‹ Le drame chinoisChapitre 24 sur 58 · SB LE DAAUE CHINOIS · texte numérisé non relu

SB LE DAAUE CHINOIS

KuBaie d'Europe pour se dérober aux questiottB que leur pose, avec une concision toute militaire, l'officier de police à peau cuivrée dont les parente peut-être mènent encore, à l'heure actuelle, l'existence pastorale avec leurs troupeaux de cavales et de bêtes à laine, là-bas, très loin sur les plateaux herbeux, entre l'Argoun et la Sélen^a. Impassible et correct, le sabre au côté, sanglé comme pour la parade dans sa tunique vert sombre, il est à leurs yeux, le représentant, l'incarnation de l'autorité souveraine, indiscutée. Pas une minute ils ne supposent qu'ils ont affaire à un étranger. Ils voient en cet officier ce qu'il est en définitive, non pas seulement leur supérieur, mais un sujet russe. C'est là pour eux l'évidence même, moins la conséquence du grade et de la fonction que l'effet d'une loi naturelle qui ne pourrait pas ne pas être et, comme telle, est acceptée sans effort. Cette faculté de s'identifier avec la race conquise est particulière à ce peuple. Elle a singulièrement contribué à assurer le triomphe d'une politique à très longue portée et la mainmise sur plus de la moitié du continent asiatique.

Cette politique d'assimilation patiente autant que de conquête, cette politique insi-

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uuante et souple qui ne Tise pas à dompter mais à captiver l'indigène, a soulevé, même en. Russie, quelques critiques. Des âmes enthousiastes s'accommodaient mal de ces lenteurs : « Depuis l'ambassade envoyée en Chine en. 1653 — écrivait Prjevalski — toutes nos relations avec l'Empire du Milieu ont été basées sur l'amitié tant vantée qui, depuis deux cents ans, unit les deux nations : en fait, cette politique deux fois séculaire fut de notre part un© politique de dépendance et de flagornerie. Les seules exceptions consolantes, durant cette longue période, furent l'action énergique du comte Ragttzensky qui, en 1727, conclut le traité noua ouTrant la route commerciale de Eiakhta et, dans la seconde moitié de ce siècle, l'entreprise analogue des comtes Mouravief et Ignatief qui nous valut le territoire de l'Araour. »

Malgré l'autorité qui s'attache au grand nom de Prjevalski, je doute que l'histoire ratifie ces conclusions de l'illustre explorateur. Elle dira vraisemblablement que le grand secret de la politique russe, dans la marche victorieuse vers le Pacifique, consista à jalonner lentement la route, sans élans irréfléchis mais aussi sans brusques retraites. Elle a su vou-

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loir, fortement et longtemps, non paa flagorner mais amadouer l'homme jaune. Des obser- Tateurs superficiels estimeront que, sur ce dernier point, le résultat fut médiocre et que la Chine, dans son ardeur anti-étrangère, ne nourrit point contre. elle une haine atténuée. Un avenir prochain fera, je crois, justice de cette appréciation trop sommaire. De toutes les nations européennes engagées dana la mésaventure chinoise, la BuBsie est la seule qui ait chance d'en sortir grandie, A demi asiatique elle-même, les Asiatiques verront en elle, à l'heure du châtiment inévitable, la protectrice dont la présence seule empêchera que l'expiation passe le crime '. Elle aura pourtant pris part active à la répression, elle aura bien vengé ses morts. Mais l'impression n'en persistera pas moins que, sang elle, sans ses bons offices de parente et d'amie, la peine, si sévère fût-elle, eût été plus terrible encore. Je ne serais pas autrement surpris que la conséquence immédiate de ces tristes événements, qui ont fait choir comme châteaux de cartes les projets de rénovation hâtive du Céleste- Empire et compromis gravement le prestige

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