Ibid., t. I et II
'i. Mes mémoires, t. YIII, ch. cci, p. 126.
5. Souvenirs dramatiques, t. II. L'Ulysse de Ponsard, p. 355.
rendre visite à la reine Christine aux environs de 1658, et nous entendrons la reine demander une lecture de Cinna, qui avait quelque dix-huit ans d'âge ^ La critique et le génie sont deux.
Mais, si vous lisez les pages que Dumas a écrites à propos à' Henri III ou à'Antony, au milieu de gasconnades de toute sorte, vous n'y rencontrerez pas une erreur sur l'effet de telle scène, l'optique du théâtre et les éléments constitutifs du drame. Il sait la gamme des émotions; il en a le génie dans les moelles. On voit qu'à tout coup l'idée jaillit de son cerveau sous forme d'un tableau ou d'une situation. 11 défend ^/i/ony contre les attaques d'un M. Lesur; il s'échauffe, il ébauche, le Fils naturel, non pas celui de Diderot, mais l'autre *. Son imagination est en scène, et sa fantaisie en action. Il n'a point d'idées, sauf de théâtre; ou, si l'on veut, il a plus de génie que d'intelligence et plus de tempérament dramatique que de tout le reste. Le feuilleton à'Antony \ si fécond pour le développement du drame moderne, n'est en son fond que la distinction technique de la « pièce à manteau », et de la « pièce en habit ». Pendant toute sa vie, il a été rebelle à la critique, aussi incapable de la supporter que d'y atteindre. Je ne le diminue pas pour autant. S'il avait eu plus de littérature, de goût, d'idées esthétiques ou philosophi-
1. Brunetière, les Epoques du théâtre français, XIV* conférence, p. 338.
2. Mes mémoires, t. VIII, ch. ce, p. 124. << ... On l'a chicané sur son âge, sur son nom, sur son état social... Où cela? Parbleu! dans cette enceinte où l'on fait les lois, et où, par conséquent, l'on n'aurait pas dû oublier que la loi proclame l'égalité des Français en face les uns des autres. Eh bien, cet homme, avec la merveilleuse persistance qui le caractérise, arrivera à son but : il sera un jour ministre... w
3. Antony, IV, se. vi, p. 211. Mes mémoires, t. VIII, ch. cxcix, p. 110.
ques ', et moins de vigueur, d'invention et de sensibilité, il eût écrit plus de préfaces, mais il n'eût point créé le drame populaire. Plus de critique l'eût mis en garde contre les illusions des tréteaux et les mensonges de l'histoire ou de la vie qu'ils offrent aux yeux; plus de culture littéraire l'eût détourné de la foule pour laquelle il était fait. On n'eût vu en lui ni les mêmes audaces ni pareilles aspirations. Il se fût défié de ses muscles, de sa fantaisie, de son pathétique fanfaron et de ses magnifiques enfantillages. Il est le type du dramatiste-né, qu'il se fait pourtant temps d'étudier au point de vue du drame. Laissant à d'autres le soin de prouver que l'art de Racine est supérieur et que Christine ne vaut ^omX Bajdzet, ou d'étouffer en des formules scientifiques, philosophiques et d'acier cette œuvre d'imagination et de passion, tâchons de prendre ce praticien en son exacte mesure, et de fixer les démarches de cette force créatrice.
Il distingue à l'Exposition un bas-relief j l'impression qu'il en retient est si vivante qu'elle se change en une idée de pièce. Pour maintenir sa fantaisie on cet heureux frémissement, il se rend à Fontainebleau; la vue du décor vrai fera le reste et donnera le branle à la faculté inventive.
J'allai di'oit à Fontainebleau
Et me dis étranger, voulant voir le château. Mon guide froidement me raconta le crime, Le nom de l'assassin... celui de la victime;... Je vis la galerie aux Cerfs... le corridor. Et le parquet, de sang humide et rouge encor 2.
1. Dumas fils répétait volontiers, dans la conversation, que lui-même ne savait presque rien et avait fort peu lu, quand il débuta sur le théâtre. « J'allais de l'avant, disait-il, et fonçais sur les obstacles. »