‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 120 sur 309 · Préface du Théâtre des autres, p. xi · texte numérisé non relu

Préface du Théâtre des autres, p. xi

2. Voir plus bas pour l'indication des pièces de l'affaire, p. 253, n 2.

3. Mes mémoires, t. IX, ch. ccxxiv, p. 169. « Cependant une tirade entière, la plus brillante peut-être de tout le drame, appartenait à Janin : c'était celle des grandes dames. »

le manuscrit à Harel, qui le porte à Dumas. Dumas s'empare de l'idée de Roger de Beauvoir, de la tirade de J. Janin, et du manuscrit de Gaillardet, D'où la Tour de Xesle, dont huit cents représentations presque consécutives n'épuisent pas le succès. Paix aux mânes de Gaillardet, de Roger de Beauvoir, de J. Janin! En vain le tribunal ordonne-t-il que Gaillardet est père à demi. Que parlent-ils de demi-père? Dumas était bien le père tout entier.

Sur cette pièce il avait mis sa griffe, comme sur d'autres, et même davantage. Cet écrivain d'une imagination exubérante, sans jugement, sans goût et sans style, au dire de ses collaborateurs, a eu du moins une intuition, qui est le germe fécond de son génie. Il s'est avisé avant, pendant, et après la Tour de Xesle, d'une nouveauté qu'il raisonne médiocrement mais ' qu'il exploite d'enthousiasme. Il a vu que la Révolution a creusé un fossé dans les traditions de la scène et de la société françaises ', et que, mieux que toutes les théories, plus que tous les manifestes, le sentiment général veut une autre forme de théâtre que la tragédie plus ou moins déguisée. 1789 a fait le peuple; l'Empire a refait l'histoire. D'un état d'âme nouveau est né un nouvel état social. La différence est irréductible du public « du temps de Louis XIV, qui était une élite * », et de celui du xix'= siècle, qui sera de [)lus en plus le

1. Souvenirs dramatiques, t. I, pp. 56, 57; ibi<L. p. 69. Cf. Mes mémoires, t. VIII, ch. ce, p. 121. Cf. le Demi-Monde, II, se. viil, J). l02. Cf. notre Théâtre d'hier. Emile Augier, ^ iv, pp. 35-36.

2. La Reçue de Paris, n" du 15 mars lS94. Octave Feuillet, Lettres de Fontainebleau, 26 août 1868. « Et puis (c'est ÎS'apoléon III qui parle) toujours des pièces violentes, où l'on ne nous montre que des vices... — Je lui ai dit que le théâtre semblait condamné, quant à présent, à une certaine infériorité, i)ar la qualité du public démocratique auquel il s'adresse. J'ai marqué la dififérence de celui-ci avec celui du temps de Louis XIV, qui était une élite. »

l'œuvre dramatique. 177

peuple, c'est-à-dire une force morale et sociale. Pour l'instant, l'imagination populaire s'est haussée jusqu'à un certain individualisme orgueilleux et quelque peu chimérique, prête à saluer de ses applaudissements le drame historique ou de cape et d'épée, qui contente son goût d'aventures et je ne sais quel fatalisme superstitieux, — prête à couvrir de ses bravos redoublés l'homme moderne, tout frais issu des grands événements de la veille, impatient et avide en un siècle adolescent; tel le jeune Romain du poète

Sublimis ciipidiisque et amata relinquere pernix i.

Tout cela est dans la Tour de Nesle ; mais Gaillardet ne l'avait pas apporté de Tonnerre. Car c'est justement l'évolution fougueuse du drame d'Alexandre Dumas.

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