‹ Le drame chinoisChapitre 26 sur 58 · LA CHINE ET |LES MISSIONS · texte numérisé non relu

LA CHINE ET |LES MISSIONS

Sujet bien vaste, sujet très vieux et que n'ont épuiaé ni lee apologies chaleureuBes ni les longues controverses : pour le traiter en raccourci, ce serait peu d'un volume. Nous n'essayeroUB même pas de poser en quelques pages les termes d'un problème aussi étendu et aussi complexe. La question, toutefois, est d'intérêt trop haut pour qu'il soit permis de la passer sous silence quand on étudie, fût-ce très rapidement, les rapports de la Chine avec l'étranger ; d'autant que beaucoup de personnes sont tentées de lui attribuer, dans la genèse de la crise actuelle, une part considéraBle et peut-être décisive.

La cause de tout le mal, a-t-on dit souvent, est la propagande imprudente des missions.

L'explication a paru concluante parce qu'elle

était concise et claire ; elle est à la jrartée de toutes les intelligences et satisfait la ioule, qui Ta, d'instinct, aux solutions simples. Le malheur est que l'Orient a horreur de la Biraplicité. Pour discerner les mobiles de cet être compliqué qu'est l'Asiatique, il faut se garder de lui prêter nos propres façons de voir et de sentir. II convient surtout d'observer sans parti pris, sans passion. Le rêve serait de pouvoir se soustraire absolument à l'influence du milieu, aux préventions acquises, à l'obsession des polémiques courantes. C'est exiger beaucoup de notre faiblesse, et nul ne peut se flatter d'arriver jamais à cet entier détachement avant- coureur de l'impartialité sereine. Ce qui n'a pas peu contribué à accréditer l'opinion suivant laquelle la rébellion chinoise aurait pour cause prédisposante l'intempérance de zèle des missionnaires de toutes sectes, c'est que la critique est venue de haut. Tout récemment encore, dans une de ces improvisations de pince-sans-rire où il est passé maître, le premier ministre de Sa Majesté Britannique censurait l'état d'esprit très particulier de ces apôtres qui, pénétrés uniquement de leur mission divine, restent sourds aux bruits de la terre et s'inquiètent fort peu

104 LE DSAUE CHINOIS.

des suites, parfois très graves, que peut entraîner après elle, dans les relations internationales, leur ardeur à prèclier la bonne parole parmi les peuplades jaunes ou noires. Le discours fit quelque bruit non seulement à Exeter Hall, mais encore sur le continent. Aussi n'est-il pas inutile de rappeler, afin d'éviter tout malentendu, que l'on ne doit point donner à ces paroles un sens trop général. Le noHe lord s'adressait à ses compatriotes ; du moins aa critique visait-elle spécialement les associations évan^éliques d'origine angl<>saxonne. Ce serait une étrange méprise d'y voir une allusion quelconque aux missions établies, de date beaucoup plus ancienne, en Chine, et placées sotis la protection de notre pays. Elle n'était autre chose que l'écho des appréciations plutôt vives émises sur leurs compatriotes par nombre de publicistes d'Angleterre et d'Amérique.

J'ajouterai même en toute sincérité que ces jugements, appuyés d'ailleurs sur des faits, m'ont semblé souvent formulés sur un ton quelque peu acerbe. A lire dans les feuilles anglo-américaines de Shanghaï ou de Hong- Eong tel article où étaient passés au crible les faits et gestes des missionnaires apparte-

D,mi,.=db,Gooylc

Page 1