I. Voir le supplément du Temps du 12 Juillet
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considéié, en dernière analyse, comme une œuvre impériale, comme le dénouement d'une tragédie due à la colla bu ration d'augustes personnages et qui dépasserait en épouvante les épisodes les plus célèbres du drame antique.
Il est à noter que cette opinion, aujourd'hui prédominante, a contre elle quelques dissidents, non des moindres. Hier encore, nous n'avons pas été médiocrement surpris de lire un plaidoyer, inattendu dans les circonstances actuelles, en faveur de sa Très Gracieuse Majesté l'impératrice douairière. Que dis-je, un plaidoyer ? Un panégyrique ^ !
■ L'impératrice Tsou-Hsi a été dépeinte à l'aide des plus noires couleurs par les journaux anglais et par les journaux français à leur suite. Quelques mots sur sa carrière feront justice de ces imputations,.. »
Suit le curriculum vttœ de Sa Majesté, € née d'une bonne famille mandchoue », depuis son entrée au harem jusqu'à nos jours.
C'est très édifiant, e Sous ses ordres ou sous son inâuence d'impératrice douairière, les rebelles de l'Asie centrale ont été dispersés et
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Boumia, Kouldja a été recouvré, le Turkeatan et Formose ont été organisés en provinces, le télégraphe a rayonné sur tout l'empire, les premières lignes de chemina de fer se sont construites, le nombre des ports ouverts s'est multiplié, le Si-Kiang et le Tang-Tsé ont reçu les vapeurs sur tout leur parcours navigable, les armées des vice-rois ont été organisées à l'européenne (malheureusement!), les arsenaux ont été fondés. L'impératrice Tsou- Hai fait preuve depuis quarante ans des qualités d'un homme d'Etat éminent. Nous devons, pour être justes, reconnaître en elle une grande souveraine, com/parabîe aux plus grandes gui ont pu régner dam les siècles passés ou dans celui-ci... Jt Sémiramis, tout simplement! Et le panégyriste ajoute : t Ses antécédents répondaient d'elle, quand elle a repris le pouvoir en 1898, et les étrangers pas plus que les Chinois n'avaient à concevoir d'inquiétudes... B Hélas! ils n'en ont pas ou, et ils en meurent. Ils ne se sont que trop fiés à ces apparences. Ils ont cru à des simulacres, à la loyauté de cette cour, aux belles phrases qui mentent, aux politesses perfides. Ils ont cru, comme d'autres crurent avant eux, pour leur malheur ; comme d'autres croiront peut^
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être. lia tourmente passée, lorsque les aimées en auront amorti le souvenir, quand la poussière aura efEacé la trace du sang répandu, qui sait s'il ne se trouvera pas, eu dépit de l'expérience si cruellement acquise, des âmes candides pour croire encore à la parole mandarine, aux serments de ces buveurs de thé?
Quoi qu'il en soit, si le coup d'Etat perpétré en 189S par l'impératrice douairière et le vieux j>arti chinois fut la cause immédiate, tangible du grand mouvement qui met le nord de la Chine à feu et à sang et le monde civilisé en émoi, ses véritables origines datent de loin. Pour qu'il se propageât avec une rapidité aussi foudroyante, il fallait que la semence de haine, lancée de Pékin, tombât sur un terrain dès longtemps préparé.
Si l'on en juge par la etupeur avec laquelle l'Occident accueillit les premiers échos de cet orage lointain, on serait tenté de croire que pareille explosion est un fait extraordinaire, inattendu, sans précédents. Pour les uns, ce ne serait rien moins que la convulsion suprême de l'Homme malade, le prélude de la dislocation fatale du vieil empire, l'ouverture d'une succession qui, en raison de l'importance des intérêts en jeu, des compétitions des
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hoirs et des rivalités de races, menscent série use meut la paix du monde.
D'autres, plus calmes, allèguent que les déâordres actuels, pour alarmants qu'ils soient, constituent en fait une des mille formes de ces tempêtes sociales qui, de tout temps, ont sévi dans l'empire à l'état endémique, une des innombrables fièvres éruptivea qui secouent périodiquement cet organisme compliqué. Pas une province n'y écliappe. Bon an mal an le fléau, tantôt ici, tantôt là, perçoit son tribut de cadavres et de ruines. Aujourd'hui sans doute les conséquences peuvent être plus graves. Les troubles ont éclaté, non plus à des centaines de lieues à l'intérieur, mais sur le littoral, dans la capitale même. Co n'est plus seulement une partie quelconque et secondaire du grand corps, qui est touchée, mais la tête. Il s'agit cette fois d'une fièvre cérébrale, d'un accès fie folie furieuse. Si le remède énergique tardait trop, il n'y aurait rien d'impossible à ce que cette surexcitation d'une intensité effrayante, criminellement souhaitée, favorisée par ceux-là mêmes qui avaient pour mission de la combattre, gagnât promptement les parties jusqu'ici indemnes. La collectivité jaunejsi longtemps passive, incapable, croyait-
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LES CAUSES élAUGNÉES. ^
on, d'opposer aux assauts de la civilisation européenne autre cliose que la iorce d'inertie, prendrait peu à peu conscience de sa valeur numérique, décidée dès lors à lutter en désespérée pour son indépendance, jetant le masque et montrant le poing.
