LES ENFANTS GISANTS
« Pourquoi ne vengez-vous pas notre sang, « ô notre Dieu ? »
l'ange.
« Attendez encore un peu de temps jusqu'à ce <( que le nombre de vos frères soit complet. »
«Alors Rachel arrivera, deux consolatrices « avec elle; et se penchant vers les enfants, « tombant parfois, qu'elle chante :
« Hélas, tendres fruits de nos entrailles, mem- « bres que nous voyons déchirés! Hélas! doux « enfants que la rage seule d'un tyran a pu « égorger ! Hélas ! ni la pitié, ni votre âge ne l'ont « retenu ! Hélas ! mères infortunées, qui sommes « forcées de voir cela ! Hélas ! que pouvons-nous « faire ? que ne subissons-nous un sort pareil ? « Hélas ! quelle chose pourrait nous consoler, « pourrait alléger nos douleurs ? Nulle joie ne
« le saurait faire, puisque nos chers enfants nous « sont ravis. »
« Les consolatrices, la recevant dans leurs bras « comme elle va tomber, lui diront :
« O vierge Rachel, mère très-douce, ne te laisse « pas aller, à cause de la mort de ces petits, aux « larmes et aux sanglots, quitte la tristesse, ré- « jouis-toi au lieu de pleurer, car tes enfants sont « vivants et, bienheureux, ils voient les astres « sous leurs pieds. »
RACHEL, recommençant à pleurer.
« Hélas! hélas! hélas! comment pourrais-je « me réjouir, tant que je verrai ces membres « inanimés, tant qu'une pareille secousse ébran- « lera mes entrailles ? En vérité, la mort de ces « enfants produira en moi une douleur sans fin. « O douleur ! ô joies renversées des pères et des « mères ! Deuils lugubres ! Versez un torrent de « larmes! Pleurez la fleur de la Judée, regret « poignant au cœur de la patrie ! »