Lucrèce Borgia, 1'- partie, II, se. m, pp. 48 sqq
3. Lucrèce Borgia, III, se. m, p. 111. En vain l'auteur prendil, juste au moment de commencer cette scène odieuse, une précaution tardive (V, se. ii, p. 110) : « Gubetta, quoi qu'il arrive, quoi qu'on puisse entendre du dehors de ce qui va se passer ici, que personne n'y entre », l'invraisemblance n'en est que plus forte. Gomment! Gennaro entend la voix de son ami Maffio, qui meurt dans la chambre à côté, et Gubetta n'entend pas les cris de Lucrèce: « Grâce! Grâce! » Ou les entendant, il n'enfreint pas la consigne.' Ah ! non, non, Victor Hugo n'est pas le génie du drame.
4. La première fois [Angelo, journée II, se. v, pp. 322 sqq.), quand la Tisbe. fille de théâtre, dit leur fait aux femmes du monde; la seconde (journée III, partie i, se. viii, p. 354 sqq.), alors que Gatarina, condamnée à mourir, dit leur fait aux maris et à leurs « maîtresses publiques » et eu conclut que tous les tfois, Angelo, Tisbe et elle-même, ils sont « d'un bien exécrable pays ». Et eniiii, la troisième fois (journée III, partie ii, se. m.
de rapport, restent le sujet et le dessin général de Catherine lloward, à défaut de l'exécution dramatique. Le manteau de Rodolpho trahit Catarina, comme la toque d'Ethehvood dénonce Catherine '; le roi Henri et le ])odestat sont deux sires de Barbe-Bleue; Homodéi joue une partie du rôle d'Ethehvood; et pour les narcotiques, nous savons que Roméo les a fournis. Victor Hugo ouvre et ferme sa pièce avec une « clef fatale » ; Dumas, toujours prodigue, en a deux ^.
Qu'est-ce à dire? Que le théâtre de Victor Hugo n'existe que par les vers, et en dehors de la scène; que les plus beaux sont dans les Burgrai'es ^ et ne sont pas dans un drame, et qu'il y parut bien, au premier soir; et qu'enlin, même si Henri III fût venu après Hernani^ il n'en eût guère jjrolité. Dumas ne doit rien à son heureux rival, ou presque rien, hormis quelques traits d'Antony que Didier a pu inspirer, et qui ne sont pas essentiels, et peut-être aussi un médiocre soin de la morale courante, avec je ne sais quel plaisir de la violenter, — si cette joie et ce dédain n'étaient pas d'ailleurs fort congruents à sa complexion et à son éducation *. Il avait vu qu'après Marion de
pp. 371 sqq.), après qu'il est évident que tous ces événements naturels et ces théories sociales aboutissent à nous faire paraître le « pauvre cœur gonflé » de la courtisane édifiante et loquace.
1. Angelo, journée II. se. v, p. 325. Cf. Catherine Howard, IV, tabl. VI, p. 289.
2. Angelo, journée I. se. vu, pp. 299 sqq. Cf. Catherine Howard, III, tabl. V, se. VI, p. 276. « Tu as oublié, Catherine, qu'il y avait deux clefs... »
3. On trouverait peut-être dans l'épilogue de Christine l'idée, ou plutôt le germe théâtral des Burgiaves , l'antithèse de Christine et de Sentinelli, tous deux blanchis par l'âge, tels Job et Guanhumara, et tous deux chargés du remords de Ihomicide.
4. Signalons toutefois une réminiscence de Marion de Lorme, II, se. I, pp. 212-215. Cf. Christine, I, se. i, pp. 212-213; sans
Lorinc et après Hernnni, la tragédie n'était pas morte, le drame n'était pas né. Il admirait ce qui nous charme tous, la maîtrise des mots et des images, l'harmonieuse complicité des rythmes et des voix, en un cadre grandiose des suites de mélodies, la romance et le duo en cinq actes, et non pas même l'opéra, qui est plus complexe, ni non plus la tragédie de Voltaire, dont les discours ont plus de suite; mais des images, des sons, de a musique enchanteresse, souvent gâtée par ce théâtre, — guignol enfantin et sans logique :
Ah! qui n'oublierait tout à cette voix céleste?
.Sa parole est un chant où rien d'humain ne reste l...
Dumas déclare qu'après la lecture de Marion de Lorme,
oublier qu'en son Saint-Genesf^ Rotrou avait déjà mis en œuvre ce procédé de couleur locale.
Il est indéniable aussi que les vers de Victor Hugo firent une vive impression sur Dumas, et que quelques-uns ont retenti en sa mémoire. Il y a quelque rapport de ce genre entre le monologue de don Carlos et celui de Christine. Hugo écrit :
Ah ! c'est un beau spectacle à ravir la pensée !
(Hernani. IV, se. n, p. 107.)
et Dumas :
Oli ! que c'est un spectacle à faire envie au cœur!
{Chrisùne, II, se. H, p. 22.5.)
« Observez, je vous prie, concluait Granier de Cassagnac {art, cit., ci-dessus, p. 109), les différences : Charles-Quint va être empereur et Christine abdique; Charles-Quint dit : ah ! et Christine dit : oh! » Au fond, sans dire précisément les mêmes oh! ni les mêmes ah! ils paraphrasent tous deux, Hugo longuement et à perte de vue, Dumas avec une métaphysique plus matérielle et d'un bon enfant :
Marcher sur du velours, mais, partout où nous sommes. Sentir que nous marchons sur la tète des hommes.
— tous deux ils paraphrasent le monologue de Fiesque (III, se. ii, pp. 273-274), lequel, comme tous ces monologues romantiques, tire son origine première du « To be or not to be » [Hamlet, III, se. I, p. 245).