En effet, s'il est en Chine un mot d'ordre eusceptible d'être obéi sans discussion, capable — surtout venant de haut — de grouper dans une commune pensée et dans un même élan les populations si disparates, si divisées de l'immense empire, c'est à coup sûr le cri de : € Sus aux étrangers ! ■ Après plusieurs années de silence, d'effacement et de résignation apparente, on se persuadait volontiers que les temps étaient enfin révolus, que la Chine avait définitivement passé l'âge des velléités héroïques et combatives. Et voici que ce cri de mort et de défi, jeté tout à coup, nous déconcerte comme ai nous l'entendions pour la première fois.
La vérité est que cette aversion, pour l'étranger n'est pas chose nouvelle. Il est à remarquer, toutefois, que dette disposition d'esprit n'a jamais revêtu un caractère absolu, définitif. Elle s'est, au contraire, singulièrement modifiée — et aggravée — d'âge en
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âge. Mais elle exista de tout tomps et ne visait pas spécialement l'Occidental.
Avant même que le premier Européen eût mis le pied dans le Céleste-Empire, les Chinois professaient, pour tout ce qui n'était pas la Chine, un sentiment assez complexe. Ce n'était pas de la haine, encore moins de la crainte, mais plutôt une sorto de dédaigneuse indifférence. On ne redoutait pas l'étranger ; on l'ignorait. Il existait sans doute quelque part, on ne savait où, d'autres nations mais sans importance aucune, quantités négligeables, simples expressions géographiques cobsidérées tout au plus par la cosmogonie indigène comme de vagues et brumeux satellites auxquels parvenait à peine, à la périphérie, le rayon émané de la Chine, foyer central.
Cette conception s'explique par l'isolement complet dans lequel la Chine a si longtemps vécu. N'ayant jamais été en rapport qu'avec les peuplades voisines qui, bientôt annexées ou tributaires, lui empruntaient tout ce qui fait du sauvage un civilisé : l'écriture, les rudiments des arts et des lettres, un code de lois morales, ce protectorat si facilement acquis devait fatalement développer cbez elle la pleine conviction de sa supériorité. On ne
saurait b' étonne t que, dans son orgueil de peuple élu, elle tint en très médiocre estime le ,reet6 du monde.
£ien ne fait mieux comprendre l'attitude, non pas hostile, mais purement dédaigneuse observée au début par la Chine dans ses rapports avec les Occidentaux que la facilité avec laquelle les premiers explorateurs, moi* nés ou laïques, accomplirent leurs longues pérégrinations dans le Céleste-Empire. Dès le vii' siècle, les Kestoriens y pénètrent et se répandent bientôt dans tout le Nord. Au xm% nous voyons Guillaume de Rûbrouck, chargé d'une ambassade par Louis IX, pénétrer à Sarakoroum et séjourner six mois auprès de Mangou-bhan. En 1261, les deux frères Nicolas et Matteo Polo arrivent à la cour de Koub il aï-khan, qui leur fait excellent accueil, leur permet de réaider, plusieurs années durant, dans ses Etats et de retourner en paix dans leur patrie. Ils ont été si satisfaits de leur voyage qu'à peine de retour à Venise ils se remettent en route. Cette fois messire Nicolas emmène avec lui son fils Marc, âgé de quinze ans. Il le présente à l'empereur et celui-ci, le voyant si jeune, demanda qui il était : « Seigneur, dit son père, messire Ni-
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colas Polo, il est mon fils et votre homme. — Qu'il soit le bienvenu i, dit le seigneur*. Et Marc devient le iavori du souverain, reste à son service dix-sept années consécutives, comblé d'honneurs, chargé de missions importantes dans les diverses provinces de l'empire.
Quelques années après, frère Jean de Montcorvin, de l'ordre des franciscains, arrive à Kambalick (Pékin), avec le titre de légat du Saint-Siège. Il est accueilli avec faveur par l'empereur Ou-Tsoung, qui lui donne ses libres entrées au palais et une place à la cour.
Vingt ans plus tard, c'est en qualité d'évêque métropolitain de Kambalick que ce même Montcorvin jeçoit la visite d'un moine de son ordre, Odoric Mathiucci (de Pordenone), lequel vient d'accomplir un étonnant voyage, a visité les Indes, Ceylan, Sumatra et Java.
Il est entré en Chine par Canton. De là, poursuivant sa route par terre, il a, par le Fou- Kien, atteint Nan-King et Yang-Tchéou, d'où il s'est dirigé, en suivant le Grand Canal, sur Kambalick. Il demeurera trois ans dans la capitale, puis, non content d'avoir parcouru la Chine, du sud au nord, il entreprendra de