AVANT LA TEMPÊTE
trêTe. Celui que l'on égorge, piètre, diplomate ou soldat, quelle que soit sa patrie* est un des nôtres, un membre de la famille et, pour venger sa mort, nous rêvons de formidables hécatombes. La réflexion nous fait sentir la puérilité de ce premier mouvement tout impulsif qui nous incite à rendre un peuple entier responsable des tueries organisées par ses cbefs. Que le châtiment soit impitoyable, ce sera justice ; mais avant tout qu'il frappe en haut. C'est l'évidence même, bien que, tout d'abord, elle s'efface sous la poussée d'indignation qui trouble notre vue et fait trembler notre plume. Nous allons pourtant nous efforcer d'examiner ces choses sans nous laisser émouvoir par les abominations révélées, de les regarder sans passion, comme s'il s'agissait d'événements accomplis depuis des âges. Observer le mal dans ses origines, mettre en relief, afin d'en mieux profiter désormais, les leçons trop souvent méconnues du passé, essayer vaille que vaille de condenser en quelques p&gee une étude qui, même très incomplète, exigerait un volume, c'est IC. ! faut l'avouer, une tâche ingrate et sans éclat ; utile néanmoins, à cette heure de déceptions cruelles où tant de gens qui entrevoyaient à bref délai
LB DXAIfE CHINOIS.
Chine ouverte, apprivoisée enfla au coude la civilÎBatioiL occidentale, une Chine lée de la grâce, enjôlée, malléable, s'aivent soudain que tout est remis en quesque l'Occident en est pour ses avances lur ses espoirs chimériques, que le preaeuropéen, s'il exista jamais, s'en est allé Lmée et que les temps tragiques sont re-
LES CAUSES ËL0IQNÉE8
A peine eet-il besoin de lappeler la cause occasionnelle de l'insurrection qui, du Chan- Toung, a gagné le Tchi-Li et menace, pour peu que les choses traînent eu longueur, de s'étendre de proche eu proche à d'autres provinces. Du jour où l'impératrice douairière de Chine, s'appuyaut sur la réaction ultra-conservatrice pour faire échec à Kang Téou Wei et BU parti des réformes, renversait le déSile Kouang-8u et s'emparait du pouvoir, les événements devaient se précipiter. La révolution de palais du 20 septembre 1898 était le signal de l'agitation anti-étrangère, comme un encouragement manifeste donné aux sociétés politiques, libres désormais de mener au grand
16 LE DSÂUE CHINOIS.
jour leur campagne pour le salut de la dynastie et rextermination des « Barbares ■.
Inutile de revenir sur ces faits, après l'exposé magistral et lumineux qu'en a donné mon éminent ami M. Henri Cordier •. Il a placé sous nos yeux cette série de décrets si curieux, d'une signification si aiguë pour nous dans leur phraséologie entortillée, ces ordres dictés par la vieille souveraine au fantôme d'empereur qui sanctionne sa propre déchéance et va jusqu'à se reconnaître usurpateur du trône en proclamant le fils du trop fameux prince Tuan héritier de son prédécesseur l'empereur Toung Tchi. Partout la main de la terrible impératrice apparaît préparant le mouvement libérateur destiné, dans sa pensée, à faire lâcher prise aux Européens et qui l'a brisée peut-être elle-même. On la voit stimuler par des largesses le loyalisme et le zèle de la soldatesque, placer à sa tête des hommes connus pour être les plus hostiles aux étrangers, tel ce Tong Fou Siang, qui, paraît-il, aurait commandé les derniers assauts contre les légations. Le massacre suprême, si la nouvelle en était confirmée, devrait donc être