‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 138 sur 309 · Charles VII, II, se. v, p · texte numérisé non relu

Charles VII, II, se. v, p

traste des pigments de la peau, qu'elle prend pour des différences de caractères; qui se réjouit de mettre la tache blanche du burnous arabe dans l'ensemble sévère de ce manoir féodal; qui se grise des souvenirs de chasse et des rêves du désert; elle, toujours elle, qui pousse ce fils bronzé d'Asshan aux pieds de la femme pâle : Bérengère et Yaqoub, Yaqoub et Bérengère... Bérengère... Bérengère! L'oreille même en est enivrée, comme de je ne sais quelle mélodie lointaine, étrangère Cur non?

A présent, cet Yaqoub, qui joue le rôle d'un Oreste, dont le teint est emprunté de l'Hassan de Fiesque et la philosophie matérialiste du Maugrabin de Scott, je me demande quel homme il est, et si son désert n'est pas aux Batignolles, Je sais qu'il manie lestement le poignard, qu'il ne craint point la mort, et qu'il aime — à en mourir. Mais la plupart des hommes sont ainsi faits que la vie n'est rien au prix de leur amour; une fois libres de l'un, ils reprennent l'autre, retournent à leur désert, et ne meurent point. Il est un lion, souple en ses mouvements, prompt à l'attaque, et tranquille et pourléchant ses lèvres, l'ennemi une fois abattu. C'est le portrait d'un personnage propre à tenter l'œil d'un iieintre; un caractère tragique, aucunement. Il rugit; ils rugissent tous : telle est leur manière d'exprimer leur passion.

Je n'abuserai pas contre Dumas, encore qu'il nous y convie, du jiarallèle entre le dénoûment de Charles Vil et celui à'Andromaque.

Mais à quel point le rôle de Bérengère est au rebours d'un caractère tragique, il faut pourtant le faire paraître. Il y a juste un moment où la comtesse se trouve dans une belle situation, digne de Corneille : c'est la scène vi de l'acte IV. En une scène analogue, Pauline fut inoubliable. On sait quel art des transitions

morales Corneille a déployé pour amener cette femme sensible et raisonnable à l'admirable révolte de son cœur déchiré, de son corps méprisé. C'est un tissu serré des plus intimes sentiments féminins, une science des teintes dégradées et des nuances les plus secrètes, pour mettre enlin le couplet le plus audacieux et vrai sur les lèvres de la plus honnête épouse :

C'est donc là le dégoût qu'apporte l'hyménée? Je te suis odieuse après m'être donnée * !

La lutte de Pauline est toute en dedans. L'héroïne pourrait dire ce couplet sans un mouvement, sans un geste : l'expression du sentiment ne saurait que gagner à la sobriété de la mimique. Or écoutez Bérengère :

Peut-il, quelle que soit sa puissance suprême,

Faire que fotre voix ne m'ait pas dit : « Je t'aime! «

Et que de celle voix V accent encor vainqueur

Ne soit en ce moment tout vivant dans mon corur ?

Pour me faire oublier ce son, celle parole,

Je sais bien, s'il le veut, qu'il peut me rendre folle,

M'ôter le souvenir; mais il ne peut, je crois,

Empêcher que ces mots n'aient été dits cent fois.

Rappelez-Tous ces mots, Charles, je vous supplie...

Voyez : à vos genoux, je pleure et m'humilie...

Oh! ne détournes pas de moi votre regard.

Pour chercher la pitié dans votre cœur de pierre, J'ai d'abord à mon aide appelé la prière; Bientôt vous avez vu l'excès de mes douleurs Eclater en sanglots et se répandre en pleurs • Puis enfin, je me suis, la tête échevelée, Jetée à vos genoux, et je m'y suis roulée. Que voulez-vous encor - ?

Rien de plus. La forme classique du vers, les réminiscences de Corneille et de Racine ne font qu'accuser

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