes superstitieuses. Elle s'abandonnait, aveuglé-
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