‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 146 sur 309 · S ORIGINE · texte numérisé non relu

S ORIGINE

Il ne faut pas demander au drame historique autre chose que ce qu'il pouvait donner. Historique il était par destination, populaire par définition. Après l'éclatant succès à! Henri III ^ on peut affirmer qu'instinctivement Dumas s'est résigné. Il mettra Christine sur la scène; il écrira Charles VII, l'une et l'autre en vers. Et du premier coup, dans Napoléon, il attrapera la facture de la pièce panoramique, découpée en tableaux, comme la Barrière de Clichy. On ne remarque pas assez que les grands drames historiques sont en minorité dans son œuvre; qu'après la fièvre de 1830 il n'y revient qu'assez tard, quand il fonde le Théâtre-Historique 1, où il donne d'ailleurs avec la Reine Margot,

1. A vrai dire, c'est en 1846 qu'il commence, avec les Mousquetaires et une Fille du Régent, à extraire de ses romans historiques des drames ; mais il ne se reprend au genre même, avec suite, qu'à l'ouverture du Théâtre-Historique. Entre Caligula et une Fille du Régent neuf ans se sont écoulés.

le Chevalier de Maison-Rouge, les Mousquetaires et Catilina, etc., Intrigue et Amour, Hamlet, Monte-Cristo, (l'« et 'i*^ partie), le Comte Hermann, etc. Nous sommes loin des vastes desseins dont l'aphorisme d'Haralet fut d'abord le mot d'ordre : « Ces hommes sont un abrégé de l'histoire de tous les temps ' ». A quoi Mérimée, plus clairvoyant, répondait : « Je voudrais avoir le talent d'écrire une histoire de France, je ne ferais pas de contes * ».

Encore moins des drames. S'il est possible de représenter et d'animer sur notre théâtre l'histoire, telle que nous la concevons à présent, science exacte, critique, méthodique et philosophique, je n'oserais le décider. Aucune expérience, non pas même celles de Corneille et de Racine, encore moins de Voltaire, ne me paraît concluante. Mais pour le drame historique, tel qu'il fut conçu au début de ce siècle, et notamment par Dumas, je crois savoir qu'en penser à cette heure. Si l'on tient l'histoire pour scientifique, jamais dessein plus caduc ne se logea dans la pensée d'un homme.

Hâtons-nous de dire qu'au regard de Dumas comme de la plupart de ses contemporains, l'histoire est moins une science qu'une résurrection, ou, si l'on veut, une extension du moi populaire à travers les siècles, qui désormais lui appartiennent. Elle est telle que la veut l'imagination de la foule, et telle aussi qu'elle se flatte désormais de l'avoir faite. Elle est toute, ou peu s'en faut, dans les chroniques hautes en couleur, dans les mémoires où la vérité apparaît déshabillée, outrée, et en même temps rapetissée à notre commun niveau. Le moi de Dumas n'y disparaît pas toujours autant que

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