‹ Le drame chinoisChapitre 38 sur 58 · APRÈS LA · texte numérisé non relu

APRÈS LA

l'empire, dans les régions les" plus disparates, vous retrouvez les mêmes croyances, les mêmes superstitions, la même organisation de la famille, la même façon de se vêtir, une architecture d'un type uniforme, en£n et surtout un égal respect de la tradition, la même idolâtrie pour l'écriture, l'adoration des classiques. La Chine — singulière démocratie fédérative où le gouvernement central, figuré par un empereur-pontife, intermédiaire entre la Terre et le Ciel, n'est omnipotent qu'en théorie — a été unifiée par sa littérature.

Fractionnée à l'infini, elle n'en présenterait pas moins l'aspect d'une masse compacte, impénétrable. Elle n'aurait jamais qu'une âme, et cette âme nous serait toujours hostile.

Je me souviens à ce propos d'avoir entendu, il y a quelques années, un Céleste de ma connaissance exprimer nettement son opinion au sujet du démembrement éventuel de aa patrie. Mon interlocuteur, employé à l'arsenal de Fou-Tchéou, était un jeune homme fort instruit, ayant fait toutes ses études en France. I Quant à moi, me déclarait-il, mon plus Tif désir est de voir les nations européennes se partager la Chine. Et si j'appelle de tous mes vœux cette catastrophe, c'est pré-

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cigémeat par amour pour mon pays. !Notre empire, il est vrai, aérait mis en pièces, mais BOUB la tuteUe européenne chacune de ses parties acquerrait bien vite, avec le plein usage de toutes ses forces vives, une prospérité in> connue jusqu'alors. L'éducation du peuple irait de pair avec le développement nîatériel de la contrée. Puis, dans la suite des temps, un jour Rendrait oii ces difEérentes Chînea que vous auriez vous-mêmes élevées, modernisées, arméee pour la lutte, vous jetteraient dehors, se ressouderaient spontanément et formeraient le plus puissant empire du monde, i Ainsi raisonnait mon Chinois. Il est à présumer que parmi ses congénères il en est peu qui soient capables de considérer de si haut les relations de la Chine avec l'étranger ; tout au plus un sur trois cent mille. Mais le nombre ne fait rien à l'affaire. Ce qu'il y a de grave et de suggestif, c'est que l'idée ait pu germer dans une cervelle indigène. Il n'en faut pas plus pour me mettre en garde contre les conséquences d'un protectorat collectif.

Enfin, est-il besoin d'indiquer les ■•complications, les conâit^ redoutables qui naîtraient fatalement d'un tel condominium ? S'imaginet-on les chancelleries aux prises non plus seu'

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lement avec le gouTemement iantasque et perfide du Fila du Ciel, mais avec plusieurs cabinets de même acabit, multipliant de gaieté de cœur les Taong-li-Tameus? Instituer trois ou quatre Chines ? Miséricorde ! c'est déjà bien assez d'une eeule.

Moins ambitieux sont ceux qui réclament pour le Céleste-Empire une consolidation du pouvoir central. L'Europe, à les entendre, est en grande partie responsable de l'état d'anarchie où la Chine est tombée. Le résultat le plus clair de sa politique de pénétration -per fat et nef as a été de déconsidérer et d'affaiblir le gouvernement impérial. Son premier devoir est de relever ce qu'elle a détruit ; il convient, pour liquider le triste passé et préparer un meiUeur avenir, de rendre à la Chine un gouvernement fort.

La question est de savoir si le projet est exécutable. On peut tout d'abord contester que l'anémie du pouvoir central soit l'œuvre de l'Europe. Il semble que si quelque chose a fiécbi en Chine, dans ces dernières années, ce n'est pas précisément le pouvoir impérial, mais plutôt le prestige européen. Au surplus, on ne rétablit que ce qui a existé : or l'histoire nous démontre qu'à aucune époque la Chine

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a'a connu ce que noua appelons un gouvernement fort. Même sous les plus grands règnes, l'action de l'autorité aouveraine sur l'ensemble de 1» nation fut très intermittente, contrecarrée souvent par l'opinion publique, par l'inertie ou le mauvais vouloir des fonctionnaires provinciaux. Hier, comme aujourd'hui, les agents du pouvoir central, gouverneurs ou préfète, furent en fait autant de satrapes à peu près indépendants qui parfois même négligeaient de sauver les apparences et refusaient d'obtempérer aux injonctions formelles venues de Pékin. Les difâcultés qu'éprouva Kang-Hi pour faire entendre raison ou vice-roi du Tché-Kiang nous en fournissent une preuve saisissante.

Ce remuant personnage avait cru devoir cboisir, pour convier les populations au massacre des Européens (l'Europe n'était alors représentee en Chine que par les missionnaires), le moment précis oil ces Européens étaient très en faveur à la cour, et pour cause- Ils venaient, en effet, de tendre à l'empereu'' un important service lors du traite de Nipchou, relatif à la délimitation de frontières entre la E-ussie et la Chine. Les négociations avaient été laborieuses : peu s'en était fallu

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que l'on ne rompît les couiérecceB pour en venir aux coupa. La paix fut maintenue grâce à l'habileté de deux mi8BÎonnairea,le8 PF.Oerbillon et Perreyra, que l'emiœreur avait adjoints à ses plénipotentiaires en qualité d'interprétée. Ils parvinrent à calmer les esprits, passèrent plusieurs fois d'un camp à l'autie, proposèrent des expédients et, ménageant avec adresse les intérêts communs, persuadèrent aux Moscovites de céder à la Chine un de leurs postes avancés, la forteresse de Yacea. Il faut lire dans Du Halde * le curieux récit de cette campagne diplomatique à la suite de laquelle Kang-Hi combla d'honneurs le P.Gerbillon, l'attachant à sa personne, lui assignant une résidence au palais et l'emmenant avec lui, soit dans ses villégiatures, soit dans ses voyages en Tartarie,

Cette même année (1688), une persécution terrible éclatait à Hang-Tchéou, à l'instigation du vice-roi du Tché-Kiang. Vainement reçut-il l'ordre péremptoire de laisser en pais les étrangers. Rendu plus furieux à l'idée que ces Européens détestés avaient tant de crédit à la cour, il continua de plus belle les empri-

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