Christine, épilogue, se. vi, p
ir.r, LE DRAME D ALEXANDRE DUMAS.
A la vue de ce sang, comme on dit dans les feuilletons, le drame se reconstitue dans cette tête dramatique, avec le cadre et les péripéties scéniques. Il a lu les étrangers, comme il a visité Fontainebleau, pour enrichir sa mémoire de spectacles et de situations; il invente, ajuste, emprunte, dans la fièvre, le mouvement, — mouvement, fièvre de tête et de théâtre, — et la pièce est faite : elle s'appellera Christine à Fontainebleau.
11 voyage en Italie, s'intéresse à l'archéologie, qui éveille en lui des impressions telles qu'il écrit Caligiila 1. Il lui faut voir pour s'émouvoir; et ce qu'il voit dans la nature et dans la réalité, se modifie à l'instant : il le voit en scène. Sa vie aussi, qui fut presque toute de fantaisie et de gageures, se transforme aisément en matière théâtrale. Il est partout dans son œuvre, il est la source même de quelques-unes de ses meilleures pièces, non qu'il soit foncièrement lyrique ou romantique, mais à cause que l'imagination dramatique domine en lui et sans efîbrt le métamorphose et l'identifie à ses ])ersonnages 2. Le château de Monte-Cristo est proprement un décor du Théâtre-Historique. Pendant un temps, Dumas joue les Monte-Cristo, ou Monte- Cristo les Dumas. Plus tard, il utilisera ses souvenirs de jeunesse dans les Forestiers, comme il avait mis ses rancunes de bureaucrate dans le Chevalier d'Har-
1. Préface de Calis^ula (Th.. \l), pp. 2-3. Il nous dit bien qu'il partit pour l'Italie dans l'intention d'écrire Caligula. Mais, comme il nous conte ailleurs que la pièce était primitivement destinée au cirque Franconi [Souv. dram., t. I, ch. xii, p. 252), il convenait de ne retenir de la Préface que l'impression qu'il conserve de son séjour en Italie, et comment cela devient matière de drame.
2. On remarquera combien c'est le propre des génies de théâtre. Molière, presque à tout coup, part de lui-même. Dumas fils, pareillement. Il trouvait Emile .A.ugier plus littéraire que sincère, qui conformait peu sa vie à ses pièces.
L ŒUVRE DKAMATIQUE. 16/
mentalK Et nous verrons de reste qu'Ântony fut répété et joué et « rugi » clans l'intimité, sans décor ni costumes, avant que mademoiselle Mars refusât le rôle et que madame Dorval en fît sa création. Vous trouverez vingt fois Dumas en scène dans les drames de Dumas : il étalera ses illusions artistiques et sa superbe musculature dans Kean, et, vieilli, en 1864, il fera encore le coup de poing avec allégresse dans un restaurant de nuit, sous les traits du poète Jean Robert -. Tout ce qui l'occupe, l'intéresse, lui plaît, ses croyances, superstitions, caprices ou manies prennent, un jour ou l'autre, leur place sur les planches. Dans Madaïue de Chamhlay, on trouvera une scène culinaire et la confection d'un menu digne de l'auteur des Propos d'art et de cuisine ^. Il a composé un drame du magnétisme '', plusieurs tableaux d'astrologie (sans compter V Alchimiste)^ et une scène de chiromancie dans les Mohicans de Paris ^. Je m'empresse d'ajouter que de cette imagination il n'est pas toujours maître. Il est fougueux et
1. Dumas l'ut, pendant quelque temps, employé à la bibliothèque du duc d'Orléans. Cf. Mes nié/uoires, t. V, ch. cxxii, Y>. 134. Il a peint au vif, dans le Chevalier d'Harmental, l'administration d'une Bibliothèque (IV, tabl. vi, pp. 269 sqq.). Là se trouve une maxime qui mérite d'être recueillie : « Les garçons de bureau ne viennent qu'à onze heures... C'est bon pour les employés de venir à dix. »
2. Kean (Th., V), III, tabl. m, se. iv, p. 140; les Mohicans de Paris (Th., XXIV), I, tabl. ii, se. iv, p. 38.
3. Madame de Chamblay (Th., XXV), V, se. i, pp. 76-78. Cf. la salade japonaise de Francillon. Cf. les menus de M. Vatel et de M. Poirier, dans le Gendre de M. Poirier.